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[Etudes] La France, nouvelle capitale mondiale des attaques violentes contre les détenteurs de cryptomonnaies

Home invasions, séquestrations, rançons : le rapport 2026 de milieu d’année de Chainalysis sur la criminalité crypto révèle que la France a déjà recensé 30 attaques en 2026 — davantage que sur toute l'année 2025. À l'échelle mondiale, le montant dérobé par la violence a déjà atteint 30 millions de dollars en 2026.


Ces attaques physiques restent toutefois marginales face au reste de la criminalité crypto, très largement dématérialisée : les piratages ont coûté 3,4 milliards de dollars en 2025, les arnaques 17 milliards et les rançongiciels 820 millions - signe que la violence physique cible un public bien identifié plutôt que la masse des utilisateurs.

 

Selon le dernier rapport dédié à la criminalité crypto dévoilé par Chainalysis, plateforme mondiale de données blockchain, plus de 30 millions de dollars ont déjà été dérobés depuis janvier 2026 lors d'attaques violentes visant des détenteurs de cryptomonnaies dans le monde — une trajectoire qui pourrait faire de 2026 la pire année jamais enregistrée, allant bien au-delà du record de 58 millions de dollars atteint en 2025. Au cœur de cette escalade, la France. Elle s'impose comme le nouvel épicentre mondial de ces “wrench attacks”, des agressions physiques — cambriolages à domicile, séquestrations, prises d'otages — par lesquelles des criminels forcent leurs victimes à transférer leurs cryptoactifs

sous la contrainte.

 

Pour François Volpoët, Directeur Général Europe du Sud, Israël et Afrique francophone de Chainalysis : "Les chiffres concernant la France dressent un constat sans appel. En seulement quelques mois, nous sommes passés d’un phénomène marginal à une trentaine d’attaques documentées, touchant désormais des familles entières et des villes qui n’avaient jamais été concernées auparavant. La bonne nouvelle, c’est que les cryptomonnaies ne sont pas anonymes : chaque transfert issu d’une extorsion laisse une trace que les enquêteurs peuvent exploiter. C’est un avantage propre à cette classe d’actifs, dont les autorités françaises tirent déjà parti. Mais cela ne doit pas nous exonérer de notre responsabilité collective : nous devons mieux protéger les données des détenteurs de cryptomonnaies et renforcer leur sécurité opérationnelle. "

 

La France, épicentre mondial des attaques violentes

 

Alors qu'elle ne recensait que quelques incidents avant 2025, la France a vu ce chiffre bondir à

19 attaques sur l'ensemble de l'année 2025, puis à 30 attaques dès le premier semestre 2026 — déjà plus que sur toute l'année précédente. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a lui-même fait état, fin juin 2026, de plus de 70 incidents documentés par les autorités, bien au-delà des chiffres publics. Longtemps concentrées en Île-de-France, les attaques se sont propagées à Strasbourg, Marseille, Grenoble, Toulouse, Nantes et de nombreuses communes jusque-là épargnées. Leur rythme s'est lui aussi emballé : d'environ 1,9 attaque par mois en 2025, il est passé à 4,6 attaques par mois au premier semestre 2026 — soit environ 48 attaques de plus que ne le laissait présager la tendance historique du pays, jusque-là inférieure à une attaque par mois. La France rejoint ainsi les États-Unis, le Brésil et la Thaïlande dans le quatuor de tête des pays totalisant le plus d'incidents cumulés depuis 2023 — mais elle s'en détache déjà nettement en 2026.

 

Une fuite de données à l'origine de l'explosion

 

Chainalysis identifie une fuite de données comme le facteur déclencheur le plus probable de cette flambée. En 2024, un agent du fisc francilien est soupçonné d'avoir dérobé, puis revendu à des intermédiaires criminels, des dossiers de contribuables fortunés détenteurs de cryptomonnaies — noms, adresses, avoirs, numéros de téléphone et données fiscales inclus. L'affaire a été rendue publique en janvier 2026, ce qui pourrait avoir incité les criminels en possession de ces dossiers à accélérer leur passage à l'acte. Le même mois, la société française de fiscalité crypto Waltio révélait de son côté une fuite distincte touchant environ 50 000 utilisateurs, alimentant encore davantage les listes de cibles potentielles.

 

Cambriolages, séquestrations : les proches de plus en plus visés

 

Le profil des attaques françaises se distingue nettement du reste du monde. Quand les États-Unis concentrent l'essentiel des cambriolages à domicile, la France se caractérise par un taux de séquestration et d'enlèvement nettement supérieur à celui des autres pays touchés. Autre singularité tricolore : plus de 40 % des incidents recensés en France ont visé un proche du détenteur de cryptomonnaies — conjoint, enfant, associé — plutôt que le détenteur lui-même, contre 25 à 30 % en moyenne mondiale.

Et 93 % des victimes françaises identifiées sont des résidents locaux, signe d'un ciblage prémédité s'appuyant vraisemblablement sur les données volées. Ce phénomène n'est pas propre à l'Hexagone : en Suède, 100 % des victimes identifiées étaient des résidents locaux, contre 82 % au Brésil et 77 % aux États-Unis. Seuls les Pays-Bas font figure d'exception, avec 67 % de victimes non-résidentes — un chiffre à interpréter avec prudence, seuls trois incidents y ayant été documentés.

 

JUNALCO en ordre de bataille : plus de 200 arrestations

 

Face à cette vague, les autorités françaises ont mobilisé JUNALCO, la juridiction nationale spécialisée dans la lutte contre la criminalité organisée. À la mi-2026, la répression avait déjà permis environ 200 arrestations, 88 mises en examen et 75 placements en détention provisoire, ainsi que l'ouverture d'une douzaine d'enquêtes supplémentaires. Mais ce volume d'attaques françaises — plus nombreuses, plus indiscriminées et globalement moins abouties que les opérations ciblées des années précédentes — tire vers le bas le taux de réussite mondial des criminels : seulement 26 % des tentatives ont abouti en 2026, contre 49 % en 2025 et 67 % en 2024.

 

Une tendance mondiale en forte hausse

 

À l'échelle mondiale, le phénomène des wrench attacks s'intensifie. 46 incidents ont été documentés dans le monde entre janvier et fin juin 2026, contre 40 sur la même période en 2025. Plus de 30 millions de dollars ont déjà été dérobés en 2026, sur un rythme qui pourrait dépasser le record de 58 millions de dollars établi en 2025. En intégrant les tentatives non abouties — rançons exigées, transferts bloqués ou fonds gelés —, le montant total en jeu atteint 316 millions de dollars en 2024, 180 millions en 2025 et déjà 107 millions en 2026. Les modes opératoires évoluent également : les cambriolages avec intrusion au domicile représentent désormais 37 % des incidents recensés en 2026, contre 26 % en 2023, tandis que les enlèvements sont restés relativement stables, passant de 39 % à 52 % sur la même période. Ces attaques physiques restent toutefois marginales face au reste de la criminalité crypto, très largement dématérialisée : les piratages ont coûté 3,4 milliards de dollars en 2025, les arnaques 17 milliards et les rançongiciels 820 millions — signe que la violence physique cible un public bien identifié plutôt que la masse des utilisateurs.

 

L'analyse on-chain distingue trois profils d'attaquants

 

L'analyse des flux de fonds volés permet à Chainalysis de distinguer trois niveaux de sophistication criminelle.

 

- Les attaquants les moins expérimentés transfèrent directement les fonds volés vers des plateformes d'échange centralisées, sans aucune tentative de dissimulation — une aubaine pour les enquêteurs, qui peuvent aisément geler les fonds et identifier les titulaires de comptes.

 

- Un second groupe, plus averti, utilise des plateformes décentralisées, des ponts inter-chaînes ou des bots pour brouiller les pistes et éviter les points de passage obligés que représentent les exchanges centralisés : dans un cas documenté par Chainalysis, des bitcoins volés ont ainsi transité par une série de portefeuilles intermédiaires puis par THORChain Bridge, une plateforme d'échange décentralisée, avant de disparaître des radars.

 

- Le troisième profil, le plus préoccupant, met en évidence des liens avec la criminalité organisée. Dans une autre affaire documentée par Chainalysis, les fonds issus d’une attaque violente ont transité par une plateforme d’échange instantané avant d’être acheminés vers ce qui semble être un service de blanchiment présumé. Celui-ci avait déjà été en interaction avec des réseaux liés à des cartels, des portefeuilles associés à Ryan Wedding — ancien snowboardeur olympique poursuivi pour trafic de cocaïne —, des réseaux de financement du terrorisme ainsi que des services de blanchiment opérant en Asie du Sud-Est.

 

Ce que cela signifie pour les détenteurs, les enquêteurs et les régulateurs

 

Pour Chainalysis, cette vague d'attaques appelle une vigilance accrue de la part des détenteurs de cryptomonnaies : éviter d'exposer publiquement ses avoirs, sur les réseaux sociaux comme lors d'événements professionnels, et renforcer la sécurité de la conservation de ses actifs. L'affaire française illustre aussi un enjeu de politique publique : les cadres réglementaires qui imposent la collecte de données sensibles sur les détenteurs de cryptomonnaies doivent s'accompagner d'une protection à la hauteur du risque. Du côté des forces de l'ordre, la traçabilité des cryptomonnaies offre une opportunité d'enquête inédite, y compris dans des affaires de criminalité violente : chaque transfert extorqué laisse une trace on-chain exploitable. Chainalysis appelle à diffuser la culture blockchain au sein des unités de police de terrain, et pas seulement des unités spécialisées, via des outils comme Wallet Scan et Rapid.

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