Selon un rapport de l’UNESCO, un chercheur sur trois n’a pas accès à des infrastructures de recherche quantique, ce qui freine considérablement son potentiel dans des domaines tels que la santé, l'informatique, la cybersécurité et la modélisation climatique.
Intitulé « The Quantum Moment : A Global Report, Outcomes of the
International Year of Quantum Science and Technology » [Le moment quantique
: bilan mondial de l’Année internationale des sciences et technologies
quantiques], le rapport montre qu’il existe un profond fossé entre le Nord et le Sud en
matière d’accès à cette technologie. À ce titre, l’Europe et l’Amérique du Nord
ont organisé sept fois plus d’événements liés à la science quantique par pays
au cours de l’année écoulée que l’Afrique. Les conclusions soulignent également
un écart persistant entre les sexes, en particulier parmi les chercheurs de
haut niveau dans le domaine quantique.
Les ordinateurs quantiques peuvent explorer simultanément un nombre colossal de solutions possibles.
À titre d’exemple, ils pourraient rechercher la sortie d'un
labyrinthe en testant tous les chemins à la fois, au lieu de les examiner l’un
après l'autre comme le ferait un ordinateur classique. Exploiter la physique
quantique de cette manière accroît considérablement la puissance de calcul et
pourrait révolutionner notre capacité à résoudre certains problèmes complexes,
tels que la découverte de nouveaux médicaments, la modélisation des systèmes
climatiques avec une précision bien supérieure, ou encore l'amélioration
significative de la cybersécurité pour les transactions financières et les
télécommunications.
Toutefois, sans une action délibérée et coordonnée, les avantages de cette transformation risquent de se concentrer entre les mains d'un petit nombre de pays, ce qui aggraverait les inégalités mondiales au lieu de les réduire.
Pour Khaled El-Enany,
Directeur général de l’UNESCO : « La révolution quantique ne peut se résumer à
une course menée par quelques pays sous le regard du reste du monde.
L'initiative mondiale sur la technologie quantique, récemment lancée par
l'UNESCO, constitue une réponse concrète aux conclusions de ce rapport et
propose une feuille de route pragmatique pour lutter contre cette profonde
inégalité à l’échelle mondiale. Nous devons agir dès maintenant pour combler ce
fossé et veiller à ce que les avantages de la technologie quantique soient
partagés par tous. Nous appelons les gouvernements, l’industrie et la
communauté scientifique à se joindre à nous pour bâtir un avenir quantique
véritablement mondial et équitable. »
Une dynamique mondiale,
un accès inégal
Le rapport mondial «
The Quantum Moment : A Global Report, Outcomes of the International Year of
Quantum Science and Technology » présente la première évaluation mondiale
exhaustive de l’Année internationale de la science et de la technologie
quantiques célébrée en 2025. Fondé sur les données issues de 1 300 événements
dédiés aux sciences quantiques organisés dans 83 pays avec une participation
directe dépassant 1,2 million de personnes, ce rapport repose également sur une
enquête mondiale menée auprès de 590 experts dans 81 pays, ainsi que sur les
contributions d’organisations scientifiques internationales de référence telles
que l’American Physical Society. Il met en lumière à la fois l’ampleur de
l’intérêt mondial pour les sciences quantiques et la profondeur des obstacles
qui empêchent la majorité des pays de participer pleinement à l’ère quantique.
Les données relatives
aux inégalités sont sans équivoques. Les États membres de l’UNESCO d’Europe et
d’Amérique du Nord concentrent sept fois plus d’événements liés aux sciences
quantiques – conférences, ateliers, séminaires et hackathons – que ceux d’Afrique.
Près d’un chercheur sur trois indique que son institution n’a pas accès à des
infrastructures de recherche quantique, et les coûts d’équipement sont cités
comme un obstacle par les deux tiers des personnes interrogées à l’échelle
mondiale. Plus de 150 pays n’ont toujours adopté aucune forme de stratégie
nationale en matière de science quantique, alors même que les investissements
publics et privés mondiaux dans ce domaine ont atteint 55,7 milliards de
dollars à la mi-2025. La concentration de ces investissements dans un petit
nombre d’économies souligne l’urgence du défi.
Le rapport met
également en évidence des disparités persistantes entre les genres dans les
domaines liés à la technologie quantique. Alors que les femmes représentaient
environ 42 % des participants en début de carrière aux événements consacrés aux
sciences quantiques, leur proportion diminue considérablement au fur et à
mesure de la progression de leur carrière, pour atteindre environ 16 % au
niveau des chercheurs confirmés et seulement 12 % aux postes de direction.
Combler le fossé : une
feuille de route pour un avenir quantique inclusif
Pour remédier à cette
inégalité d'accès, l'UNESCO a lancé Global Quantum Initiative (GQI) [Initiative
mondiale sur la technologie quantique], un cadre destiné aux gouvernements, aux
universités, à l'industrie et à la société civile visant à garantir que les
technologies quantiques soient développées de manière inclusive et éthique,
afin qu'aucun pays ne soit exclu de la construction de l'avenir quantique.
Des actions concrètes
sont déjà en cours. Dans le cadre de la Remote Access to Lab Equipment
Initiative [Initiative de l’UNESCO pour l’accès à distance aux équipements de
laboratoire], les chercheurs des pays du Sud peuvent désormais accéder au
premier ordinateur quantique au monde dédié à la recherche en santé (IBM
Quantum System One à Cleveland, aux États-Unis) pour travailler sur la
découverte de médicaments, la modélisation des maladies et d'autres enjeux
directement liés à leurs pays. Ce programme illustre un modèle concret que
l’Initiative mondiale sur la technologie quantique entend reproduire et
amplifier : lever les obstacles liés aux infrastructures, non pas en attendant
que chaque pays se dote de sa propre installation quantique, mais en donnant
accès à celles qui existent déjà.


