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[Expertises] L'orthographe, visage des inégalités scolaires ?

L'orthographe est dans le viseur du gouvernement pour l'obtention du brevet et du bac.

En quoi ce n'est pas anodin ?


Par Elisabeth Elkrief, directrice générale de la Fondation AlphaOmega.


En France, l'orthographe reste souvent associée à la maîtrise des fondamentaux. Dès lors, l'idée de renforcer son poids dans l'obtention du brevet et du baccalauréat semble aller de soi. Pourtant, cette décision soulève des questions bien plus profondes qu'il n'y paraît. La maîtrise de l'orthographe est évidemment un enjeu scolaire. Mais elle demeure aussi un puissant marqueur social. Dès lors, comment renforcer les exigences sans renforcer les inégalités ?

 

Avec la massification de l'enseignement, et l'objectif d'atteindre un taux de 85% au bac dans les années 80, on a mesuré en parallèle une baisse constante du niveau d'orthographe. Ainsi, la prise en compte de la qualité orthographique mais aussi de l'expression syntaxique et grammaticale a reculé dans les notations. Comment l'expliquer ? De manière statistique.

 

En 2000, un sénateur, Bernard Murat, interpellait le ministre de l'Education sur les barèmes en dictée. Je cite : « l'épreuve d'orthographe au brevet en 1970 comportait 283 mots et celle du certificat d'études primaires élémentaires en 1962 comportait 121 mots ; et, d'autre part, que le barème identique pour ces deux épreuves prévoyait 4 points de moins par faute, soit zéro sur 20 pour cinq fautes. »

 

En 2000, la dictée comportait 4 phrases de 63 mots, et le barème est le suivant : 1/2 point pour la graphie correcte des mots et 1/2 point par faute. Ce système de plus et de moins devait permettre de (ré)compenser sans trop punir.

 

Par ailleurs, la pondération de l'épreuve d'orthographe par rapport à la rédaction s'est établie dans un rapport de 1 à 4 : 10 points pour la première, 40 pour la seconde.

 

Mais alors, qu'est-ce qui a changé entre les années 60 et aujourd'hui ? Je dirais, presque tout !

 

En premier lieu, le niveau global d'orthographe dans un enseignement de masse baisse de manière continue. Ensuite, la langue française est connue pour être l'une des langues les plus difficiles à orthographier de l'aveu même des linguistes. Enfin, il y a bien d'autres explications, parmi lesquelles, la place des écrans dans nos sociétés ou le recul de l'écrit qui est constaté objectivement : le temps d'écran a directement une incidence sur le temps de lecture, les contenus consultés sur ces mêmes écrans sont davantage au format vidéo. La communication par SMS déjà succincte cède progressivement la place aux vocaux perçus comme plus rapides.

 

Soyons lucides, les distractions sont nombreuses, mais développer le plaisir de lire et d'écrire de manière ludique peut aussi devenir un moyen de faire reculer les écrans.

 

Sans compter que lire permet de s'inscrire dans le temps long, favorise la concentration et fait baisser le stress. C'est pourquoi, nous vous invitons à essayer les 5 conseils que nous vous proposons dans cette lettre et découvrir comment les associations d'éducation contribuent à redonner du sens à ces apprentissages.

 

5 choses à savoir pour améliorer son orthographe

 

1. Lire et écrire un peu chaque jour

On ne le dira jamais assez, mais lire aide à mémoriser la forme des mots, les tournures de phrase et les accords. Mais il faut aussi écrire : résumer un petit texte, écrire son journal intime, noter les mots, les expressions qu'on aime. L’idéal : écrire un court texte, le relire plusieurs fois, puis corriger avec un parent.

 

2. Faire des dictées courtes régulièrement

Rien de tel pour progresser que de s'entraîner. La dictée reste un des moyens les plus simples à petite dose. Pour se préparer, des séances de 10 minutes, à raison de deux à trois fois par semaine plutôt qu’une longue dictée ponctuelle. L’objectif est de comprendre ses erreurs : accords, conjugaison, homophones, sons, mots invariables. Deux outils sont assez pratiques et reconnus : 

• Orthophore propose des dictées en ligne, notamment pour le primaire et le collège, avec un retour sur les erreurs. L’outil est pensé pour permettre aux élèves de progresser à leur rythme.

• Twictée, un service de dictées interactives dans une classe en ligne dont la particularité est de faire verbaliser les raisonnements orthographiques par une approche de groupe. On comprend ses fautes, mais aussi celles des autres !

 

3. Tenir un “carnet d’erreurs personnelles”

L’élève note ses fautes fréquentes dans un petit carnet ou un document numérique. Ce carnet permet de travailler ses propres difficultés, au lieu de revoir toujours les mêmes règles générales.

On vous conseille, les ressources du site Éduscol (le site des profs) qui rappellent que l’orthographe doit être travaillée comme un système, en comprenant les régularités de la langue, et pas seulement par mémorisation mécanique.

 

4. Apprendre à se relire méthodiquement

Beaucoup de fautes viennent d’une relecture trop rapide. On peut apprendre à se relire en appliquant la fameuse méthode des trois passages :

1. Je vérifie les accords dans le groupe nominal : le grand chien / les grands chiens.

2. Je vérifie les accords sujet-verbe : les élèves travaillent.

3. Je vérifie les homophones : a/à, et/est, son/sont, ce/se.

Cette méthode donne à l’élève une routine concrète au lieu de lui dire simplement : “Relis-toi.”

 

5. Utiliser un entraînement adaptatif

Un bon outil numérique peut aider parce qu’il repère les erreurs récurrentes et propose des exercices adaptés. C’est particulièrement utile pour un collégien, un lycéen ou un étudiant qui veut progresser de manière autonome.

Le Projet Voltaire est l'une des plateformes les plus opérantes consacrées à l'orthographe, à la grammaire et à l'expression écrite. Elle propose un entraînement personnalisé et peut mener au Certificat Voltaire, valorisable dans un parcours scolaire ou professionnel. La plateforme propose également des fiches de règles d’orthographe et de grammaire consultables en ligne, utiles pour revoir une difficulté précise.

 

 

Le prix des premières lectures, un bon prétexte pour donner aux enfants l'envie de lire (et de soigner leur orthographe)

 

L'association Coup de Pouce organise avec la chaîne enfantine Gulli, un concours de littérature pour enfant intitulé "Le prix des Premières Lectures". Pendant un an, les enfants des clubs Coup de Pouce découvrent cinq ouvrages sélectionnés avant de voter pour leur préféré. Le concours, national, réunit plus de 6200 enfants de CP pour voter et l'auteur gagnant du prix est désigné lors d'une grande cérémonie. Cette année, la cérémonie était présentée le 10 juin par Thomas Sotto, parrain de cette édition sur les chaînes Gulli et M6.

 

Edgar Morin, décédé il y a peu était également parrain de cette édition.

https://coupdepouceassociation.fr/

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