L’analyse de Cédric Gaillard,
operating partner chez I&S Adviser.
Du vestiaire à la salle
du conseil, le parallèle entre les mondes du football et de l’entreprise est
une nouvelle fois éclairant. Désormais, pour remporter des victoires, il faut
des équipes augmentées par l’excellence opérationnelle. Une réponse française
aux défis de compétitivité.
A l’heure où la coupe
du monde de football anime les stades, les discussions se tournent
naturellement vers les performances des équipes nationales. Les observateurs
analysent les tactiques, les choix des sélectionneurs, les capacités
d'adaptation et le leadership des capitaines. Mais derrière chaque victoire se
cache une réalité souvent moins visible : la performance résulte non pas
d’un leader solitaire et providentiel, mais du travail qu’il a mené avec un
collectif élargi où interviennent experts techniques, préparateurs physiques,
analystes de données, psychologues et stratèges.
Cette évolution du
sport de haut niveau résonne fortement avec une transformation silencieuse qui
s'opère actuellement dans le monde de l'entreprise et qui impacte les
dirigeants : comme dans le sport de haut niveau, il devient de plus en
plus difficile, voire impossible, de gagner seul.
Face à une économie
française confrontée à une croissance atone, à un environnement volatile, à des
tensions géopolitiques persistantes, à l'accélération technologique et aux
enjeux de transmission, les dirigeants sont en effet soumis à une pression inédite.
Ils doivent simultanément piloter la performance, transformer leurs
organisations, attirer les talents et sécuriser leur développement tout en
maintenant leur rentabilité. La capacité d'exécution, autrement dit de faire ce
que l’on a annoncé, devient un facteur déterminant de différenciation.
Conséquence : le modèle du “super patron” portant à lui seul la vision, la
stratégie et l’ensemble des départements fonctionnels de l’entreprise a atteint
ses limites.
Alors que faire ?
S’inspirer de ce qui fait le succès des fédérations sportives ayant donné
naissance à des champions ! Une fédération ne recrute pas un sélectionneur
pour donner des conseils aux joueurs, elle cherche celui ou celle qui a déjà vécu
leur parcours, qui sait prendre le recul nécessaire pour constituer le meilleur
collectif et qui est prêt à s’engager à leurs côtés sur l’atteinte de
l’objectif visé dans le temps imposé.
Les recettes gagnantes
des fédérations sportives appliquées à l’entreprise
Les entreprises
actuellement les plus performantes sont déjà celles qui ont adopté cette
logique gagnante des fédérations sportives. Leurs dirigeants restent capitaines
de leurs équipes. Mais pour gagner, ils se font épauler car c’est le seul moyen
d'accéder rapidement aux expertises de très haut niveau dont ils ont besoin
pour traiter rapidement et efficacement les projets clés sans alourdir leur
structure. Dans une économie où l'agilité devient un avantage concurrentiel
majeur, cette logique de compagnonnage stratégique constitue une réponse
particulièrement adaptée aux besoins des PME et ETI françaises.
Sur qui
s’appuyer ? Sur des sparring partners d’un nouveau genre, souvent appelés
« partenaires opérationnels » ou « operating partners »,
ayant à la fois une forte dimension et compréhension du terrain et de solides
expériences d’entrepreneur immédiatement mobilisables. Cette approche se
nourrit d’une évolution profonde du marché du travail : jamais la France
n'a compté autant d'anciens entrepreneurs ou cadres exécutifs disposant d'une
expérience considérable et souhaitant continuer à contribuer autrement. Ces
femmes et ces hommes constituent un réservoir de compétences exceptionnel que
les dirigeants d’entreprise vont pouvoir mobiliser de façon agile et engagée.
La coupe du monde nous rappellera une nouvelle fois qu'aucun trophée ne se gagne seul. Les entreprises entrent elles aussi dans une nouvelle ère : celle des équipes augmentées. Une époque où la performance ne dépend plus uniquement du talent individuel du dirigeant mais de sa capacité à mobiliser autour de lui les meilleures expériences au bon moment. Le véritable leadership n'est plus de tout savoir faire, il consiste à construire le collectif capable de réussir. C'est probablement l'une des grandes transformations du management de cette décennie. Et peut-être aussi l'une des clés de la compétitivité française de demain.


