Par Yoram Szternberg Sales Manager France - CRM chez efficy.
La souveraineté numérique n’est plus un concept réservé aux experts en
cybersécurité ou aux directions juridiques des grands groupes. Elle s’impose
aujourd’hui comme une compétence stratégique, au même titre que la finance, le
marketing ou la transformation digitale. Pourtant, une question demeure :
préparons-nous réellement les jeunes générations à comprendre les enjeux
réglementaires et géopolitiques liés aux données ?
Une prise de conscience encore approximative
Lorsque l’on interroge des étudiants y compris en écoles de commerce ou en
formations spécialisées sur des notions telles que le RGPD, la donnée
personnelle, la conformité ou encore le fonctionnement d’un CRM, les réponses
existent, mais restent souvent partielles.
Ils savent que le RGPD protège les données personnelles, que les
entreprises doivent être conformes et que des sanctions existent. En revanche,
ils mesurent rarement la responsabilité pénale engagée, le risque financier lié
aux amendes, l’impact réputationnel d’une faille, la complexité des obligations
sectorielles ou encore la dimension géopolitique du sujet.
En
2025, le montant total des amendes prononcées en Europe au titre du RGPD
atteint 1,15 milliard d’euros, pour plus de 330 sanctions. Nous ne sommes plus
dans une phase d’ajustement pédagogique : nous sommes dans une phase
d’application ferme et structurée.
Les
trois plus importantes sanctions cumulées illustrent cette intensification.
TikTok a été sanctionné à hauteur de 530 millions d’euros, Google à 325
millions d’euros et Meta à 342 millions d’euros. Ces montants montrent que même
les géants technologiques ne sont plus à l’abri d’un contrôle rigoureux.
Le choc de l’extraterritorialité : comprendre le Cloud Act
La découverte du Cloud Act agit souvent comme un électrochoc. Comprendre
qu’une donnée hébergée en Europe peut, dans certaines conditions, être
accessible aux autorités américaines en raison de l’extraterritorialité du
droit, transforme radicalement la perception du « cloud ».
Ce n’est plus une simple solution technique ou économique. C’est une
question de contrôle, de dépendance et de souveraineté.
La réflexion devient alors stratégique : où sont hébergées les données ?
Qui peut y accéder ? Sous quel droit ? Qui en porte la responsabilité ? Ces
questions dépassent le cadre informatique pour toucher à la gouvernance globale
de l’entreprise.
Une réglementation de plus en plus dense
Le RGPD n’est qu’une pièce d’un ensemble réglementaire beaucoup plus large.
Selon les secteurs, les obligations se cumulent. Dans la banque et
l’assurance, s’ajoutent les exigences liées au devoir de conseil et à la
protection du client. Les dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent
et le financement du terrorisme imposent des contrôles renforcés, notamment sur
les personnes politiquement exposées. D’autres secteurs, comme l’immobilier ou
le service public, sont soumis à des cadres spécifiques.
La conformité n’est donc ni uniforme ni optionnelle. Elle dépend du métier,
du type de données manipulées, du périmètre géographique d’activité et du
niveau de risque associé. Nous ne sommes plus dans une logique d’ajustement
marginal, mais dans une obligation structurante.
Souveraineté : au-delà du discours politique
La souveraineté numérique ne se résume pas au choix d’un hébergeur français
ou européen. Elle implique une gouvernance des données claire, une cartographie
précise des risques, une compréhension fine des cadres juridiques applicables
et une capacité à arbitrer entre performance technologique et sécurité
juridique.
Former les jeunes talents à ces arbitrages est désormais essentiel. La
décision technologique est devenue une décision stratégique engageant la
responsabilité de l’entreprise.
Préparons-nous réellement les jeunes ?
La question centrale demeure. Dans de nombreuses formations, la
réglementation reste périphérique, parfois théorique et rarement intégrée aux
cas pratiques métier. Or, un futur directeur marketing manipulera des bases
CRM. Un futur responsable commercial traitera des données sensibles. Un futur
dirigeant signera des contrats cloud engageant son organisation.
La souveraineté ne concerne pas uniquement les directions informatiques ou
juridiques. Elle concerne tous les décideurs.
Cinq conseils aux futurs talents
· -- Comprendre ce qu’est une donnée personnelle : Toute information
permettant d’identifier une personne engage une responsabilité. En 2025, 16 organismes ont été
sanctionnés pour non-respect des règles de vidéosurveillance des salariés
· -- Savoir lire un contrat cloud : Où sont
stockées les données ? Sous quel droit ? Quelle juridiction est compétente ?
· -- Intégrer la conformité dès la conception : La réglementation
n’est pas un frein, mais un cadre structurant. En 2026, 60 % des PME
non-conformes risquent des sanctions et une atteinte à leur réputation.
· -- Identifier les obligations propres à son
secteur : Banque, assurance, immobilier, secteur public : chaque domaine a
ses exigences spécifiques.
· -- Considérer la conformité comme un avantage
concurrentiel
: Une entreprise conforme inspire confiance. En 2025, 486,8 millions d’euros
d’amendes ont rappelé l’importance de la conformité.
Une compétence clé pour la décennie à venir
La souveraineté numérique ne sera pas un module annexe dans les années à
venir. Elle deviendra un indicateur de maturité des organisations et un facteur
de différenciation sur le marché.
Les jeunes générations sont particulièrement sensibles aux enjeux éthiques,
environnementaux et sociétaux. La protection des données et la souveraineté
numérique s’inscrivent pleinement dans cette dynamique. Encore faut-il leur
donner les clés pour en comprendre les implications concrètes.
Former des experts techniques ne suffit plus. Il faut former des décideurs
conscients des implications juridiques, économiques et géopolitiques de leurs
choix technologiques.
Car demain, la souveraineté ne sera pas seulement une affaire d’État. Elle
sera une responsabilité managériale.


