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[Analyse] La Réserve Fédérale attentive à ne pas reproduire la même stratégie monétaire qu’en 1994

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Pierre Guillemin, Directeur de la gestion diversifiée et actions chez Swiss Life Asset Managers, nous livre ses perspectives de marché pour les prochains mois.


2015 sera l’année du resserrement monétaire américain. Comment voyez-vous évoluer la politique monétaire de la Réserve Fédérale ?
Le consensus de marché table sur une première remontée des taux directeurs au printemps 2015. Nous constatons que chaque communication de la Fed est susceptible de faire réagir vivement les marchés : le mouvement correctif du mois d’octobre en est un exemple, puisqu’il a été essentiellement causé par quelques rumeurs autour d’une remontée précoce des taux. Notre scénario est plutôt celui d’un « tapering » en douceur, assez progressif dans le temps. La banque centrale américaine est attentive à ne pas reproduire la même stratégie qu’en 1994, qui avait fait plonger les marchés obligataires. Elle peut d’ailleurs s’appuyer sur des conditions de marché sensiblement différentes de l’époque, qui faciliteront le pilotage du resserrement monétaire.


En quoi le contexte actuel est-il différent ?
Le prix des matières premières est un facteur déterminant. En 1994, il existait une forte pression haussière sur les matières premières : gaz naturel, métaux industriels. Cette tension inflationniste avait poussé la Fed à agir prématurément, avec une vive remontée des taux qui avait surpris les marchés. Aujourd’hui, nous observons au contraire une conjonction de facteurs divergents, avec d’un côté une reprise économique assez soutenue aux Etats-Unis, favorisée par la baisse du chômage et le regain de la demande intérieure, de l’autre des cours des matières premières, dans l’ensemble, baissiers. Dans ce contexte, le niveau d’inflation reste contenu et la faiblesse des coûts énergétiques est bénéfique aux marges bénéficiaires des entreprises. Cet environnement justifie une hausse modérée des taux directeurs. Les restrictions progressives des conditions de financement seront mieux absorbées par les entreprises, grâce à l’effet positif du prix des matières premières permettant de réduire les coûts de production industrielle.


Quelles sont vos préférences en termes d’allocation d’actifs ?
Nous continuons de favoriser les actions tout en étant très attentif à la façon de surpondérer la classe d’actif. Nos analyses nous indiquent de surpondérer les stratégies défensives de Mininum Volatilité à ce moment de l’évolution des marchés financiers. L’approche quantitative que nous déployons depuis de nombreuses années chez Swiss Life Asset Managers, nous permet d’identifier les phases des marchés actions pour lesquelles les schémas de construction de portefeuille sous forme Minimum Volatilité sont plus adaptés que d’autres.

Concernant l’univers obligataire, nous préférons les taux sans risque (Bund allemand, T-Note américain, Gilt britannique) aux dettes périphériques. De son côté, le crédit corporate, en haut de cycle, semble relativement cher, ce qui impose d’être sélectif dans le choix des émetteurs. Quant à la duration de nos positions obligataires, actuellement de 6,5, nous étudions en ce moment la meilleure manière d’en gérer le cycle afin de rendre nos portefeuilles plus dynamiques sur cet aspect du risque. La gestion de la duration permet d’ajuster la sensibilité au risque de taux du portefeuille, afin de protéger celui-ci contre une éventuelle tension significative des taux longs, les premiers à réagir en cas de resserrement des conditions monétaires.


Comment l’approche quantitative que vous évoquiez se caractérise-t-elle ?
Notre philosophie d’investissement s’appuie étroitement sur la recherche académique, qui, pour nous, est essentielle. Nous développons notre analyse du cycle économique grâce à des outils probabilistes. L’agrégation d’indicateurs économiques hebdomadaires, mensuels et trimestriels, sur chacune des grandes zones géographiques, aboutit à la constitution de quatre indices, permettant d’évaluer la situation de l’inflation, de l’emploi, des capacités d’utilisation et du sentiment des agents économiques. Ces derniers sont ensuite agrégés en un unique indice, l’indice global de santé économique, grâce auquel nous obtenons une projection des perspectives probables d’évolution du cycle conjoncturel. In fine, nous calculons l’allocation d’actifs optimale en fonction de ce scénario.

Cette allocation est ensuite comparée à une construction de portefeuille basée sur une parité des risques entre les différentes classes d’actifs. La combinaison de ces deux approches, totalement complémentaires par construction, nous fournit les portefeuilles-modèle que nous mettrons en œuvre dans nos fonds et mandats.

De plus, nous développons nos analyses par classes d’actifs. Nous avons par exemple conçu un modèle de construction de portefeuille actions autour du concept « Smart Beta » (Minimum Volatilité, Risk parity, Equal-weighted) pour contrôler notre profil rendement/risque. Ce modèle permet de gérer la dynamique des marchés et d’y adapter les schémas de Smart Beta les mieux adaptés au contexte de risque prévalant à tout instant. La conséquence de cette approche est un abaissement général du beta actions des portefeuilles (le beta moyen de notre allocation est aujourd’hui de 0,83) et surtout, une plus grande stabilité des rendements réalisés. In fine, il est fondamental, à nos yeux, de construire des portefeuilles les plus robustes dans le temps pour générer des profils rendement/risque attractifs.

www.swisslife-am.com

 

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