La dernière grande crue en Île-de-France a eu dix ans cette fin de mai, L'Institut Paris Region publie à cette occasion l'étude Populations et logements face aux crues en Ile-de-France.
Analyse des enjeux en
2026
Une inondation majeure
de la Seine et de ses principaux affluents franciliens est l’une des
catastrophes naturelles les plus redoutées au niveau national, par les acteurs
de la prévention des risques naturels et de la gestion de crise, compte-tenu de
la concentration des enjeux : population, habitat, infrastructures, activités
économiques, ...
Les travaux engagés
depuis plusieurs années par L’Institut Paris Region apportent une connaissance
précise du nombre de logements et des populations résidantes en zones
inondables, soit l’un des premiers indicateurs de la vulnérabilité potentielle
d’un territoire à ce risque. Ils contribuent ainsi à la conception et
l'organisation de la diversité des réponses à prévoir en cas de crues en
Île-de-France.
Plus de 550 000
logements et un million d’habitants en zone inondable
Pour un niveau de crue majeure d’occurrence centennale, les analyses révèlent la forte sensibilité de l’habitat francilien : près de 555 500 logements (9,2 % du parc régional) sont potentiellement exposés aux inondations par débordement, dont 85,6% d'habitat collectif. La population exposée reflète l’importance de ces enjeux : plus d’un million de personnes, soit 8,4 % de la population francilienne, vivent en zones inondables, les trois quarts dans les territoires densément peuplés de Paris et de la petite couronne.
La vallée de la Seine concentre par ailleurs plus de 80
% des habitants potentiellement exposés.
Une évolution constante
de la construction de logements en zones inondables
Depuis le début des
années 2000 et la mise en œuvre des premiers Plans de prévention des risques
Inondations (PPRi) en Ile-de-France, plus de 103 000 logements ont été
construits/livrés en zones inondables, dont 93,3 % en habitat collectif, mais
aussi des locaux d'activité, des bureaux, des équipements publics, et ce dans
le respect des zonages et des servitudes imposées par les PPRI. Ces évolutions
s'inscrivent en quasi-totalité par densification et mutation (et non par
extension) dans le cadre du renouvellement urbain de la zone dense.
Une évolution
progressive des enjeux selon les scénarios de crues
L’exploitation des
scénarios de crues permet d’affiner la lecture de l’exposition des enjeux
humains :
• Crue fréquente d'occurrence décennale à
trentennale :
les estimations de populations exposées restent relativement faibles, de
quelques centaines à quelques milliers d’habitants et de logements,
essentiellement dans les territoires ruraux.
• Crue d’occurrence cinquantennale : 159 000 personnes et
76 000 logements, avec de premiers impacts dans les zones périurbaine et dans
l’agglomération centrale.
• Crue de niveau 1910 à Paris d'occurrence centennale à tri-centennale : 777 000 personnes et
385 600 logements sont
recensés, avec un impact très fort en cœur d’agglomération et dans
l’hypercentre.
• Crue maximale, supérieure de 15 % au débit de
la crue de 1910 :
la situation est encore aggravée dépassant le million de personnes, dont près
de 82,2 % sur l’axe Seine.
Le facteur aggravant
des fragilités de réseaux
Dans le cas de crues
importantes ou majeures, de nombreux équipements et réseaux critiques localisés
en bordure de la Seine, de la Marne ou l’Oise seront impactés : postes sources
électriques, usines de production d’eau potable, installations de traitement
des déchets ou des eaux usées, stockages d’hydrocarbures,... L’arrêt ou le
dysfonctionnement de ces installations se traduiraient par des conditions de
vie très dégradées (pas d’électricité, de chauffage, d’assainissement, d’eau
potable…) pour les populations résidantes, mais fragiliserait aussi la
continuité d’activité des services publics de proximité (établissements de
santé ou sociaux) au rôle essentiel de soutien aux populations en période de
crise, mais aussi la poursuite des activités économiques.
Ces fragilités de
réseaux ont un impact fort dès le niveau d’une crue d’occurrence cinquantennale
(1955). Au total ce sont près de 633 000 habitants impactés directement et
indirectement dans ce scénario de crue : 159 000 personnes en zone inondables +
474 000 habitants impactés par des zones de fragilités.
Les enjeux deviennent extrêmement élevés pour une crue de type 1910 à Paris : aux 777 000 personnes en zones inondables s’ajoutent près de 938 000 habitants dans les zones de fragilités de réseaux, la population régionale directement et indirectement impactée est évaluée à plus de 1,7 millions d’habitants, 13,8 % de la population francilienne.


