Le point de vue de Alexandre Pissotte, Architecte et tech lead solutions SAP, spécialisé en BTP
et IA chez Augusta Reeves by TVH Consulting.
Septembre 2026 : dans
quelques mois, toutes les entreprises françaises devront se conformer à
l'obligation de facturation électronique. Une problématique universelle qui
nécessite des solutions innovantes, au croisement de la conformité
réglementaire et de l'intelligence artificielle.
L'expérience belge, où
la facturation électronique est entrée en vigueur le 1er janvier 2026, nous
offre un enseignement précieux : les contrôles en amont changent radicalement
la donne.
Le piège des contrôles
tardifs
La solution SAP
Document and Reporting Compliance (DRC), entièrement hébergée dans le cloud,
répond aux exigences réglementaires françaises en matière de transmission
d'informations fiscales, de flux de garantie de qualité et d'e-reporting
obligatoire. Compatible avec les réglementations italienne, belge et d'autres
pays européens, elle se connecte directement aux autorités fiscales et
s'intègre avec l'ensemble des systèmes SAP.
Dans le processus de
facturation électronique, le flux sortant suit un parcours précis : émission du
document depuis le système SAP, contrôle et transmission via le DRC,
acheminement vers le futur réseau Peppol, puis transmission aux autorités
fiscales. SAP fournit des outils de contrôle natifs pour garantir la justesse
des données : numéro de TVA intracommunautaire, SIREN, SIRET et autres
informations de mapping essentielles.
Le problème ? Ces
contrôles interviennent trop tard dans le processus.
L'expérience terrain
belge révèle une limite importante : lorsqu'une erreur est détectée, la facture
est déjà complètement établie et comptabilisée. Il faut alors contre-passer
l'écriture, annuler la facture, la recréer entièrement. Un processus chronophage
et source d'erreurs. De plus, la recherche des informations manquantes reste
entièrement manuelle.
Face à ce constat, une
approche innovante consiste à intégrer l'IA en amont pour fiabiliser et
compléter automatiquement les informations avant la validation définitive.
Les trois identifiants
uniques : un défi pour les bases clients
La réforme de la
facturation électronique impose l'identification des clients via trois numéros
uniques : le SIREN, le SIRET et le numéro de TVA intracommunautaire.
Cette exigence soulève
des questions cruciales : la base clients est-elle complète ? Est-elle à jour ?
Comment la remettre en conformité sans mobiliser des ressources considérables ?
Les opérations
manuelles d'interrogation de l'annuaire mis à disposition par l'État sont
extrêmement consommatrices de temps et présentent un fort risque d'erreur.
Un assistant IA pour
automatiser les tâches répétitives
La solution développée
repose sur un assistant IA hébergé dans la SAP Business Technology Platform
(BTP) qui automatise ces contrôles chronophages. Son positionnement stratégique
sur le flux standard préserve la robustesse de l'architecture SAP tout en ajoutant
une couche d'intelligence.
Le processus automatisé
fonctionne en cinq étapes. Lorsqu'une facture est émise mais pas encore
comptabilisée, l'outil la détecte automatiquement. Il vérifie ensuite
l'exhaustivité des données du Business Partner, notamment le numéro de SIREN.
L'assistant interroge alors l'API AIFE sur la raison sociale et le code postal
(si pas de SIREN) ou directement sur le SIREN. Le modèle de langage analyse les
informations brutes retournées par l'API avant de prendre une décision.
Si une cohérence est détectée, la facture est "flagguée verte" et peut continuer son processus.
En cas d'incohérence, une nouvelle vérification basée sur raison
sociale et code postal est lancée, avec classification des propositions de
SIREN par zone géographique ou code NAF.
Les résultats parlent
d'eux-mêmes.
Lors d'une
démonstration, cinq factures ont été analysées simultanément. La première a été
validée complètement, toutes les informations correspondaient. Pour la
deuxième, le SIREN manquait : l'outil a classé les propositions de l'AIFE en
appliquant des règles de pertinence basées sur la proximité géographique et le
secteur d'activité.
La troisième révélait une société inexistante dans l'annuaire, rendant la facturation impossible. La quatrième identifiait une pharmacie qui n'était plus en activité, nécessitant un blocage de la facturation.
La cinquième détectait une incohérence entre la
raison sociale et le SIREN, probablement due à une erreur de saisie initiale du
Business Partner.
Cette automatisation
permet de redresser rapidement la base de données clients avant le déploiement
de la facturation électronique.
Un point crucial : les
données ne sont jamais réutilisées pour entraîner d'autres modèles.
Les données stockées
dans HANA Cloud concernent uniquement les réponses générées par l'IA et les
évaluations utilisateurs. Ce mécanisme de feedback permet d'améliorer
continuellement le modèle en apprenant des retours terrain.
L'architecture garantit
une totale agilité : connexion avec S/4HANA public/private cloud, ECC6, ou même
des solutions non-SAP via API REST ou OData. En sortie, compatibilité avec SAP
DRC ou d'autres solutions de facturation électronique disposant d'une API.
L'IA au cœur des
processus métier
L'objectif est d'intégrer cet agent directement dans les applications Fiori. Concrètement, lors de la création ou modification d'un Business Partner, une action supplémentaire permet de solliciter l'assistant :
"Vérifie-moi ce que j'ai
saisi, est-ce que cette société existe toujours ?"
Cette approche
transforme l'IA en copilote quotidien des équipes commerciales et comptables,
sans rupture dans leurs habitudes de travail.
Les évolutions prévues
enrichissent progressivement les capacités de l'assistant. À court terme :
intégration SSO dans SAP Fiori Launchpad et répercussion automatique des
modifications de SIREN approuvées dans le backend. À moyen terme : extension de
la validation au SIRET et au numéro de TVA intracommunautaire, capacité à
effectuer des recherches complémentaires automatiques sur l'AIFE, gestion des
groupes et filiales. À long terme : adaptation aux spécificités réglementaires
sectorielles.
De la contrainte à
l'opportunité
La facturation
électronique obligatoire représente bien plus qu'une contrainte réglementaire.
C'est l'opportunité de repenser les processus, de fiabiliser les données et
d'automatiser intelligemment les contrôles.
En combinant la
robustesse de SAP Document and Reporting Compliance avec la puissance de l'IA
générative hébergée dans la BTP, les organisations disposent désormais d'une
solution qui anticipe les erreurs plutôt que de les corriger.
L'expérience belge
valide l'approche. Alors que septembre 2026 approche à grands pas, la question
n'est plus de savoir s'il faut se conformer, mais comment le faire
intelligemment, en transformant cette obligation en levier d'amélioration de la
qualité des données et de l'efficacité des processus.
Ce cas d'usage illustre
parfaitement comment l'IA générative apporte une valeur métier concrète et
mesurable : gain de temps par l'automatisation de tâches répétitives, réduction
du risque d'erreur grâce aux contrôles en amont, qualité des données par l'assainissement
progressif du référentiel clients et conformité garantie dès septembre 2026.
Plus largement, cette
approche démontre la puissance de SAP BTP comme plateforme d'innovation. Même
si les agents IA natifs ne répondent pas encore à tous les besoins, les
entreprises peuvent développer leurs propres agents métier qui s'adaptent à
leurs processus spécifiques.
L'IA générative appliquée à la facturation électronique n'est pas l'avenir : c'est déjà le présent de ceux qui ont choisi d’anticiper.


