En
novembre, la remontée des taux de crédit immobilier se poursuit, avec des
barèmes bancaires orientés à la hausse, dans le sillage des tensions sur les
taux d’emprunt de l’État, dont le rendement à 10 ans a dépassé les 5 % en
octobre.
Dans ce contexte, alors que les discussions sur le budget 2027 se
poursuivent, la capacité à parvenir à un accord budgétaire crédible apparaît
plus que jamais essentielle pour rassurer les marchés, limiter les tensions sur
les taux et éviter une nouvelle dégradation des conditions d’emprunt des
ménages.
Des hausses de taux de
crédit de 0,10 à 0,40 point
En novembre, sans
surprise après l’envolée de l’OAT 10 ans en octobre, les barèmes reçus sont
tous en augmentation, de 0,10 à 0,40 point selon les banques. En effet, le taux
d’emprunt à 10 ans a atteint le 21 octobre le seuil des 5 % contre 3,60 % en
juin, dans un contexte d’instabilité sociale et budgétaire, qui maintient l’OAT
10 ans aux alentours de 4,9 %. S’y ajoute la reprise de l’inflation, alimentée
par le choc énergétique : 3,8 % en septembre en zone euro et 3,4 % en France.
Fort heureusement, la BCE, qui a déjà porté son taux de dépôt à 2,5 % en
septembre, a toutefois opté pour le statu quo le 29 octobre. Une nouvelle
hausse de ses taux directeurs en décembre n'est cependant pas exclue.
Ainsi, les banques
nationales comme régionales ont pour la plupart répercuté ces tensions sur
leurs taux de crédit, avec des taux affichés sur 20 ans désormais compris entre
3,60 % et 4,5 % selon les banques et les profils.
« Certaines banques
prêtent désormais à plus de 4 % sur 20 ans, quand d’autres, plus rares,
permettent encore de décrocher un crédit proche de 3,5 % à condition d’avoir un
excellent dossier. Ainsi, les écarts entre les banques et les profils
s’accroissent, renforçant l’intérêt de passer par un courtier pour obtenir son
crédit dans les meilleures conditions en bénéficiant notamment des prêts à taux
bonifiés toujours en vigueur » explique Sandrine Allonier, porte-parole de
Vousfinancer.
Les taux moyens
négociés sont également orientés à la hausse : 3,60 % sur 15 ans, 3,8 % sur 20
ans et 4 % sur 25 ans, des niveaux qui restent néanmoins inférieurs au
rendement de l'OAT à 10 ans.
« Depuis le mois
d’août, les hausses de taux s’enchaînent mois après mois. Même si elles restent
progressives, au total depuis cet été, l’augmentation atteint plus de 0,5 point
dans certaines banques et même 0,7 point dans l’une d’entre elles. Pour l’instant,
les demandes de crédit restent nombreuses, mais il est certain que ces hausses
vont impacter la demande et le marché. Actuellement, nous faisons tout pour
négocier avec nos partenaires bancaires les meilleures conditions possibles
pour chaque dossier, mais de plus en plus d’emprunteurs empruntent désormais à
4 % sur 20 ou 25 ans » poursuit Julie Bachet, directrice générale de
Vousfinancer.
Budget 2027 : la
nécessité d’un accord pour éviter de nouvelles tensions sur les taux de crédit
Alors que les
discussions autour du budget 2027 se poursuivent à l'Assemblée nationale, leur
issue sera déterminante pour l'évolution des taux d'emprunt de l'État et,
indirectement, des taux de crédit immobilier. Dans un contexte de dette
publique élevée et de besoins de financement importants, la capacité à trouver
un compromis budgétaire crédible apparaît comme un enjeu majeur pour rassurer
les investisseurs et limiter les tensions sur les marchés obligataires. À
l'inverse, la persistance de l'incertitude politique et budgétaire pourrait
maintenir les taux d'emprunt français à des niveaux élevés, avec de nouvelles
répercussions à attendre sur les barèmes des banques.
« L'enjeu des
prochaines semaines est majeur : il faut parvenir à un accord sur le budget qui
donne de la visibilité aux marchés et rassure sur la trajectoire des finances
publiques. Sans cela, les taux d'emprunt de l'État risquent de rester sous
pression, amenant les banques à augmenter encore leurs taux de crédit
immobilier. Un accord ne suffirait pas à faire baisser immédiatement les taux,
mais il pourrait au moins contribuer à enrayer leur remontée », analyse Sandrine
Allonier.
Cette perspective est d'autant plus préoccupante que la remontée des taux de crédit se heurte désormais à des taux d'usure qui n'ont que très peu progressé au 4e trimestre et resteront inchangés jusqu'à la fin de l'année. « Pour l'instant, nous parvenons encore à trouver des solutions au cas par cas, en négociant les taux, les frais ou le coût de l'assurance emprunteur, afin de permettre aux dossiers de passer sous le seuil de l'usure. Mais jusqu'à quand ? Si les taux de crédit continuent d'augmenter dans les prochaines semaines, les marges de manœuvre vont se réduire et certains emprunteurs, pourtant solvables, pourraient se retrouver exclus du crédit uniquement à cause du taux d'usure », conclut Julie Bachet.


