Par Générations Futures, WWF France, Humanité et Biodiversité, FNH et France Nature Environnement.
Nos organisations alertent depuis plusieurs années sur les limites de l'indicateur retenu : le HRI1, qui tend à surestimer les progrès réalisés et donne une image déformée de l'évolution réelle des usages. Pourtant, la baisse d’utilisation des pesticides ne se concrétise pas au regard d’autres chiffres publiés par la Direction générale de l’Alimentation et le Ministère de l'Agriculture.
Depuis 2024, la France
a officiellement adopté l'indicateur de risque harmonisé (HRI1) pour suivre
l’évolution des usages agricoles de pesticides. Et ce changement a permis des
avancées substantielles apparentes, puisque la France affiche désormais une réduction
de près de moitié (47%) de ce dernier par rapport à la référence de 2011-2013.
Une dynamique qui reste toutefois en deçà de celle de nos partenaires
européens, dont la réduction moyenne s'établit à -59% par rapport à la
référence.
Les données disponibles
montrent que la France est encore loin d'avoir réduit significativement sa
dépendance aux pesticides. Il suffit pour s’en rendre compte de s’intéresser à
l’ancien indicateur utilisé pour le suivi du plan Ecophyto : le NODU. Ce
dernier affiche en 2024 une hausse de 13% par rapport à 2009 et de 6% par
rapport à la seule année 2023.
Les ventes de
pesticides sont aussi globalement en hausse et passent de 60 000 tonnes en 2009
à presque 70 000 tonnes en 2024, bien que les produits de biocontrôle
représentent une part croissante dans ces tonnages. Autre exemple illustratif,
les ventes de glyphosate repartent à la hausse en 2024 et atteignent leur
niveau le plus élevé après 2020.
Ce constat sans appel
rappelle que nos précédentes alertes et celles des scientifiques, exprimées
depuis 2024, sur les conséquences du déploiement de cet indicateur trompeur se
sont vérifiées. Une question se pose dès lors et appelle à une clarification
politique : que se passera-t-il si l’année prochaine l’indicateur HRI passe la
barre des 50% fixé comme horizon du plan Ecophyto 2030 ? L’objectif serait-il
artificiellement atteint deux ans avant l’échéance fixée, sans qu’il ne reflète
une réelle diminution des usages de pesticides sur le terrain ?
En cette année marquée
par une hausse spectaculaire des demandes auprès du fonds d’indemnisation des
victimes de pesticides et de la réautorisation de certains néonicotinoïdes par la
loi d’urgence agricole, il y a fort à parier que la courbe n’est pas prête de
s’inverser, à condition de ne pas se tromper de méthode de calcul.
Nous demandons le retour d’un indicateur fiable pour mesurer l'objectif de réduction des pesticides et le déploiement d’une véritable stratégie de réduction des pesticides en France, pour protéger autant les agriculteurs et salariés agricoles que l’ensemble de la population française et le vivant.


