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[Expertises] RSE, quelles perspectives pour 2027 ?

PRODURABLE et EPSA publient L’Heureux-Scope de la durabilité 2027, une étude menée par Sidièse auprès de 200 dirigeants et professionnels de la durabilité. Leur pressentiment : malgré le reflux réglementaire et politique, la durabilité ne recule pas. Elle change de centre de gravité et entre plus profondément dans les arbitrages économiques et opérationnels des entreprises.

 

Recul réglementaire, tensions économiques, fatigue du discours RSE, instabilité géopolitique, accélération de l’intelligence artificielle… À première vue, tout pourrait laisser penser que la durabilité entre dans une période de reflux. Et si c’était exactement l’inverse ?

 

Pour cette première édition de L’Heureux-Scope de la durabilité, un baromètre qui se projette sur 3 ans, PRODURABLE et EPSA ont interrogé 200 dirigeants, responsables RSE, ESG et professionnels de la transformation et de l’engagement, non pas sur ce qu’ils souhaitaient voir advenir, mais sur ce qu’ils voyaient venir. Le résultat ne dessine pas une accélération spectaculaire. Avec une note moyenne d’optimisme de 5,62/10, les professionnels interrogés apparaissent plutôt lucides que triomphants. Mais derrière cette prudence se dessine un mouvement beaucoup plus profond : la durabilité ne disparaît pas. Elle change de centre de gravité.

 

Le monde physique reprend le pouvoir

C’est peut-être le principal enseignement de l’étude. Pendant quinze ans, la transformation durable des entreprises a été largement structurée par les engagements, les trajectoires, les objectifs et la réglementation. En 2027, une autre force pourrait s’imposer : la réalité physique. Climat, énergie, eau, ressources, vulnérabilité des actifs ou continuité des chaînes d’approvisionnement ne sont plus seulement des externalités à mesurer. Ils deviennent des variables de fonctionnement de l’entreprise.

56 % des répondants placent ainsi l’aggravation des risques climatiques physiques et la résilience des actifs parmi les principales forces transformantes à horizon 2027. 51 % citent l’évolution des prix de l’énergie et des ressources stratégiques. Dans le même temps, 76 % placent le manque d’engagement politique en tête de leurs motifs d’inquiétude. Un paradoxe apparaît : moins d’impulsion venue d’en haut, davantage de contraintes venues du réel.

 

Après la décennie du carbone, celle de l’adaptation ?

 

Premier déplacement majeur : l’adaptation s’impose comme un nouveau mot d’ordre.

64 % des répondants choisissent « adaptation » pour décrire la durabilité en entreprise en 2027.
53,5 % pensent que les entreprises vont accélérer sur l’adaptation climatique de leurs opérations et chaînes de valeur, tandis que 36,5 % voient monter l’adaptation des territoires et des activités.

L’atténuation reste indispensable. Mais elle ne suffit plus. Quels sites pourront encore fonctionner de la même manière ? Quels fournisseurs deviennent vulnérables ? Quels métiers devront évoluer ? Quels investissements faut-il engager aujourd’hui pour éviter des coûts beaucoup plus importants demain ?

Après la décennie des trajectoires carbone pourrait ainsi commencer celle de l’adaptation, où climat, actifs, territoires, chaînes de valeur, compétences et CAPEX devront être pensés ensemble.

 

L’eau devient une ressource stratégique

Cette bascule apparaît particulièrement nettement avec l’eau. 64 % des répondants placent l’eau, entre disponibilité, qualité et conflits d’usage, au premier rang des enjeux encore relativement discrets susceptibles de prendre de l’importance. Et 18 % font spontanément émerger l’eau ou le risque hydrique comme un enjeu de décision et de continuité d’activité dans leurs réponses ouvertes.

Le changement n’est donc plus seulement de mesurer des mètres cubes consommés. Il est de se demander : quelle part du chiffre d’affaires dépend directement ou indirectement d’un accès fiable à l’eau ? L’eau pourrait ainsi quitter progressivement le seul tableau de bord environnemental pour entrer dans les décisions d’investissement, d’approvisionnement et de continuité d’activité.

 

La robustesse s’impose comme un nouveau référentiel

Un autre mot monte : la robustesse. Non pas comme un renoncement à la performance, mais comme une remise en cause de sa définition exclusivement court-termiste. 61 % des professionnels interrogés pensent que les entreprises vont accélérer sur la sécurisation des ressources stratégiques et 34 % choisissent déjà la résilience parmi les mots qui décriront le mieux la durabilité en entreprise en 2027.

L’entreprise performante de demain ne sera peut-être plus seulement celle qui optimise ses ressources lorsque tout fonctionne normalement. Ce sera aussi celle qui sait continuer à produire, servir ses clients, protéger ses salariés et créer de la valeur lorsque les conditions se dégradent. La question change : quelles fonctions critiques doivent continuer à fonctionner même lorsque les hypothèses du plan ne tiennent plus ?

 

Transformer, c’est aussi redéfinir son modèle

La transformation pourrait aller plus loin encore. 37,5 % des répondants choisissent « transformation » parmi les mots qui décriront la durabilité en 2027. 29,3 % anticipent une accélération de l’économie circulaire et 25,4 % de la transformation des modèles économiques et industriels.  Les réponses ouvertes vont plus loin : sobriété, renoncements, remise en cause de la logique de volume ou abandon de certaines offres apparaissent dans les scénarios envisagés.

Dans un monde plus contraint, la question n’est donc plus seulement comment réduire l’impact du modèle existant, mais parfois quelles parties du modèle faut-il diversifier, adapter ou transformer pour le pérenniser. 

 

La finance s’implique toujours plus dans la transition

Cette nouvelle grammaire de la durabilité fait aussi bouger les frontières de l’entreprise. 52,5 % des répondants placent la direction financière parmi les acteurs internes qui exerceront le plus d’influence sur les décisions de durabilité. 39 % anticipent un pilotage renforcé par la donnée et les indicateurs ESG et 21 % une intégration accrue de la durabilité dans l’investissement et l’allocation du capital.  Risques climatiques, adaptation, ressources ou dépendances deviennent progressivement des sujets d’OPEX, de CAPEX, de marge, d’assurance et de valeur des actifs.

La durabilité se déplace ainsi du reporting vers l’arbitrage économique : non pas pour confier la RSE à la finance, mais pour faire entrer ses conséquences dans les décisions ordinaires de l’entreprise.

 

La RSE se diffuse dans l’organisation et la durabilité gagne en puissance

C’est l’un des paradoxes les plus intéressants de l’étude. 47 % des répondants voient la durabilité s’installer au plus haut niveau de l’entreprise et 37 % anticipent sa diffusion dans l’ensemble des métiers et fonctions. Finance et Board sont cités chacun par 53 % des répondants parmi les centres de pouvoir de la durabilité, la RSE par 50 %, les achats par 37 %.  La direction RSE ne disparaît donc pas. Son rôle se transforme. À mesure que les sujets migrent vers la finance, les achats, les opérations, les RH ou la stratégie, elle devient moins propriétaire de tous les sujets et davantage architecte, garante et facilitatrice de leur appropriation.

 

Les grandes promesses cèdent la place aux preuves

La communication durable entre elle aussi dans une nouvelle époque. 63 % des répondants anticipent une exigence accrue de cohérence entre discours et pratiques et 41 % une attention renforcée aux preuves et résultats concrets. Plus significatif encore, 24 % du panel fait spontanément émerger dans les questions ouvertes une exigence de preuve, de cohérence, de transparence ou de traçabilité.  Après les grandes raisons d’être, les engagements à 2030 et les trajectoires volontaristes, une autre règle pourrait donc s’imposer : pouvoir démontrer ce que l’on affirme. En 2027, la communication durable survivra. La communication sans preuve, beaucoup moins.

 

L’IA devient elle-même un sujet de durabilité

L’autre grand déplacement attendu concerne l’intelligence artificielle.

36 % des répondants placent déjà son empreinte environnementale et sociale au deuxième rang des enjeux encore discrets susceptibles de prendre de l’importance. 33 % citent le développement non maîtrisé de l’IA parmi leurs principaux motifs d’inquiétude.

Consommation d’énergie et d’eau, infrastructures, gouvernance de la donnée, transformation du travail, compétences, employabilité, qualité de l’information : l’IA ne pourra durablement être pensée comme une solution extérieure aux contraintes qu’elle contribue elle-même à créer.

La question pourrait progressivement devenir : quels usages de l’IA créent réellement beaucoup plus de valeur durable que de coûts environnementaux et sociaux ?

 

Et au milieu de tout cela, le contrat social

Enfin, derrière la transformation des modèles se joue une autre bataille : celle de la relation entre l’entreprise et ses collaborateurs. Les résultats sont particulièrement convergents : 62 % placent le partage plus équitable de la valeur en tête des leviers permettant de renforcer la relation entreprise-collaborateurs, devant le sens au travail (57 %), les conditions de travail (43 %), l’adaptation des métiers face à l’IA (42 %) et la santé mentale (38 %).

Parallèlement, 58 % voient le pouvoir d’achat, la précarité et les tensions économiques comme le premier facteur externe susceptible d'affecter cette relation. Pouvoir d’achat, partage de la valeur, conditions de travail, santé mentale, sens, compétences, employabilité, IA : les transitions écologique, économique et technologique se rencontrent désormais dans le contrat social. En 2027, la bataille de la durabilité pourrait ainsi se jouer autant sur la fiche de paie et les conditions de travail que sur le carbone.

 

« La durabilité est en train de quitter le discours pour entrer dans le système d’exploitation de l’entreprise »

« On pourrait regarder la période actuelle comme un recul. Nous faisons le pari inverse. Ce que nous racontent ces 200 professionnels, c’est peut-être la fin d’un premier âge de la RSE : celui des grands engagements, des trajectoires et d’une transformation encore largement portée par des spécialistes. Un autre commence, plus physique, plus économique, plus opérationnel.
Quand l’eau devient une dépendance stratégique, quand le climat entre dans la valeur des actifs, quand la finance arbitre des investissements d’adaptation, quand les achats sécurisent les ressources et quand la communication doit organiser la preuve, la durabilité n’est pas moins importante. Elle est en train de quitter le discours pour entrer dans le système d’exploitation de l’entreprise.
» - Nicolas Perdrix, Associé EPSA Sustainability et Directeur général de Sidièse

 

Les 10 pressentiments de l’heureux-scope 2027

1.   Les réalités physiques se durcissent plus vite que les règles

2.   L’adaptation est un nouveau mot d’ordre

3.   L’eau devient une ressource stratégique

4.   La robustesse s’impose comme un nouveau référentiel

5.   Diversifier, adapter, transformer : l’entreprise redéfinit son modèle

6.   La finance s’implique toujours plus dans la transition

7.   La RSE se diffuse dans l’organisation et la durabilité gagne en puissance

8.   Les grandes promesses cèdent la place aux preuves

9.   L’IA devient un sujet de durabilité à part entière

10.  Le contrat social remonte au-dessus de la pile

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