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[Tribune] 70% de l'engagement, 56% de managers non formés : et si on formait enfin ceux qui font grandir les autres ?

Par Alain Manoukian, président du collectif Croissance Coaching, référence en France sur l'accompagnement des dirigeants et managers de PME et d'ETI et fondateur du centre de développement Human Lab Osez.

 

Le manager reste le facteur numéro un de l'engagement des équipes. Il est aussi, dans plus d'un cas sur deux, laissé sans formation pour l'exercer. Un paradoxe que l'arrivée de l'IA rend chaque jour plus intenable.

 

Un chiffre devrait suffire à alerter tous les comités de direction : 70 % de l'engagement d'un collaborateur dépend directement de la façon dont il est managé. Ce n'est pas une estimation approximative : c'est le résultat d'une des études les plus vastes jamais menées sur le sujet, celle de l'institut Gallup (« Managers Account for 70 % of Variance in Employee Engagement », State of the American Manager), portant sur plus de 27 millions de salariés et 2,5 millions d'équipes à travers le monde. Le manager n'est pas un facteur d'engagement parmi d'autres : il en est, de très loin, le premier.

 

Et pourtant, un second chiffre vient percuter le premier. Selon le dernier rapport Gallup, State of the Global Workplace 2025, 56 % des managers dans le monde n'ont reçu aucune formation à la fonction managériale. Un peu plus d'un manager sur deux exerce donc, au quotidien, le métier qui pèse le plus lourd sur l'engagement, la performance et la santé de ses équipes sans avoir jamais appris à le faire. Édifiant.

Le même rapport chiffre le coût de cette impréparation : si l'engagement au travail progressait significativement à l'échelle mondiale, Gallup estime que 9 600 milliards de dollars pourraient être ajoutés à l'économie mondiale, soit l'équivalent de 9 % du PIB planétaire. Autrement dit, le manque de formation des managers n'est pas un angle mort périphérique des politiques RH : c'est un frein direct à la performance des entreprises et, à cette échelle, à la croissance économique elle-même.

 

Le manager accidentel, devenu la norme

 

Comment en est-on arrivé là ? Dans l'immense majorité des entreprises, on continue de promouvoir manager le meilleur expert technique, le meilleur commercial ou le collaborateur le plus loyal, sans jamais lui transmettre le mode d'emploi de sa nouvelle fonction. Le « manager accidentel » n'est plus l'exception : il est devenu la norme. Il hérite d'une équipe, d'un objectif, d'un comité de direction à satisfaire, et se retrouve à réguler, seul, des enjeux humains, émotionnels et relationnels pour lesquels rien ne l'a préparé.

 

Ce vide devient d'autant plus critique que l'intelligence artificielle s'installe, dès aujourd'hui, dans la plupart des métiers et des processus. L'IA automatise, accélère, recommande, mais elle ne supprime en rien le besoin fondamental de lien, de reconnaissance et de sens que chaque collaborateur porte au travail.

Elle le rend au contraire plus visible, plus urgent. À mesure que les tâches se digitalisent, la valeur ajoutée du manager se déplace : elle n'est plus dans le contrôle de l'exécution, mais dans la régulation de l'intelligence émotionnelle, relationnelle et collective de son équipe.

 

Un néo-manager doit prendre sa place

 

C'est la conviction du collectif Croissance Coaching et du centre de développement « Human Lab Osez » : un nouveau management doit voir le jour. Cette idée est théorisée dans le livre blanc « Leadership 2.0, engageant et engagé », coécrit à plusieurs mains à partir de ce que les coachs observent chaque jour auprès des dirigeants et managers de PME et d'ETI accompagnés partout en France.

 

Ce néo-manager n'a plus vocation à être le sachant qui distribue les tâches et contrôle leur exécution. Sa mission première est de faire grandir ses équipes : donner du sens, être présent et proche d'elles, créer les conditions de l'engagement.

 

C'est un manager coach, qui pose des questions plutôt que d'apporter systématiquement toutes les réponses, qui développe l'autonomie plutôt que la dépendance, qui articule bienveillance et exigence sans jamais sacrifier l'une à l'autre. Qui comprend et promet l’intelligence collective, émotionnelle et relationnelle

 

C'est au dirigeant de donner le « la »

 

Mais ce changement de posture ne se décrète pas au niveau d'un manager isolé. Il doit être impulsé, incarné, exigé par le dirigeant lui-même. C'est lui qui donne le « la » : s'il attend de ses managers qu'ils deviennent des managers coachs, engageants et engagés, il doit d'abord l'être lui-même dans sa relation avec son comité de direction. La transformation managériale est avant tout une transformation de la culture, et une culture se façonne depuis le sommet, pas depuis le milieu de la pyramide.

 

Former ses managers n'est donc plus une option, ni une ligne de budget accessoire : c'est l'un des investissements les plus rentables qu'une entreprise puisse faire aujourd'hui. Continuer à ignorer ce double constat -70 % de l'engagement en jeu, 56 % de managers non formés pour y répondre- revient à piloter sa performance à l'aveugle. Il est temps de donner enfin aux managers les moyens d'exercer pleinement ce métier : celui, immense, de faire grandir les autres.

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