Le département
Energie-Climat de L'Institut Paris Region a publié sa Note rapide
n°1050.
Les réseaux de chaleur
franciliens : cap sur la décarbonation
Les réseaux de chaleur
en Île-de-France ont une longue histoire, remontant à 1927 avec la création du
premier réseau de chauffage urbain à Paris. L'urbanisation rapide des années
1950 à 1970 a conduit à un développement massif de ces réseaux, qui reposaient
principalement sur des chaufferies au charbon, au gaz ou au fioul. Les crises
pétrolières successives ont accéléré la diversification des sources d’énergie,
avec la géothermie et la récupération de chaleur des unités d’incinération
(UVE). À partir de 2005, une relance législative a permis de remettre les
réseaux de chaleur au cœur des priorités énergétiques nationales, notamment
avec la loi de Transition énergétique pour la croissance verte de 2015.
Alors que la concession
du réseau de chaleur parisien vient d'être renouvelée, avec son réseau hors
norme de par son histoire vieille de plus de 100 ans et de par sa taille, le
département Energie-Climat de L'Institut Paris Region publie une analyse de l'ensemble
du parc francilien avec ses 133 réseaux de chaleur et son écosystème unique au
monde, de par ses ressources locales et son ingénierie en géothermie de pointe.
C'est bien au niveau régional que se pense ce type d'infrastructure.
Rappelons que le
secteur du bâti résidentiel et tertiaire demeure le principal secteur de
consommation énergétique et d'émissions de gaz à effet de serre (GES) en
Île-de-France, faisant de sa transition énergétique une priorité absolue. Les
réseaux de chaleur franciliens, d'une densité unique au monde, représentent un
levier puissant pour accompagner sa décarbonation.
Si les premières
marches à venir sont déjà franchies, cette transition est loin d’être simple et
nécessite de surmonter plusieurs défis majeurs, notamment l’adaptation des
infrastructures existantes, le développement de nouvelles capacités de
production et l’intégration de sources d’énergie renouvelables et de
récupération dans des réseaux en pleine expansion.
2050 se pense
aujourd'hui
Avec 54% d’énergies
renouvelables et de récupération (EnR&R), le parc francilien a passé la
1ère marche de l'objectif européen de 2028 de 50% d'EnR&R.
Mais face aux 66,5% au
niveau national les réseaux franciliens restent plus carbonés que la moyenne
française :
• 45% d’énergies fossiles, majoritairement du
gaz naturel (6 TWh, soit 44% du mix)
• Un contenu carbone à 149 gCO₂/kWh
(ACV), supérieur à la moyenne française (113 gCO₂/kWh).
En 2026, le charbon
disparaîtra totalement du mix énergétique des réseaux de chaleur francilien. Le
fioul, autre combustible historique, n’occupe plus qu’une place marginale
(0,1%, soit 8 GWh).
L'objectif européen est
de 100% d'ENR&R en 2050. Or, transformer les réseaux de chaleur demande de
lourds investissements sur le long terme. Il convient donc de penser dès
maintenant cette mutation pour calibrer les réseaux et diversifier les ressources.
Des ressources locales
exceptionnelles et connectées
• L'Île-de-France est la 1re région géothermale
de France avec la nappe du Dogger : près de 2 TWh en 2023
• La chaleur issue des incinérateurs (UVE)
produit 3,5 TWh, soit 27 % du mix énergétique
• Les nouvelles filières sont en forte
croissance (solaire thermique, data centers, PAC, cloacothermie) : 200 GWh
• 800 GWh sont échangés entre 28 réseaux
interconnectés.
Une accélération des
projets de décarbonation
De nombreux projets de
renouvellement et de modernisation des réseaux sont en cours, notamment la
conversion des dernières chaufferies au charbon, comme celle de la CPCU à
Saint-Ouen, qui a déjà poursuivi sa transition vers la biomasse en 2024, et
celle de Massy-Antony qui devrait également faire le choix du 100% biomasse
pour sa chaufferie d'ici 2026. Ces projets font partie d'une dynamique
régionale visant à remplacer progressivement les énergies fossiles par des
énergies renouvelables.
Parallèlement, de
nouvelles technologies telles que la géothermie de surface, la récupération de
chaleur fatale (notamment des data centers) et l'utilisation de pompes à
chaleur mutualisées sont de plus en plus exploitées. À Garges-lès-Gonesse, un
projet 100% renouvelable marie géothermie, chaleur de récupération et biogaz,
illustrant le potentiel des réseaux de chaleur à s'affranchir des énergies
fossiles tout en optimisant l'efficacité des installations.
Vers une décarbonation
complète
Malgré ce potentiel
exceptionnel, plusieurs limites apparaissent : une possible saturation de la
géothermie du Dogger en première couronne, la baisse des déchets incinérés (-5%
entre 2022 et 2023) impactant la chaleur issue des UVE, des tensions croissantes
et concurrentielles sur la biomasse, liées au changement climatique, les
besoins importants de foncier pour certaines installations, ...
Les défis restent donc nombreux pour l'Île-de-France, qui demeure bien placée pour devenir un modèle de transition énergétique grâce à son histoire, ses ressources et son écosystème technologique.


