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[Etude] Le secteur mondial du capital-investissement est prêt à renouer avec la croissance à long terme

Selon le dernier rapport de Bain & Company, « Résilient, le secteur mondial du capital-investissement est prêt à renouer avec la croissance à long terme malgré les brusques bouleversements de 2022 face à l'inflation et la hausse des taux »

Le 14e rapport annuel sur le capital-investissement de Bain & Company conclut que le secteur du capital-investissement mondial est appelé à poursuivre sa forte croissance à long terme, malgré un brusque retournement de situation en 2022, dû aux turbulences économiques et aux incertitudes liées à la hausse de l'inflation et des taux d'intérêt.

Le rapport souligne que l'année 2022 se classe en deuxième position des meilleurs millésimes de l'histoire du capital-investissement, malgré un brusque ralentissement en milieu d'année des transactions, des sorties et des levées de fonds, déclenché par une série de relèvements des taux d'intérêt par la Réserve Fédérale américaine en réponse à une forte hausse de l'inflation.

Alors que le repli enregistré depuis le mois de juin, en raison de bouleversements macroéconomiques sans précédent, a contribué à ralentir considérablement ce qui avait été une décennie de constante progression pour le secteur du capital-investissement, le rapport de Bain constate que les fondamentaux sous-jacents du secteur demeurent solides et résilients. Le rapport met également en évidence le potentiel du secteur du capital-investissement à devenir encore plus attractif pour les investisseurs qui ressentent les limites des marchés actions, malgré l'évolution de la conjoncture économique.

Bain conclut que, contrairement à la période de 2007-2008, lorsque le système bancaire mondial a frôlé l'effondrement, les bases de l'expansion future du capital-investissement ne sont pas fondamentalement altérées et les conditions actuelles ne présentent aucune difficulté que le secteur n'ait jamais surmontée.

D'après l'analyse de Bain, qui prend en compte les enjeux actuels et futurs du secteur, ce sont des « perspectives » stratégiques claires, plutôt que la conjoncture économique, qui relanceront les transactions, même si les taux d'intérêt restent élevés plus longtemps.

Soulignant que le secteur a terminé l'année dernière avec un montant record de 3 700 Mrds$ de dry powder (argent levé par les fonds et restant encore à déployer), le rapport de Bain attire l'attention sur les leçons tirées de la dernière crise, au cours de laquelle les investisseurs, au lieu de paniquer, se sont concentrés sur la gestion et l'atténuation des risques afin de se préparer à sortir plus rapidement de cette phase de ralentissement. Les acteurs majeurs continueront à trouver des transactions qu'ils peuvent réaliser malgré les conditions macroéconomiques et resteront agressifs, affirme l'analyse.

Un brusque retournement de situation par rapport aux sommets atteints en 2021, mais le contexte est propice à une reprise.

Le rapport de Bain décrit l'évolution des importantes turbulences économiques et géopolitiques de 2022 et leur impact sur le secteur du capital-investissement, qui selon le rapport a été le plus touché par les difficultés macroéconomiques.

Après avoir atteint de nouveaux records en 2021, avec des transactions d'une valeur de 1 000 Mrds$, couronnant un cycle haussier de 12 ans pour le secteur, la soudaine interruption de l'activité de PE en milieu d'année 2022 a vu la valeur globale des rachats chuter considérablement, de 35%, pour atteindre 654 Mrds$ l'année dernière. Le nombre total d'opérations, quant à lui, a chuté de 10%, avec quelque 2 318 transactions réalisées.

Si la valeur des transactions en 2022 atteint le 2ème rang parmi les meilleures années du marché, cela s'explique principalement par l'extraordinaire élan enregistré au premier semestre. La chute brutale de l'activité et de la valeur des transactions au second semestre a été ressentie dans toutes les régions et dans la plupart des secteurs, notamment en Asie-Pacifique où le déclin a été exacerbé par les fermetures répétées du marché en raison des restrictions imposées par Covid.

« En France, l’année 2022 marque une belle performance pour l’investissement LBO, étant la 2ème de la décennie en montants de capitaux déployés, derrière l’exceptionnel millésime 2021. Ce résultat cache une dynamique polarisée, avec un très fort premier semestre dans la lignée de 2021, et un deuxième semestre extrêmement ralenti, tant sur les transactions que les levées », explique Doris Galan, Associée de Bain & Company en charge de la Practice Private Equity du bureau français.

Selon Bain, la réticence des banques à consentir des prêts pour d'importantes transactions à effet de levier au deuxième semestre, alors que les taux d'intérêt augmentaient et que l'anxiété économique s'intensifiait, a été déterminante pour la dynamique des transactions en 2022. Aux États-Unis et en Europe, les transactions à effet de levier (LBO) ont chuté de 50% pour atteindre 203 Mrds$.

Il en a résulté une diminution du nombre de grandes transactions à fort effet de levier qui ont soutenu la valeur des transactions pendant des années, de sorte que la valeur moyenne des transactions a diminué de 23% en 2022 pour atteindre 964 M$, après avoir augmenté régulièrement chaque année depuis 2014 et enregistré un record de 1,2 Mrd$ en 2021.

« Malgré des multiples qui sont restés à des niveaux élevés, la valeur des deals les plus importants n’a pas dépassé les 3 milliards d’euros cette année, contrairement à 2020 ou 2021. La difficulté à sécuriser un financement pour des méga deals en est une raison », analyse Guillaume Tobler, Associé de Bain & Company au sein de la Practice Private Equity.

Cette évolution s'est traduite par un accroissement de l'attrait pour les petites opérations, qui ont représenté une part plus importante du total des transactions, et pour les " build-up " (acquisition par une société elle-même sous LBO), à savoir 72% de l'ensemble des opérations de rachat en Amérique du Nord l'année dernière, les investisseurs et les fonds poursuivant des stratégies de construction de plateformes (" buy-and-build ").

L'analyse de Bain révèle également que le recul du capital-investissement en 2022 a également touché le growth equity et les investissements en capital-risque late-stage - des segments qui étaient auparavant en plein essor. La valeur globale des transactions dans ces segments a chuté de 28% pour atteindre un montant de près de 644 Mrds$. Cette baisse est due à l'impact de la hausse des taux d'intérêt sur les taux d'actualisation futurs, ainsi qu'à la réévaluation de la politique de risque des investisseurs et aux mesures conservatrices prises par les investisseurs (GPs) pour préserver leurs précieuses réserves de liquidités.

L'analyse de Bain montre que les cessions d'actifs ont chuté encore plus fortement que les investissements. Tous les modes de sortie étant en baisse, les sorties de LBO ont chuté de 42% pour atteindre 565 Mrds$, tandis que les sorties en growth equity ont chuté de 64% pour atteindre 312 Mrds$.  Ces baisses reflètent l'arrêt complet du marché des introductions en bourse dans un contexte de forte chute des capitaux publics, ainsi qu'une chute de 58% des transactions entre investisseurs. Les ventes aux acheteurs stratégiques ont été supérieures à la moyenne des cinq dernières années, en grande partie grâce à la résilience des bénéfices des entreprises, mais elles ont tout de même terminé l'année 2022 avec une baisse de quelque 21% par rapport à l'année précédente.

Bien que Bain estime que les perspectives de levée de fonds de capital-investissement restent extrêmement optimistes, les nouvelles levées de l'année dernière ont aussi été affectées par la détérioration des conditions et de la confiance, chutant de 10% par rapport aux niveaux de 2021 pour atteindre 1 300 Mrds$, ce qui reste le deuxième résultat le plus élevé jamais enregistré.

Malgré la baisse des transactions, des sorties et des levées de fonds l'année dernière, l'analyse de Bain suggère que les perspectives à long terme pour le capital-investissement restent résilientes et qu'une reprise est attendue, même si un retournement des conditions macroéconomiques est impossible à prévoir avec précision.  L'étude explore certaines des tendances et des thèmes clés du secteur qui devraient jouer un rôle important dans la croissance de l'industrie du capital-investissement.

Les investisseurs individuels, qui représentent la moitié de la richesse mondiale, futur moteur de croissance du capital-investissement.

Bain estime que les investisseurs individuels et leur patrimoine devraient constituer le nouveau moteur de croissance du secteur du capital-investissement. Le rapport indique que les investisseurs particuliers détiennent environ 50% de l'ensemble des actifs mondiaux sous gestion (estimés à 275 000 à 295 000 Mrds$), tandis que seulement 16% du capital est détenu par les fonds d'investissement alternatifs. Par conséquent, ce segment représente un vaste marché inexploité pour les gestionnaires de fonds qui cherchent à maintenir une croissance à deux chiffres alors que le secteur arrive à maturité.

Bain constate que les fonds qui mobilisent déjà les particuliers avancent rapidement et que cela oblige le reste de l'industrie à faire des choix sur l'opportunité d'entrer dans le jeu et sur leur positionnement. Dans le même temps, les particuliers fortunés et leurs conseillers sont de plus en plus attirés par les investissements alternatifs, car ils recherchent des options de diversification et de meilleurs rendements que ceux offerts par les marchés traditionnels des actions et de la dette publique.

Les grands gestionnaires alternatifs vont de l'avant, remarque Bain, et nombre d'entre eux lancent des fonds permettant aux particuliers fortunés d'accéder à des classes d'actifs alternatives. Les banques et les conseillers explorent les différentes options et les offres Fintech s'efforcent d'adapter les outils et les solutions pour rationaliser le processus. Toutefois, Bain fait remarquer que ce nouveau secteur de croissance s'accompagne également d’une courbe d’apprentissage importante pour ceux qui cherchent à exploiter ces canaux à grande échelle.

Le capital-investissement doit se tourner vers la croissance organique et l'augmentation des marges, car les taux d'intérêt plus élevés vont persister.

La récente combinaison, depuis 2022, de taux d'intérêt plus élevés et de pressions inflationnistes constitue une double menace pour le capital-investissement et les gestionnaires de fonds, souligne le rapport de Bain.

Si l'analyse constate qu'il est hasardeux de prédire l'évolution incertaine des prix ou de l'inflation, elle relève qu'une série de facteurs déterminants restent incontestables - notamment le vieillissement des populations, les contraintes budgétaires des gouvernements et la hausse des coûts des matériaux due à la pénurie observée au niveau de la chaîne d'approvisionnement mondiale et aux tendances à la délocalisation. L'étude de Bain conclut que ces tendances signifient que la période de taux d'intérêt nuls à négatifs, historiquement sans précédent, est terminée et que les investisseurs doivent donc assumer un risque de taux d'intérêt plus élevés.

Ensuite, le rapport estime que cela crée une nouvelle contrainte pour le capital-investissement, qui doit créer de la valeur par le biais de l'amélioration des marges et de la croissance organique. Alors que ces dernières années, les rendements du capital-investissement provenaient en grande partie de la hausse des multiples de valorisation, le rapport suggère qu'à l'avenir, les gestionnaires de fonds n'auront pas le luxe de compter sur des multiples plus élevés et que les rendements devront être recherchés par la croissance des bénéfices (EBITDA), même si la croissance du marché et les pressions inflationnistes sur les coûts rendent ces gains plus difficiles à réaliser.

Le rapport de Bain conclut que pour les sociétés de capital-investissement, gagner dans cet environnement difficile nécessitera de trouver des moyens de s'adapter à ces nouvelles pressions macroéconomiques, notamment en investissant dans l'automatisation, dans la productivité et la sécurité de la chaîne d'approvisionnement, et en contrôlant les bilans face au risque que les taux d'intérêt soient "plus élevés pendant plus longtemps". Les acteurs du capital-investissement devraient également chercher à cibler des groupes de clients et des industries avec une plus faible sensibilité au prix. Enfin, l'étude conclut que le capital-investissement devra se concentrer davantage sur la croissance organique des entreprises, car les technologies émergentes, la croissance plus faible du PIB et les populations stables ou en baisse limitent l'expansion future du marché dans de nombreux secteurs.

La transition énergétique mondiale et le Web3 représentent d'autres défis et opportunités pour le capital-investissement

La transition énergétique mondiale, qui vise à s’éloigner des combustibles fossiles en vue du Net zéro, et l'impact croissant du Web3, malgré l'engouement et l'agitation actuels dans le monde de la cryptomonnaie, sont deux autres défis et opportunités importants pour le capital-investissement examinés en détail dans le rapport Bain.

Dans son analyse, Bain souligne que la pression exercée sur les sociétés de capital-investissement pour décarboner leurs portefeuilles n'a fait que s'intensifier en 2022, les autorités de réglementation, les consommateurs, les clients B2B et les investisseurs multipliant les appels au changement.  Dans le même temps, note Bain, la course au développement de nouvelles sources d'énergie alternatives et d'autres solutions à faible émission de carbone dessine une opportunité pour mettre le capital au travail pour les générations futures. La transition énergétique nécessitera des milliers de milliards de dollars de nouveaux capitaux, souligne le rapport. Alors que l'ambiguïté concernant la réglementation, le rythme du changement, la politique et d'autres questions persisteront, Bain suggère que le capital-investissement et ses partenaires financiers ne doivent pas laisser l’incertitude les dissuader d'agir. Au contraire, les entreprises doivent acquérir de l'expérience, perfectionner leurs compétences et entretenir les réseaux qui leur permettront de tourner le changement à leur avantage.

Le capital-investissement devrait également relever les défis posés par le web3, selon Bain. Malgré l'effondrement actuel de la cryptomonnaie, les technologies plus larges derrière la crypto, communément appelées web3, resteront et continueront à avoir un impact considérable sur les entreprises et les marchés, indique le rapport. En conclusion, qu'il s'agisse d'un investisseur dans une infrastructure informatique de nouvelle génération, d'un gestionnaire de fonds effectuant un audit préalable d'entreprises traditionnelles exposées aux perturbations du Web3 ou d'un spécialiste du capital-investissement évaluant de nouveaux types de fonds et de nouveaux canaux de distribution, il est très probable que le web3 devienne un thème crucial au cours des dix prochaines années. C’est pour cette raison que pour de nombreux fonds, le moment est venu de développer leur compréhension et d'évaluer les moyens d'exploiter les changements technologiques qui en découlent.

 

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