Par Stéphanie Guittonneau, Fondatrice de
Beauté Insolente.
Il y a une idée tenace
selon laquelle une success story se résume à un parcours lisse, à une montée
continue vers le haut. La vérité, c’est que la réussite n’a jamais été
linéaire. Encore moins lorsqu’on est une femme en France.
Je suis entrepreneure, mais avant cela je suis une femme qui a longtemps cru que le monde professionnel attendait de moi que je minimise mes intuitions, mes contradictions, mes dissonances.
Un jour, j’ai cessé de demander la permission.
Non pas pour me lancer dans une aventure héroïque, mais pour reprendre une
place qui me revenait.
Ce que l’on appelle «
réussite » est souvent juste un refus de se taire
La success story, telle
qu’on la raconte, met en scène un personnage sûr de lui, conquérant, toujours
sur la bonne trajectoire.
Dans la réalité, le
succès ressemble davantage à une succession de micro-résistances :
·
Résister
à l’idée que l’ambition serait un défaut,
·
Résister
au doute, au syndrome de l’imposture,
·
Résister
aux projections que l’on fait sur nous,
·
Résister
aux injonctions à rentrer dans des cadres étroits.
Je n’ai jamais eu la sensation de « réussir ». J’ai eu la sensation de tenir, d’oser, de recommencer.
Et c’est souvent cela, l’entrepreneuriat féminin : un
entêtement calme.
La France aime les
entrepreneures… mais seulement après coup
On célèbre les
parcours, mais trop souvent lorsqu’ils sont déjà accomplis. On admire les
femmes entrepreneures, mais lorsqu’elles ont déjà atteint un niveau de
légitimité qui rassure.
Ce que l’on voit moins,
ce sont les années où l’on avance seule, où l’on affronte les normes
implicites, où l’on doit à la fois convaincre, rassurer et performer.
Et pourtant, quelque
chose bouge. Je le vois chaque jour : de plus en plus de femmes refusent
de s’excuser d’être ambitieuses. Elles ne cherchent plus à « prendre leur place
», elles la créent.
L’entrepreneuriat
féminin n’est pas une revanche : c’est un langage
Être une femme
entrepreneure, ce n’est pas prouver que l’on peut faire « aussi bien » que les
hommes.
C’est travailler autrement :
·
Avec
des convictions parfois contre-intuitives,
·
Avec
une lucidité émotionnelle qui n’empêche en rien la stratégie,
·
Avec
un rapport au risque qui se construit dans la nuance plutôt que dans
l’invincibilité affichée.
On parle de leadership
au féminin. Je crois qu’il n’existe pas : il existe un leadership sincère,
et aujourd’hui ce leadership est de plus en plus porté par des femmes.
Ce que mon parcours
dit, finalement, est très simple
Je ne raconte pas une
success story.
Je raconte une histoire
de liberté.
La liberté de penser
différemment.
La liberté de façonner
sa vie professionnelle sans permission.
La liberté de refuser
les récits tout faits.
Si j’ai appris une
seule chose en entreprenant, c’est ceci : le courage ne consiste pas à ne
pas avoir peur, mais à ne pas laisser la peur écrire l’histoire à notre place.
Et peut-être que la
véritable réussite est là
Dans cette capacité à
s’autoriser.
À incarner ce que l’on
croit juste.
À ouvrir un chemin
plutôt qu’à suivre celui des autres.
C’est cela, pour moi, la contribution réelle des femmes entrepreneures dans la France d’aujourd’hui :
elles montrent qu’il est possible de se construire sans renoncer à soi.


