L’analyse de Jean-Michel Durocher -
CEO, TimeTonic.
L’intelligence
artificielle gagne rapidement du terrain. Assistants, analyse de documents,
traitement des e-mails, création de contenus : les cas d’usage se multiplient
avec une même ambition, gagner en efficacité. Mais l’IA ne peut produire
pleinement ses effets que dans une organisation suffisamment structurée.
Appliquée à des processus encore mal maîtrisés ou à des informations
dispersées, elle risque surtout de reproduire à plus grande échelle les
difficultés existantes.
Son arrivée soulève
aussi des questions de gouvernance :
- A quelles
informations peut-elle accéder ?
- Où sont-elles
stockées et traitées ?
- Quels utilisateurs
disposent de quels droits ?
- Quelles données
peuvent être transmises à des prestataires externes ?
Face à ces enjeux, deux
approches semblent indissociables : le no-code pour structurer les processus et
faciliter leur évolution, et la souveraineté pour préserver la maîtrise des
données, des infrastructures et des orientations technologiques.
Des processus solides
avant l’IA
Le no-code est encore
souvent réduit à la possibilité de développer rapidement une application sans
maîtriser un langage de programmation. Son intérêt est pourtant plus
large : il peut constituer une véritable couche d’organisation des données
et des processus, sur laquelle l’IA vient ensuite se greffer.
Tout commence par la
donnée. Une IA ne peut analyser, recommander ou agir de manière fiable qu’à
partir d’informations organisées et accessibles dans un cadre défini. Une
plateforme no-code orientée données peut contribuer à les réunir, structurer
leur utilisation et déterminer les droits de chaque utilisateur. La même
logique s’applique aux processus. Une fois les étapes d’un processus métier
formalisées et numérisées, de nombreuses opérations répétitives peuvent être
automatisées selon des règles précises. L’IA peut alors intervenir là où les
règles seules ne suffisent plus : interpréter un document ou un message, en
extraire les éléments utiles, les synthétiser, les traduire ou guider
l’utilisateur. Elle enrichit ainsi un environnement disposant déjà de données
et de processus bien définis.
Le no-code renforce
enfin l’autonomie des équipes, qui peuvent adapter leurs outils dans un cadre
défini avec les équipes informatiques. Demain, l’IA pourra les assister encore
plus dans la configuration des applications tout en restant dans un cadre gouverné.
Quand la souveraineté
fonde la confiance
La souveraineté
numérique ne signifie pas renoncer à des solutions internationales. Elle
consiste à conserver la maîtrise des choix technologiques essentiels. À mesure
que l’IA accède à des données sensibles et intervient dans des fonctions
critiques, les entreprises doivent adapter leur niveau de protection en
fonction des risques : hébergement, modèles utilisés, circulation des données,
contrats ou encore réversibilité des solutions.
L’enjeu est de
préserver une liberté de choix et d’évolution dans le temps, sans devenir
dépendant d’une technologie ou d’un fournisseur. Pour les entreprises
européennes, cette démarche associe protection des données, respect des
exigences réglementaires, maîtrise des infrastructures et développement d’un
écosystème technologique européen.
Structuration des processus, capacités de l’intelligence artificielle et maîtrise des choix numériques répondent ainsi à trois dimensions complémentaires. Le no-code organise et fait évoluer les processus. L’IA apporte de nouvelles capacités d’analyse et d’assistance. La souveraineté préserve la maîtrise des choix structurants. L’objectif n’est donc pas simplement d’adopter l’IA le plus rapidement possible, mais de créer les conditions pour qu’elle produise une valeur durable.


