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[Tribune] Cession d'entreprise, le rôle clé de l'expert-comptable

Dans un contexte économique incertain : inflation, taux d'intérêt élevés, instabilité géopolitique… céder son entreprise aujourd’hui n’a rien d’anodin. Et pourtant, beaucoup de dirigeants s'y prennent encore trop tard. Résultat : ils passent à côté de leviers importants que ce soit en matière de fiscalité, de valorisation ou tout simplement de sérénité dans la transmission.

 

Franck Hugonnot, Directeur Associé chez Sadec Akelys Lille, nous livre sa vision de l'accompagnement à la cession : une mission qui débute bien avant la mise en vente !

 

 

Anticiper : la règle d'or de la cession

L’erreur la plus fréquente est très souvent la même, celle de s’y prendre au dernier moment. Alors quand commencer à en parler ? : « Le plus tôt possible, souvent un ou deux ans avant la cession, afin de préparer le terrain. Parfois en l'absence de holding, un délai de trois ans est même nécessaire pour le respect d'exonérations fiscales », rappelle Franck Hugonnot.


Avant même de parler prix, il faut déjà regarder comment on vend. La première analyse porte sur le schéma de cession lui-même : la structure actuelle est-elle optimale ? Faut-il apporter les titres à une holding ? Prévoir des donations, du démembrement ?


Ces sujets prennent du temps, et ils conditionnent directement ce que le dirigeant va réellement percevoir à la fin. Le mécanisme de l'apport-cession est souvent au cœur de la stratégie : lorsqu'un dirigeant dispose d'une holding depuis l'origine, la cession peut être quasiment neutre fiscalement. Dans le cas contraire, il faut composer avec des délais incompressibles.

 

Améliorer la lisibilité des comptes pour maximiser la valeur

Une fois le cadre juridique posé, l'expert-comptable s'attelle à rendre l'entreprise la plus lisible et la plus attractive possible pour les acquéreurs potentiels. Concrètement, cela passe par des ajustements que les dirigeants n’identifient pas toujours : arbitrages entre crédit-bail et investissement, politique de rémunération et de dividendes du dirigeant, provisionnement pour départ à la retraite... Des choix qui peuvent réellement changer la valorisation.


Sur ce sujet, Franck Hugonnot est clair : « Les valorisations sont aujourd'hui souvent assises sur la rentabilité et le cash-flow. Tout ce qui permet de les améliorer joue donc sur la valeur. Mais je pense que l'essentiel réside dans les clients et les collaborateurs de l'entreprise, et c’est ce qui est le plus difficile à mesurer. »


Ce qui peut faire « capoter » le projet ? Ce sont souvent les mêmes sujets, quelle que soit l’entreprise : le chiffre d'affaires, la rentabilité, et surtout les équipes ! En effet, l'adhésion des collaborateurs à la cession est souvent sous-estimée par les cédants, alors qu'elle peut clairement faire la différence au moment de conclure.

 

L’expert-comptable, le tiers de confiance tout au long du processus

Au-delà de la préparation, l'expert-comptable joue un rôle clé pendant les négociations. Il accompagne le cédant sur la sécurisation des informations financières transmises aux acquéreurs et il devient le véritable point d’appui du dirigeant. Il s’assure également que les chiffres sont cohérents et qu’ils peuvent être défendus face à un acquéreur.

 

« Nous ne sommes pas seulement là pour travailler sur des chiffres, mais pour accompagner tous les moments de développement d'une société », résume Franck Hugonnot. C’est bien un rôle de conseil global pour que la cession soit non seulement réussie sur les aspects techniques, juridiques, financiers mais aussi qu’elle soit vécue sereinement par le dirigeant. Comme en sport, une excellente préparation mène à la réussite. » conclut Franck Hugonnot.

 

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Céder son entreprise dans les meilleures conditions

 Témoignage de Charles Jacob ancien dirigeant de Co Productions

                                                                                                                                                                                    Pourquoi avoir fait le choix de céder votre entreprise ?

Charles Jacob :  Anciennement basée à Tourcoing, Co Productions est une entreprise de sous-traitance dans l’industrie des arts graphiques, avec trois activités principales : la découpe, le pliage-collage et le façonnage manuel. Elle comptait 12 salariés et existait depuis 1992. La décision de céder est venue d’une réflexion de fond sur l’évolution du marché. Nos clients connaissent une forte consolidation, et on observait une baisse structurelle des volumes de papiers imprimés. À un moment donné, l’entreprise est arrivée à un tournant : il fallait changer de taille pour continuer à exister dans l’écosystème.

 

J’avais étudié des opportunités de croissance externe, mais finalement, c’est un confrère, lui-même en recherche de diversification, qui a repris Co Productions. L’enjeu était clair : consolider l’activité et sécuriser les emplois.

 

Comment cette décision a-t-elle fait son chemin ?

CJ : Quand on dirige une entreprise, on y pense en permanence : ce qu’on peut améliorer, les risques, les évolutions possibles. L’idée a émergé un soir, seul au bureau, en réfléchissant à l’avenir, sans avoir encore formalisé la question de la cession ou de la reprise. Après quelques semaines de réflexion et des échanges avec mes conseils, notamment mon expert-comptable et mon conseiller en cession-acquisition, la nécessité de consolider l’entreprise s’est imposée.

 

Les premiers contacts avec le repreneur ont eu lieu en décembre 2023. Le dossier de vente a été constitué au printemps, pour une cession finalisée en novembre 2024. Au total, le processus a duré environ un an.

 

Quelles ont été les étapes clés du processus et qu’est-ce qui a été le plus long ?

CJ : La négociation n’a pas duré très longtemps, de l’ordre d’une à deux semaines. Quand le vendeur est réellement prêt à vendre et que l’acheteur est engagé, la négociation trouve son chemin assez naturellement.

 

En revanche, la Garantie d’Actif et de Passif a été l’étape la plus exigeante, à la fois en temps et en intensité de négociation.

 

Les phases d’audit sont également des moments sensibles. Dans ce contexte, le rôle de l’expert-comptable est déterminant : la qualité et la fiabilité des informations transmises contribuent directement à instaurer un climat de confiance.

 

Justement, quel rôle a joué votre expert-comptable ?

CJ : Sadec Akelys m’a accompagné dans le conseil avant même toute décision et Franck Hugonnot a été à mes côtés tout au long du parcours. L’intervention du cabinet a été particulièrement importante pendant les audits, avec un travail rigoureux de préparation et de transmission des données. Dans des moments parfois tendus, leur sérieux est rassurant et facilite les échanges entre les parties.

 

Quelle place a occupé la dimension humaine ?

CJ : C’est clairement le point le plus marquant du processus de vente, avec le moment le plus difficile a été l’annonce aux salariés. Nous avions traversé beaucoup de choses ensemble, des périodes compliquées comme des moments de joie et c’est à ce moment-là que j’ai vraiment pris conscience que je ne serais plus dirigeant de cette équipe. Après une courte période de flottement, j’ai demandé au repreneur de venir se présenter avant la signature définitive. Il y avait un vrai besoin de rassurer les équipes.

 

Comment avez-vous vécu l’après-cession ?

CJ : Le sentiment est assez contrasté. D’un côté, il y a une forme de légèreté à ne plus porter seul toutes les responsabilités. Mais en même temps, il peut y avoir une difficulté à retrouver sa place au sein de l’entreprise.

 

Quels conseils donneriez-vous à un dirigeant qui envisage de céder dans les 2 à 3 années à venir ?

CJ : Il faut aborder une cession de manière globale, en intégrant tous les paramètres : professionnels, bien sûr, mais aussi et surtout personnels : la famille, le patrimoine, la fiscalité… Et surtout, se faire accompagner le plus tôt possible car l’ensemble des démarches à réaliser sont très chronophages, et le temps passe vite.

 

Et je le redis, le plus important reste l’ensemble des paramètres humains (familiaux, employés…), car le prix de vente de l’entreprise n’est pas l’alpha et l’oméga. Plus on avance dans le processus, plus on se rend compte que l’humain entre en ligne de compte : employés, repreneur, conseil…

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