L'adoption
de l'IA au sein des services juridiques internes européens a atteint un point
de basculement, mais une nouvelle étude suggère que les stratégies en matière
de gouvernance, d'évaluation et de gestion des effectifs peinent à suivre le
rythme.
Une nouvelle étude de l’Association of Corporate Counsel (ACC), une association juridique mondiale de premier plan représentant plus de 48 000 juristes d’entreprise au sein de plus de 12 000 organisations dans 117 pays, révèle que 83 % des personnes interrogées en Europe utilisent déjà l’IA dans leur travail juridique, un chiffre globalement similaire aux 85 % observés à l’échelle mondiale.
Cette technologie
commence également à modifier les attentes des équipes juridiques en interne :
89 % s’attendent à ce que l’IA rationalise les processus standard tels que
l’examen de documents, tandis que 64 % espèrent une réduction des coûts liés
aux prestataires externes.
Cependant, les
conclusions de l’ACC révèlent un écart significatif entre l’adoption de l’IA et
la maturité en la matière :
• Seuls 11 % des services juridiques européens
suivent des indicateurs de performance concrets pour mesurer le retour sur
investissement (ROI) de l’IA, tandis que 28 % ne mesurent pas du tout ce ROI.
• 70 % ont recours à un comité interfonctionnel
pour régir l’IA,
mais 38 % indiquent que la responsabilité finale reste fragmentée.
• Seuls 39 % ont mené un audit interne dit «
d’IA fantôme »
pour identifier les outils non approuvés utilisés par les employés, tandis que
30 % n’ont pas l’intention de le faire.
• L'IA commence également à redéfinir les
carrières juridiques : 31 % des services juridiques européens réorientent leurs
jeunes juristes vers des missions stratégiques à forte valeur ajoutée, soit
près du double du chiffre mondial (16 %). Pourtant, 44 % d'entre eux n'ont
apporté aucun changement à leur stratégie de développement professionnel ou de
recrutement.
Ces résultats suggèrent
que la prochaine étape de l'adoption de l'IA par les services juridiques ne
portera pas tant sur la question de savoir s'il faut l'utiliser, mais plutôt
sur la manière de la réguler, de démontrer sa valeur et de repenser le rôle des
juristes dans ce contexte.
La conclusion générale de l’ACC est que l’adoption est généralisée mais reste principalement concentrée sur des flux de travail structurés et à fort volume, tandis que la gouvernance et les pratiques en matière de gestion des talents continuent de se développer.


