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[Etudes] Levées de fonds : polarisation sur les gros deals au détriment de l’amorçage

Baromètre des levées de fonds 2025 publié par In Extenso Innovation Croissance.

 

En 2025, le capital-risque européen entre dans une nouvelle ère : moins de transactions, mais des montants en forte hausse, concentrés sur un nombre restreint de startups jugées stratégiques. Cette polarisation consacre la souveraineté technologique et la deeptech industrielle comme priorités d’investissement, tout en fragilisant durablement l’amorçage et le renouvellement du pipeline d’innovation


Le capital-risque cesse d’être un simple baromètre conjoncturel. Il devient un révélateur des choix industriels et technologiques de l’Europe, L’enjeu n’est plus l’abondance de capital, mais sa capacité à financer de manière cohérente l’ensemble de la chaîne, du seed au scale-up, pour préserver l’autonomie technologique européenne et faire émerger ses futurs leaders deeptech.

 

En Europe : l’argent revient, mais pas pour tout le monde.

 

• L’année 2025 marque un tournant structurel pour le capital-risque européen. Après un cycle d’abondance et de dispersion des capitaux, le marché entre dans une nouvelle phase caractérisée par une sélectivité accrue, une concentration massive des montants et un recentrage clair vers les technologies jugées stratégiques. Cette recomposition dessine un paysage profondément dual : moins de startups financées, mais des tours nettement plus importants pour une minorité de projets considérés comme critiques.

 

• À l’échelle européenne, le paradoxe est frappant.

o   Le nombre de transactions chute fortement en 2025 avec 8 265 tours (-26 %), tandis que les montants investis progressent de +17 %, atteignant 58 Md€ tirés par quelques méga-deals.

o   Cette dynamique traduit un mouvement de fond : le capital est toujours disponible, mais il se concentre sur un nombre très restreint d’opérations, essentiellement en late-stage et growth.

o   Le marché ne récompense plus la multiplication des paris, mais la capacité à démontrer une trajectoire de passage à l’échelle rapide, crédible et différenciante. Ce phénomène installe durablement un « fly to quality », au détriment du financement early-stage, dont la contraction apparaît désormais structurelle. 1 à 2% des startups captent l’essentiel des capitaux, pendant que l’early-stage se contracte durablement.

 

La France :  une polarisation à son paroxysme.

 

• En 2025, la France se démarque en valeur avec plus de 9 Md€ levés, en hausse de 25 % par rapport à 2024.

• Le nombre d’opérations quant à lui s’effondre (-37 %) avec seulement 709 opérations. Le rebond observé n’est pas diffus : il repose largement sur quelques méga-tours, principalement dans l’IA et la deeptech, qui concentrent à eux seuls une part déterminante des capitaux investis.

• La sélectivité devient un nouveau standard avec des levées sur des segments supérieurs à 100 M€ retrouvant des niveaux proches de ceux de 2021, tandis que les tours inférieurs à 15 M€ reculent nettement. La moitié des capitaux se concentrent sur les segments les plus élevés de 100 à 250M€.

• Cette évolution reflète une volonté assumée des investisseurs de renforcer des champions technologiques capables d’atteindre une masse critique industrielle, plutôt que de soutenir un flux large de jeunes entreprises encore immatures. Deux méga-tours “font” l’année et expliquent à eux seuls le rebond français. : Mistral AI et Vantage Studios.

 

La souveraineté technologique : priorité numéro 1 des investisseurs.

 

Les secteurs à forte intensité stratégique - intelligence artificielle, semiconducteurs, photonique, spatial, énergie - captent une part croissante des investissements. Cette orientation traduit un alignement de plus en plus visible entre capital-risque, financements publics et priorités industrielles européennes.

La deeptech occupe une place centrale dans cette recomposition. En 2025, elle enregistre des montants record, avec 3,9 Md€ levés (+45%) mais au prix d’une concentration extrême. Le marché change d’échelle avec une volonté d’accélérer l’industrialisation des technologies de rupture. L’effet “aimant de l’IA” joue à plein régime avec Mistral AI et Genesis AI qui captent une part disproportionnée des montants deeptech.

Cette dynamique bénéficie aux projets les plus avancés largement dans l’IA, les semiconducteurs, la biotech industrielle ou la climate-tech.

En revanche, le segment seed et pre-seed reste sous forte tension. La stagnation des montants et la raréfaction des deals font peser un risque clair sur l’alimentation future du pipeline d’innovation, en particulier dans les domaines deeptech les plus capital-intensifs. Il devient urgence de réarmer l’amorçage pour éviter toute rupture du pipeline.

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