Une
analyse de Jérôme Bamy, Senior Manager, Sales chez Samsara France.
La décarbonation des flottes s’est imposée comme un impératif
incontournable. Pression réglementaire, attentes des clients, engagements RSE,
les entreprises n’ont plus le luxe de différer le sujet. Pourtant, une idée
reçue continue de structurer les stratégies. Réduire son empreinte carbone
consisterait avant tout à changer de motorisation. Cette vision simplifie à
l’excès une réalité beaucoup plus opérationnelle.
En 2026, les entreprises les plus avancées auront intégré une évidence
souvent négligée. Le premier levier de décarbonation n’est pas
technologique ; il est opérationnel.
Réduire l’empreinte avant de transformer la flotte
Remplacer une flotte thermique par une flotte électrique est un projet
structurant qui mobilise du capital, du temps et des ressources. Il impose des
contraintes d’infrastructure, des adaptations organisationnelles et une
transformation des usages. À l’inverse, l’optimisation des opérations permet
d’obtenir des résultats immédiats et mesurables.
Réduire les kilomètres parcourus sans valeur ajoutée, limiter les temps
de ralenti, améliorer les comportements de conduite et mieux planifier les
tournées ont un impact direct sur les émissions. Ces leviers sont souvent
sous-exploités alors qu’ils constituent la base de toute stratégie carbone
crédible.
En 2026, les entreprises ne raisonnent plus uniquement en nombre de
véhicules ou en type de motorisation. Elles analysent l’efficacité réelle de
chaque mission. Deux véhicules identiques peuvent, en effet, générer des
niveaux d’émissions très différents selon leur usage quotidien. La
décarbonation commence par la compréhension fine de cette réalité terrain.
La donnée comme fondation de la stratégie carbone
Cette compréhension repose sur la donnée opérationnelle. Les flottes
produisent en continu des informations sur les trajets, les arrêts, les charges
transportées, les conditions de conduite et les temps d’utilisation. Exploitées
correctement ces données permettent de mesurer les émissions de manière précise
et continue, bien au-delà des estimations théoriques.
De plus en plus, la performance environnementale va être pilotée avec la
même rigueur que la performance économique. Les décisions ne vont plus être
guidées par des hypothèses ou des moyennes mais par des usages observés jour
après jour. Cette approche met en lumière des gisements de réduction souvent
invisibles sans outil de pilotage adapté.
L’optimisation opérationnelle devient alors le socle d’une
électrification pertinente. Toutes les missions ne sont pas compatibles avec
l’électrique et toutes ne doivent pas l’être simultanément. Identifier les
tournées, les usages et les profils de véhicules réellement adaptés permet
d’éviter des investissements mal calibrés et des déceptions opérationnelles.
Les entreprises les plus matures vont abandonner les approches uniformes
au profit de stratégies hybrides, progressives et pilotées par la donnée.
L’électrique va être déployé là où il est efficace et cohérent, non pas pour
répondre à un effet d’annonce mais pour produire un impact réel.
Performance durable et crédibilité environnementale
Cette rigueur opérationnelle permet également de dépasser le greenwashing.
Les clients, les partenaires et les régulateurs attendent désormais des
résultats mesurables, traçables et comparables. La capacité à démontrer les
progrès réalisés dans le temps va devenir un facteur clé de crédibilité.
En 2026, performance économique et performance environnementale ne s’opposeront plus. Moins de carburant consommé signifie moins d’émissions mais aussi moins de coûts et plus de résilience opérationnelle. Les flottes les plus durables seront celles qui auront commencé par devenir plus intelligentes dans leur fonctionnement au quotidien.


