Elle commencera quand ils prendront les meilleures
décisions.
L’analyse de Fidel
Martin, Président d’Exoé.
Depuis près de deux
ans, l'intelligence artificielle est devenue le sujet incontournable des
conférences, des plateaux télévisés et des présentations d'entreprises.
Dans la finance comme
ailleurs, chaque acteur affirme désormais intégrer de l'IA à ses processus.
Chaque nouvelle solution promet de révolutionner l'investissement. Chaque
annonce laisse entendre que les métiers de la finance sont sur le point de
disparaître.
La réalité est beaucoup
plus nuancée.
Aujourd'hui,
l'intelligence artificielle relève encore davantage du marketing que d'une
véritable transformation opérationnelle.
Mais cette situation ne
durera pas.
Nous sommes simplement
au commencement d'une mutation qui pourrait profondément modifier le
fonctionnement des marchés financiers.
Une révolution qui n'a
pas encore réellement commencé
L'intelligence
artificielle impressionne par ses capacités de génération de texte, d'analyse
documentaire ou de synthèse d'informations.
Pourtant, dans la
gestion d'actifs, son impact reste encore relativement limité sur les décisions
d'investissement elles-mêmes.
Les gérants continuent
de s'appuyer sur leur expérience, leur lecture macroéconomique, leur
compréhension des entreprises et leur capacité à interpréter les événements
géopolitiques.
Les décisions
importantes restent aujourd'hui largement humaines.
L'IA accompagne
davantage qu'elle ne décide.
Mais cette frontière est appelée à évoluer.
Les premières
transformations sont déjà visibles
Dans certaines
activités, l'intelligence artificielle est déjà une réalité.
Les grandes banques
d'investissement et les principaux brokers utilisent depuis plusieurs années
des algorithmes sophistiqués pour optimiser l'exécution des ordres.
L'objectif est simple :
acheter ou vendre au meilleur prix possible tout en limitant l'impact sur les
marchés.
Ces systèmes analysent
en permanence la profondeur des carnets d'ordres, les volumes échangés, la
liquidité disponible et les comportements des autres intervenants.
Demain, l'intelligence
artificielle rendra ces mécanismes encore plus performants.
L'exécution deviendra
toujours plus rapide, plus fine et plus efficace.
Le véritable changement
opérationnel commencera probablement ici.
La recherche
quantitative va connaître une accélération spectaculaire
L'autre révolution
concerne la recherche.
Jamais les marchés
n'ont produit autant de données.
Cours de Bourse,
publications économiques, résultats d'entreprises, données alternatives,
informations sectorielles, réseaux sociaux, géolocalisation, flux
commerciaux...
La quantité
d'informations dépasse désormais largement les capacités d'analyse humaines.
L'intelligence
artificielle permettra de traiter simultanément des millions de données afin
d'identifier des corrélations jusqu'ici invisibles.
Les modèles
quantitatifs deviendront plus puissants.
Les signaux de marché
seront détectés plus rapidement.
Les capacités
d'anticipation progresseront.
C'est probablement dans
cette recherche quantitative que les gains de productivité seront les plus
spectaculaires.
Les analystes
financiers seront les premiers concernés
Contrairement aux idées
reçues, je ne pense pas que les gérants seront les premiers métiers
bouleversés.
Les professionnels les
plus exposés seront probablement les analystes financiers.
Une partie importante
de leur travail consiste à collecter, structurer, comparer et synthétiser une
masse considérable d'informations.
C'est précisément le
terrain de prédilection de l'intelligence artificielle.
Les premières versions
de ces outils réalisent déjà en quelques secondes ce qui nécessitait auparavant
plusieurs heures de travail.
Les grandes
institutions financières l'ont parfaitement compris.
Elles investissent
massivement dans des équipes de data scientists, d'ingénieurs spécialisés en
intelligence artificielle et d'experts en modélisation quantitative.
La compétition ne se
jouera plus uniquement entre économistes ou spécialistes des marchés.
Elle opposera désormais
les meilleurs talents de la finance aux meilleurs spécialistes de la donnée.
L'humain restera
pourtant indispensable
Pour autant, croire que
l'intelligence artificielle remplacera totalement les professionnels de
l'investissement serait une erreur.
Les marchés financiers
ne répondent pas uniquement à des équations.
Ils réagissent aux
comportements humains.
À la psychologie.
Aux crises politiques.
Aux tensions
géopolitiques.
Aux décisions
imprévisibles des banques centrales.
Aux conflits
internationaux.
Autant d'événements où
l'expérience, l'intuition et le discernement conservent une valeur
considérable.
L'intelligence
artificielle pourra détecter un signal.
Elle ne comprendra pas
toujours le contexte qui lui donne son véritable sens.
Les gagnants seront
ceux qui sauront combiner intelligence humaine et intelligence artificielle
Comme souvent, les
grandes révolutions technologiques ne suppriment pas les métiers.
Elles les transforment.
L'intelligence
artificielle permettra aux professionnels de gagner du temps, d'améliorer leurs
analyses, de traiter davantage d'informations et de prendre des décisions mieux
documentées.
Mais la responsabilité
finale restera humaine.
Le véritable enjeu
n'est donc pas de savoir si l'intelligence artificielle remplacera les
financiers.
La vraie question est
de savoir quels établissements sauront intégrer cette technologie suffisamment
tôt pour prendre une longueur d'avance.
Nous assistons
aujourd'hui aux premiers pas d'une transformation qui s'étalera probablement
sur plusieurs années.
Les effets visibles
restent encore limités.
Les discours sont
souvent plus impressionnants que les résultats.
Mais lorsque les
investissements actuels des grandes banques, des brokers et des sociétés de
gestion produiront pleinement leurs effets, la finance entrera dans une
nouvelle ère.
Et cette fois, il ne
sera plus question de marketing.
Il sera question de compétitivité.


