Par Alexandre Dalibot, co-fondateur d’a-gO, start-up française dédiée
à l’innovation médicale dans le domaine des maladies neurodégénératives.
Observer comment une
personne marche a toujours été à la base de la pratique clinique. Mais
aujourd’hui, l’intelligence artificielle rend cette observation bien plus
puissante. Une démarche, un pas, une allure peuvent devenir des signaux
précieux. Avec l’IA appliquée à l’analyse du mouvement, la marche se transforme
en biomarqueurs, témoins potentiels de la santé neurologique et cognitive d’un
individu, souvent des années avant l’apparition des symptômes.
La marche : un
indicateur oublié devenu capital
Certains qualifient la
marche de sixième signe vital (avec la respiration, le pouls, la pression
artérielle, la température corporelle et la saturation du sang en oxygène). Et
des travaux récents confirment ce que l’intuition suggère : la façon de marcher,
son organisation, son rythme, son amplitude, sa régularité fournissent des
indices sur l’état moteur, mais aussi neurologique, cognitif ou psychique de la
personne.
Dans ce contexte,
l’analyse augmentée par l’IA permet de quantifier objectivement ces indices, ce
que l’œil nu ou l’observation clinique seule ne saurait faire avec la même
finesse ou la même profondeur.
Détecter tôt pour agir
tôt, une nouvelle frontière de la prévention
Grâce à ces
technologies, il devient possible d’identifier les signaux faibles de troubles
neurodégénératifs (comme Alzheimer ou Parkinson) ou de déclin cognitif bien
avant qu’ils ne se traduisent en symptômes évidents.
Cela ouvre la voie à
une véritable médecine préventive avec des interventions précoces, un suivi
longitudinal et une prise en charge adaptée qui peuvent faire grandement la
différence pour la personne.
L’IA comme alliée, pas
comme remplaçante
L’intérêt de l’IA n’est
pas de remplacer le corps médical, mais de l’amplifier : en fournissant des
données fines, objectives, comparables dans le temps, l’IA enrichit le
diagnostic, alerte plus tôt, offre des repères clairs.
La marche, accessible,
universelle, devient un indicateur global. L’IA en santé ne doit donc pas être
perçue comme un gadget, mais comme un outil de santé publique.
Santé publique &
équité : un effort collectif pour une meilleure prévention
Penser l’IA en santé,
ce n’est pas seulement imaginer des technologies de pointe. C’est surtout
envisager un système dans lequel ces technologies sont accessibles à tous :
actifs, retraités, médecines de ville, territoires ruraux, hôpitaux, etc.
Analyser la marche d’un groupe de personnes, c’est donner l’opportunité à un
plus grand nombre d’être suivi, d’être repéré, d’être accompagné et d’être
respecté.
Une transformation
possible, mais collective
L’IA appliquée à l’analyse du mouvement, à la marche, n’est pas une science-fiction : c’est une réalité. Elle a le pouvoir de changer non seulement la manière dont on diagnostique, mais également la manière dont on préserve la santé sur le long terme. Pour cela, il faut l’engagement de tous, chercheurs, soignants, décideurs et patients avec une ambition partagée pour que chaque pas compte.


