Les services de l’État (DGAFP) ont récemment présenté une première esquisse du futur plan santé au travail dans la fonction publique, avec l’ambition affichée de mieux prévenir l’usure professionnelle, les risques psychosociaux et les atteintes à la santé mentale des agents.
Si
cette feuille de route marque une étape attendue, elle pose aussi une question
centrale : comment transformer des intentions nationales en changements
concrets sur le terrain, dans des organisations publiques déjà sous tension ?
Absentéisme, fatigue
chronique, perte de sens, tensions managériales, ces symptômes sont désormais
bien identifiés. Le véritable enjeu du futur plan santé au travail est ailleurs
: s’attaquer aux causes racines du mal-être au travail dans la fonction publique.
« La santé au
travail ne se décrète pas par circulaire. Elle se construit dans l’organisation
du travail réel, le management de proximité et la capacité à parler du travail
sans tabou »,
estime Jean-Christophe Villette, Directeur général, fondateur du cabinet
Ekilibre, vice-Président de la FIRPS, consultant expert risques
psychosociaux et conditions de travail, psychologue du travail et des
organisations, ingénieur en maîtrise des risques.
Son analyse met en
évidence trois facteurs structurels majeurs, souvent contournés par les
politiques de prévention :
• Des organisations du travail sous injonctions
contradictoires
Les agents et leurs
encadrants doivent répondre à des objectifs toujours plus nombreux, parfois
incompatibles, sans clarification durable des priorités ni des moyens associés.
Cette tension permanente alimente l’épuisement et la perte de sens.
• Un management de proximité responsabilisé
sans être réellement outillé
Les managers sont
placés en première ligne de la prévention des risques psychosociaux, mais
disposent de peu de leviers concrets sur la charge de travail, les délais ou
l’allocation des ressources. Cette situation fragilise à la fois les équipes et
les encadrants eux-mêmes.
• Un déficit persistant de dialogue sur le
travail réel
Le mal-être s’installe
lorsque le travail tel qu’il est réellement effectué ne peut être ni discuté,
ni régulé collectivement. Sans espaces sécurisés de parole et d’arbitrage, les
plans restent théoriques et déconnectés du terrain.
« Tant que l’on traitera les conséquences sans regarder lucidement l’organisation du travail, le mal-être continuera de progresser, quel que soit le nombre de plans » conclut-il.


