Le
Réseau Action Climat alertait en février dernier dans son rapport
Le plan d’électrification de la France, annoncé ce matin par Sébastien Lecornu, devra être accompagné de moyens supplémentaires (budget, régulations) et intégrer les économies d’énergie afin de respecter l’objectif de la France de passer de 60 % à 40 % d’énergies fossiles dans la consommation d’énergie en France d’ici 2030.
Notre dépendance au pétrole et au gaz importés a des conséquences graves sur le
budget des personnes contraintes de prendre leur voiture chaque jour et celui
des professionnels. Pour accélérer la sortie de ces énergies fossiles, il faut
agir sur trois axes : les économies d’énergie, l’électrification des usages et
le développement des énergies renouvelables.
Après la guerre en
Ukraine, la crise du détroit d’Ormuz met en lumière un point majeur sur lequel
le Réseau Action Climat alertait en février dernier dans son rapport “La
souveraineté énergétique à l’épreuve des faits” : bien que très peu de nos
hydrocarbures soient importés via le détroit d’Ormuz, son blocage nous
affaiblit en faisant bondir les prix de l’énergie. Pour une infirmière libérale
parcourant 150 km par jour, l’augmentation du prix de l’essence de 50 centimes
par litre coûte 50 € tous les 10 jours.
Conserver la place
actuelle des énergies fossiles dans l’économie française, c’est exposer les
ménages qui sont contraints de consommer du pétrole ou du gaz aux variations
brutales et erratiques de leurs cours internationaux.
Après deux années de
reculs en matière de politiques publiques en faveur de la transition
écologique, dont l’impact se ressent dans le coût de cette nouvelle crise
énergétique, nous attendons du gouvernement Lecornu des actions rapides et
ambitieuses. Pour sortir des énergies fossiles, la France doit combiner
l’enclume des économies d’énergie, et le marteau de l’électrification permise
par le développement des énergies renouvelables. Le plan évoqué par Sébastien
Lecornu entend remplacer rapidement le pétrole et le gaz par de l’électricité,
ce qui est absolument nécessaire. Mais ce plan ne réussira que s’il se donne
les moyens de son ambition.
Sur la mobilité,
l’enjeu est double. Un plan ambitieux doit permettre à la fois de réduire la
dépendance à la voiture et de renforcer l'accessibilité au véhicule électrique
pour celles et ceux qui n’ont pas, ou pas encore, d’alternative. Concrètement,
cela impose de renforcer les investissements dans les infrastructures
ferroviaires et cyclables, et dans les services de transport collectif. En
parallèle, l’accompagnement ciblé doit permettre de donner accès au véhicule
électrique aux ménages les plus vulnérables. L'élargissement du leasing social,
mais aussi le retour de la prime à la conversion, y compris pour le marché
d’occasion, sont des outils indispensables.
Pour les logements, si
le plan du Gouvernement se concentre uniquement sur l’installation de pompes à
chaleur, plus efficaces que les chaudières à gaz, il ratera son objectif car
l’isolation des bâtiments est également nécessaire. Moins un logement est isolé,
plus il faut installer une pompe à chaleur puissante, et donc chère. Une
électrification rapide et accessible des logements, ne laissant personne sur le
côté, ne doit pas faire l’économie de l’isolation des bâtiments.
L’enjeu du financement de ce plan sera également crucial pour s’assurer de la cohérence des moyens avec les objectifs de baisse de la part des énergies fossiles dans la consommation d’énergie. Le budget 2026 défendu par Sébastien Lecornu est loin d’être à la hauteur de ces ambitions. L’usage annoncé d’éventuels surplus fiscaux liés à la hausse du prix des carburants va dans le bon sens, mais sera insuffisant face aux investissements nécessaires. Alors que les entreprises pétro-gazières engrangent des profits exorbitants du fait de la hausse du prix du pétrole et du gaz, une taxation de ces superprofits est un enjeu de justice fiscale.


