Réticence face à la redevance incitative, évolution des comportements écologiques, volonté d’être davantage informés : à quelques mois des élections municipales, la troisième édition du
« Baromètre Sepur : Les Français et leurs poubelles », réalisé par l’IFOP et SEPUR, révèle les attentes des Français à l’égard de leur commune. Par ailleurs, la fast fashion met à l’épreuve le tri des vêtements.
1er enseignement : les
Français s’opposent largement à la redevance incitative.
Les Français se
déclarent majoritairement opposés à la mise en place de la redevance incitative
(57%). Les jeunes prennent toutefois le contre-pied de leurs aînés : les 18-24
ans sont majoritairement favorables au dispositif (57% également).
De même, les Français,
à 65%, expriment une vive réticence à voir augmenter la taxe générale sur les
activités polluantes (TGAP), ce qui se répercuterait sur leur facture. Il
s’agit de la contribution à laquelle sont soumises les collectivités qui exploitent
une installation de traitement des déchets. Or, l’État l’augmente chaque année
dans l’objectif de rendre le traitement final des déchets toujours plus coûteux
et ainsi encourager le réemploi, le recyclage, la prévention, etc.
Un fossé générationnel
est d’ailleurs prégnant sur le sujet : alors qu’un jeune sur deux de 18-24 ans
plébiscite majoritairement cette stratégie de l’État (53%), près des ¾ des seniors de 65 ans et plus, y sont défavorables
(73%).
Youri Ivanov, Président
de Sepur, décrypte :
« Cette troisième édition de notre baromètre est très instructive pour les
collectivités à l’approche des municipales. Si la redevance incitative est
séduisante en théorie, elle est complexe à mettre en œuvre et divise encore.
Cela doit encourager les acteurs de l’environnement comme Sepur à approfondir,
aux côtés des collectivités, d’autres approches de prévention adaptées à la
typologie des territoires et performantes. »
2ème enseignement : les Français exigent davantage de leurs mairies.
Les Français sont
globalement satisfaits de la gestion des déchets au sein de leur commune (84%)
et reconnaissent de plus en plus massivement l’action de leur collectivité pour
favoriser le tri (76% contre 67% en 2024).
Ce chiffre est confirmé
par un jugement positif à l’égard du nombre de poubelles mis à disposition des
Français (77%).
Toutefois, les Français
expriment des attentes quant à leur commune :
• Ils sont 76% à attendre davantage
d’information de la part de leur commune sur la gestion des déchets, notamment
sur les nouveaux équipements ou services à venir (43%)
• Ils fixent d’ailleurs comme priorité d’être
mieux informés et sensibilisés à la gestion des déchets (30%)
• Une action jugée prioritaire, bien avant la
digitalisation des outils (12%) ou l’accroissement des moyens humains et
financiers (14%)
• Et alors même que les Français témoignent
d’une faible participation aux initiatives locales liées à la gestion des
déchets : 86% n’ont jamais participé à une journée portes ouvertes d’un
centre de tri et 76% n’ont jamais pris part à une opération de ramassage des
déchets dans l’espace public.
Malgré la
digitalisation (12% des Français voudraient privilégier une information via une
application mobile et 7% via les réseaux sociaux), les Français veulent encore
privilégier le courrier et le bulletin municipal (25% et 31%) comme moyen
d’information. Le papier, perçu comme crédible et engageant, reste un vecteur
de confiance.
Lucie Petrel,
directrice de la communication de Sepur, précise : « Les citoyens
expriment une volonté de comprendre la politique des déchets menée dans leur
commune, c’est une manière de mesurer leurs efforts, mais aussi d’être à
l’écoute. Néanmoins, ils considèrent la gestion des déchets comme une mission
du service public et ne souhaitent pas être davantage impliqués. Cette tendance
doit nous engager, nous opérateur, à accompagner de manière plus précise et
plus pertinente les collectivités dans leurs campagnes d’information et de
sensibilisation ».
3ème enseignement : la motivation écologique du tri recule.
L’impact écologique du
tri est moins un moteur qu’auparavant pour les Français : alors que 76% des
Français pensaient l’an dernier avoir un impact réellement positif sur
l’environnement en triant leurs déchets, ils sont 74% cette année à éprouver ce
sentiment.
Les seniors, 65 ans et
plus, se distinguent néanmoins en étant 81% à être motivés par l’impact
environnemental du tri des déchets.
Toutefois, la
perception de l’obligation de tri des biodéchets comme une opportunité pour
l’écologie se stabilise à 63%, comme l’an dernier.
Fabienne Gomant,
Directrice adjointe du département Opinion à l’IFOP, analyse : « Le tri des déchets
n’est pas une exception : nous constatons dans l’ensemble de nos études une
fragilité croissante de la conviction d’un impact environnemental positif à
travers nos actions en tant que citoyen-consommateur. Dans le contexte
d’urgences, jugés plus importants : pouvoir d’achat, situation géopolitique,
etc…, la préoccupation environnementale est reléguée. »
4ème enseignement : la
fast fashion met à l’épreuve le tri des vêtements.
Le doute à l’égard du tri des vêtements usés s’accroît : lorsque les Français doutent de la poubelle adéquate au moment de jeter un déchet (86%), c’est dans 29% des cas au sujet des vêtements
usés/abîmés, contre 21% l’an dernier.
D’ailleurs, lorsque les
Français estiment manquer de poubelles (33%) c’est dans près d’un cas sur deux
(46%) pour trier les vêtements : ce résultat est notamment probant pour
l’agglomération parisienne (56%). Et, la tendance est d'autant plus importante chez
les jeunes de 18 - 24 ans (57%).
Une hausse qui n’est
pas sans rappeler les polémiques croissantes liées au succès de la fast
fashion, notamment auprès des jeunes.
5ème enseignement : les
Français reculent dans le tri des biodéchets.
Deux ans après l’entrée
en vigueur de l’obligation de tri des biodéchets, 4 Français sur 10 ne trient
pas encore leurs biodéchets (42%). De surcroît, le tri a même reculé : 38% des
Français se déclaraient dans cette situation l’an dernier. La tendance est
appuyée dans l’agglomération parisienne (67%), ainsi que pour les personnes
habitant en appartement (59%).
Symptôme de ce recul : les Français sont plus
nombreux qu’avant à ignorer l’obligation de les trier
(47% contre 41% l’an
dernier).
Toutefois, l’étude
souligne qu’il y a de moins en moins de craintes de trier les biodéchets : 24%
contre 34% en 2023. Ce sont alors les mauvaises odeurs (71%) et la présence
d’insectes (68%) qui demeurent les craintes dominantes en la matière.
Fabienne Gomant, Directrice adjointe du département Opinion à l’IFOP, analyse : « La réticence à trier les biodéchets recule et quand elle demeure, c’est surtout pour les nuisances et moins pour les contraintes logistiques. Les Français se familiarisent doucement avec la pratique. »


