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[Etudes] Les 120 plus grandes entreprises françaises ont distribué 1 163 milliards d’euros de dividendes sur les 30 dernières années

L’Institut français de gouvernement des entreprises (IFGE), centre de recherche européen au sein d’emlyon business school publie la première édition de son étude “Cash machines” sur 30 dans de distribution de dividendes par les entreprises du SBF 120. Elle chiffre notamment à

1 163 milliards le montant des dividendes versés aux actionnaires entre 1995 et 2024 par les entreprises du SBF 120 avec la concentration des deux tiers (747 milliards) par 20 d'entre elles.

 

8e édition du cahier « Preuves à l’appui » de l’IFGE, cette étude a été réalisée par les professeurs Sébastien Winston, Haithem Nagati et Bertrand Valiorgue.

 

Un volume de dividendes multiplié par 21 en trois décennies

 

L’étude de l’IFGE met en lumière une progression spectaculaire : alors que le volume annuel de dividendes versés s’élevait à moins de 4 milliards d’euros en 1995, il a atteint près de 85 milliards d’euros en 2024. Cette croissance annuelle moyenne de 11 % témoigne de la place centrale de la création de valeur actionnariale dans les stratégies des grands groupes.

 

Quatre enseignements majeurs sont ainsi soulignés par les auteurs de l’étude :

•   Le versement des dividendes est d’abord l’apanage des "géants". 20 entreprises concentrent en effet les deux tiers des montants versés. TotalEnergies illustre cette domination à elle seule, avec

117 milliards d’euros distribués sur la période, soit 10% du total global du SBF 120.

•   Une résilience exceptionnelle face aux crises : si la crise des subprimes (2008) a nécessité dix ans pour retrouver les niveaux de distribution antérieurs, la crise du Covid-19 a été effacée en un temps record, la politique du « quoi qu’il en coûte » ayant relancé les politiques de distribution et menant à des niveaux de versement historiques en 2022, 2023 et 2024.

•   Face au spectre de la désindustrialisation, l’industrie reste le premier pourvoyeur de dividendes (400 milliards d’euros cumulés), suivi par la finance et l’énergie.

•   L’actionnariat salarié, un accélérateur inattendu : contrairement aux idées reçues, la présence des salariés au capital ne freine pas la distribution. Au contraire, les entreprises où les salariés sont les premiers actionnaires versent en moyenne des dividendes supérieurs aux autres

 

Un modèle sous tension face aux mutations globales

 

L’étude souligne que cette période de croissance exceptionnelle a bénéficié d’un contexte de mondialisation apaisée et d’énergie abondante. Aujourd’hui, les différentes tensions globales, qu’elles soient géopolitiques ou environnementales, modifient profondément le climat des affaires.

 

L’accélération du réchauffement de la planète (+1,5°C) et les limites biogéophysiques vont en effet peser sur la capacité d'extraction de valeur, soulignent notamment les chercheurs. Enfin, l’IFGE alerte sur la dilution de l’actionnariat national. La distribution de dividendes devient un enjeu géopolitique, une partie des profits s’évadant vers des circuits d’investissement globaux, déconnectés du territoire français.

 

Pour Bertrand Valiorgue, professeur de stratégie et gouvernance des entreprises à emlyon business school et directeur de l’IFGE : « Le dividende n’est plus seulement un indicateur financier, c’est un levier stratégique au cœur des tensions de notre société ». Le chercheur ajoute : « Les entreprises devront demain concilier la rémunération du capital avec le financement massif de la transition écologique et de l’innovation, sous peine de voir leur légitimité contestée ».

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