Par David Kalfon, Président de Sanso Longchamp AM.
Depuis plusieurs mois,
un discours s'impose dans toutes les conférences financières, sur tous les
plateaux et dans la plupart des publications spécialisées : l'intelligence
artificielle serait sur le point de bouleverser définitivement la gestion
d'actifs.
Pour certains, les
gérants de portefeuille seraient même appelés à disparaître. Je n'y crois pas.
En revanche, je suis
convaincu que l'intelligence artificielle représente probablement la plus
formidable opportunité qu'ait connue notre profession depuis plusieurs
décennies.
À condition de
comprendre une chose essentielle : l'IA n’a pas vocation à remplacer le gérant
; elle doit lui permettre d’aller plus vite, plus loin et avec davantage de
profondeur dans l’analyse.
L’explosion des données
rend l’IA indispensable
Les marchés financiers
n'ont jamais produit autant d'informations.
Résultats
d'entreprises, publications macroéconomiques, banques centrales, données
alternatives, actualités géopolitiques, indicateurs ESG, analyses sectorielles,
réseaux sociaux, flux en temps réel…
Chaque jour, une masse
croissante de données vient influencer la lecture des marchés.
Aucun professionnel,
aussi expérimenté soit-il, ne peut absorber seul cette masse d'informations.
C'est précisément là
que l'intelligence artificielle change les règles du jeu.
Elle permet de trier,
d'organiser, de hiérarchiser et d'analyser en quelques secondes ce qui
demandait auparavant plusieurs heures, voire plusieurs jours de travail.
Nous gagnons un temps
considérable.
Et dans notre métier,
la capacité à traiter rapidement l’information constitue un atout important.
L'IA améliore la
qualité des décisions… sans décider à notre place
L'erreur serait
pourtant de croire que l'intelligence artificielle prend de meilleures
décisions que les professionnels.
Les marchés ne se
résument pas à une équation mathématique. Ils intègrent une part d’émotion, de
psychologie collective, d’irrationalité et de réactions parfois imprévisibles.
Aucun modèle ne peut
anticiper parfaitement une crise politique, une déclaration inattendue d'un
dirigeant, un changement brutal de sentiment des investisseurs ou un événement
géopolitique majeur.
L’IA peut produire des
scénarios et des probabilités ; le gérant conserve la responsabilité du
discernement, du contexte et de la décision.
Et cette différence est
fondamentale.
La valeur du gérant
évolue
Pendant longtemps, une
partie importante du métier consistait à rechercher l'information.
Demain, cette tâche
sera largement automatisée.
La véritable valeur
ajoutée résidera ailleurs : dans l’interprétation, la capacité à remettre une
information dans son contexte, la compréhension des cycles économiques,
l’expérience accumulée au fil des crises et la gestion du risque lorsque les
modèles atteignent leurs limites.
L’intelligence
artificielle ne remplace pas l’expertise.
Elle la rend encore
plus précieuse.
Les sociétés de gestion
qui tarderont prendront du retard
Comme toutes les
grandes innovations technologiques, l’IA crée progressivement un écart entre
les acteurs qui l’intègrent dans leurs processus et ceux qui tardent à le
faire. L’intégration de l’IA devient ainsi un enjeu structurant pour les
sociétés de gestion, à la fois dans leur organisation, leur processus d’analyse
et leur capacité à répondre aux attentes des investisseurs. Non pas parce que
l’IA fera tout. Mais qu’elle donnera aux professionnels les mieux préparés les
moyens de renforcer encore leur discipline d’analyse et leur capacité de
décision.
Le véritable enjeu est
humain
Pour une société de
gestion, intégrer l’IA ne consiste donc à déléguer la décision, mais à
renforcer la qualité du processus d’investissement, la discipline d’analyse et
la maîtrise du risque.
Le paradoxe est là.
Plus la technologie
progresse, plus les qualités humaines deviennent déterminantes.
Le bons sens,
l’expérience, la capacité à douter, l’écoute, la remise en question et la
vision de long terme deviennent alors plus essentiels que jamais.
Aucune intelligence
artificielle ne peut remplacer la responsabilité qu'implique une décision
d'investissement.
Derrière chaque
portefeuille se trouvent des projets, des entreprises, des épargnants et des
horizons de long terme.
La confiance ne se
délègue pas à un algorithme.
Elle se construit avec
des femmes et des hommes.
Une révolution qu'il
faut accueillir avec enthousiasme
L'intelligence
artificielle ne doit pas être perçue comme une menace pour la gestion d'actifs.
Elle constitue au
contraire une formidable opportunité d'améliorer nos métiers, d'accroître notre
capacité d'analyse et de mieux servir nos clients.
Comme toutes les
grandes révolutions technologiques, elle modifiera profondément notre manière
de travailler.
Mais l'histoire montre
que les innovations les plus puissantes ne remplacent pas les compétences
humaines.
Elles permettent
simplement aux meilleurs professionnels de renforcer la qualité de leur analyse
et la robustesse de leurs décisions.
L’avenir de la gestion d’actifs ne se jouera pas entre l’intelligence artificielle et les gérants. Il appartiendra aux professionnels capables de faire de l’IA un levier d’analyse, de discipline et de discernement.


