L’analyse d’Alexis Normand,
directeur général de Greenly.
L’administration Trump
II continue de s’intéresser de près aux ressources fossiles du Groenland,
présentées comme un levier stratégique pour répondre aux besoins énergétiques
des États-Unis. Une logique déjà à l’œuvre au Venezuela où, malgré la nature autoritaire
du régime, l’objectif affiché restait la sécurisation de ressources jugées
essentielles. En fragilisant les équilibres géopolitiques et certains principes
du droit international, cette stratégie a aussi un coût environnemental majeur
: selon
Greenly, elle pourrait entraîner l’émission de plus de 150 millions de tonnes
de CO₂e par an.
Depuis son retour au pouvoir en 2025, l’administration Trump a engagé une refonte profonde de la politique énergétique américaine, marquée par un soutien accru à l’exploitation des énergies fossiles et un recul assumé des énergies renouvelables, en particulier de l’éolien. Cette orientation tranche nettement avec celle suivie par la majorité des pays occidentaux, notamment européens, engagés dans l’accélération de la transition énergétique. À travers cette course à l’exploitation des combustibles fossiles, le gouvernement américain attise les tensions, notamment autour du Groenland.
Depuis le début de la nouvelle administration, Washington
exprime de manière répétée sa volonté d’en prendre le contrôle, en invoquant
des impératifs de sécurité nationale. Une position fermement rejetée par le
Danemark et condamnée par ses partenaires de L’Union européenne dont notamment
la France. Cet intérêt s’inscrit dans une stratégie plus large visant à
exploiter les ressources fossiles de l’Arctique, matérialisée par la décision
de Donald Trump d’autoriser des forages dans plusieurs territoires sous
juridiction américaine, jusque-là protégés.
Or, outre le contexte
géopolitique, c’est la planète qui risque de payer le plus lourd tribut.
Les forages au
Groenland, un désastre écologique
Selon l’Energy Information Administration américaine, l’Arctique contiendrait environ 90 milliards de barils de pétrole et 30% des réserves mondiales de gaz naturel encore non découvertes.
Le Groenland, plus spécifiquement, abriterait une large
partie de ces ressources.
En s’appuyant sur les
facteurs d’émissions de référence fournis par l’ADEME, Greenly estime que
l’exploitation des réserves pétrolières du Groenland générerait jusqu’à 15
milliards de tCO2e sur l’ensemble de leur durée d’exploitation. En étalant
cette extraction sur 100 ans, cela représenterait toujours 150 millions de
tCO2e par an pour le seul pétrole, soit près de trois fois l’empreinte carbone
de la Grèce en 2023, estimée à 52 millions de tonnes équivalent CO2.
L’exploitation du gaz
naturel serait encore plus émettrice. Greenly estime que ce projet pourrait
générer jusqu’à 15 000 milliards de tonnes équivalent CO2 sur toute la durée de
l’activité.
Pour Alexis Normand, directeur général de Greenly, « Au moment où la plupart des pays occidentaux progressent fortement dans le développement des énergies renouvelables, la volonté de l’administration Trump d’exploiter des réserves de pétrole et de gaz, y compris par des moyens militaires, est particulièrement préoccupante. Au-delà du frein qu’elles imposent à l’atteinte des objectifs mondiaux de Net Zero, ces décisions à courte vue risquent de placer les Etats Unis dans une situation de retard technologique durable, dont les générations futures pourraient avoir du mal à se relever. »


