Par Fidel Martin, Président d’Exoé.
L’annonce faite par
Stellantis d’une dépréciation colossale, plus de 22 milliards d’euros d’actifs,
suivie d’une des plus fortes chutes de son histoire boursière, n’est pas qu’un
fait divers financier. C’est un tournant stratégique et une sonnette d’alarme
pour toute l’industrie automobile européenne.
À première vue, ce
chiffre effarant traduit une erreur de jugement : trop d’investissements ont
été orientés trop tôt vers l’électrique, au point de déconnecter l’entreprise
de la réalité du marché. Le résultat ? Une perte nette, l’annulation du
dividende 2026 et une confiance des marchés profondément ébranlée.
Mais au-delà de l’onde
de choc boursière, c’est une analyse plus profonde des choix industriels et des
postures stratégiques qui s’impose. Car cette crise n’est pas seulement celle
d’un constructeur ; elle illustre les contradictions d’un modèle industriel en
pleine mutation.
L’urgence d’une
stratégie industrielle ancrée dans le réel
Le secteur automobile
connaît une transformation profonde, électrique, digitale, connectée, mais
cette transition ne se fera pas sans une juste compréhension des besoins réels
des consommateurs et des capacités de production. À vouloir anticiper trop vite,
trop fort, certaines entreprises se sont éloignées de leurs marchés historiques
et de leur compétitivité intrinsèque.
La situation de
Stellantis illustre cette tension :
• Une forte dépendance aux segments premium et
aux marchés traditionnels (SUV, pick-ups) qui restent largement dominés par les
moteurs thermiques.
• Une adoption encore limitée de l’électrique,
surtout dans les segments populaires.
• Des charges d’actifs qui deviennent plus
lourdes que la capitalisation boursière elle-même.
Un signal stratégique
pour l’Europe
Cette secousse doit
inciter nos dirigeants, nos industriels, mais aussi nos investisseurs à en tirer
des leçons
1. Redonner la priorité à l’innovation utile : investir dans des
technologies pertinentes aujourd’hui et demain, mais avec pragmatisme et
agilité.
2. Valoriser la chaîne de valeur locale : cela signifie
renforcer la production, la fabrication et les compétences européennes plutôt
que de tout miser sur une transition technologique abstraite.
3. Réconcilier performance économique et
transition énergétique : une stratégie responsable ne doit pas sacrifier la
viabilité financière sur l’autel des postures idéologiques.
C’est une révolution
industrielle qui s’écrit, pas une simple évolution de produit. Et elle doit
être menée avec intelligence, audace, mais aussi lucidité.
Si Stellantis paie
aujourd’hui le prix d’un ajustement stratégique brutal, c’est un avertissement
pour toute l’industrie européenne : réussir une transformation industrielle
suppose d’assumer son héritage tout en anticipant lucidement les mutations à
venir.
Et c’est précisément cette capacité d’anticipation réaliste, entre ambition technologique et compréhension des marchés, que l’Europe doit embrasser si elle veut rester un pôle automobile stratégique et prospère.


