Commentaire
d'Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l'analyse des marchés pour etoro.
En France, le problème n’est pas tant que les études soient devenues hors de prix, mais plutôt que vivre pendant ses études coûte de plus en plus cher. C’est une nuance importante. Dans l’enseignement public, les droits d’inscription restent relativement faibles, pour l’année 2026-2027, ils s’élèvent par exemple à 178 euros en licence et 255 euros en master.
L’État continue donc de prendre en
charge l’essentiel du coût réel de la formation, estimé entre 10 000 et plus de
15 000 euros par étudiant et par an.
La difficulté se situe davantage dans toutes les dépenses qui entourent les études, le logement, l'alimentation, les transports et l'énergie principalement. Contrairement aux frais universitaires, ces dépenses ont directement subi les effets du choc inflationniste des dernières années. Selon la FAGE, le coût de la rentrée étudiante 2026 dépasse désormais 3 200 euros, soit une progression de plus de
25 % depuis
2020.
Le logement est
probablement le meilleur exemple de cette pression. Dans les grandes villes
universitaires, un étudiant doit arbitrer entre proximité avec son
établissement, et qualité du logement. Une fois les dépenses contraintes
payées, le reste à vivre se réduit rapidement. Le phénomène rejoint celui
observé plus généralement chez les ménages modestes. Lorsque les dépenses
incompressibles progressent, ce sont les loisirs et l'habillement qui
deviennent les variables d'ajustement.
Cette situation produit
également un transfert de la pression financière vers les familles. Les parents
prennent souvent en charge une partie du loyer et autres dépenses.
L’augmentation du coût de la vie étudiante vient donc indirectement réduire
leur propre capacité de consommation et d’épargne.
Les pouvoirs publics
tentent de limiter cet effet. Le budget consacré aux aides sociales étudiantes
atteint 2,46 milliards d’euros en 2026, tandis que le repas à 1 euro a été
généralisé à l’ensemble des étudiants. Mais ces mécanismes compensent surtout les
effets de la hausse des dépenses. Ils ne règlent pas totalement la question du
logement ou du reste à vivre.
Le principal risque est
finalement que cette contrainte budgétaire influence l’orientation. Rester chez
ses parents plutôt que partir étudier dans une autre ville, privilégier une
université publique plutôt qu’une école privée, où les frais peuvent atteindre
les 20 000 euros par an. Travailler plus tôt devient parfois une décision
financière avant d’être académique.
On voit ainsi apparaître une forme de fracture économique dans l’accès aux études. Le diplôme reste relativement accessible, mais la possibilité de choisir librement où et comment étudier dépend de plus en plus des ressources disponibles.


