Face aux incendies survenus cet été dans plusieurs régions françaises, les services de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) ont mis en œuvre un suivi rapproché des principaux organismes français d’assurance concernés, afin d’évaluer les conséquences de ces événements en termes de sinistralité et de gestion des opérations, dans le contexte d’urgence et d’afflux de déclarations de sinistres, mais également pour opérer un suivi sur le moyen terme des difficultés qui pourraient être rencontrées.
Les principaux enseignements et observations, à ce stade préliminaire, sont les
suivants.
1) À très court terme,
les dispositifs de gestion opérationnelle ont été ajustés.
Pour faire face à ces
évènements, les principaux acteurs du secteur ont activé des dispositifs de
gestion dédiés, dès les premiers jours suivant les incendies, reposant sur une
réallocation de leurs ressources, une centralisation et une priorisation accrues,
pour répondre à plusieurs dizaines de milliers de demandes d’assistance
simultanées (relogement d’urgence et/ou coûts associés, souvent au titre des
contrats habitation) et initier le traitement des dossiers de sinistres les
plus graves (destructions totales ou partielles de biens ou d’outils de
production, enjeux financiers importants). Plusieurs assureurs indiquent avoir
engagé des campagnes de contact proactif auprès de leurs assurés, dans cette
optique. Par ailleurs, tous les organismes ont assuré la continuité d’activité,
même ceux confrontés localement à la fermeture de certains sites, en recourant
notamment au télétravail.
2) Au-delà de cette mobilisation immédiate, la
gestion des sinistres de dommages aux biens et de pertes d’exploitation
s’inscrit dans un temps plus long et peut comporter quelques défis d’exécution.
Conformément aux
annonces de France Assureurs du 27 juillet 2026, les délais de déclaration des
sinistres ont été prolongés jusqu’au 31 août par tous les organismes, avec un
remboursement des frais de relogement de ceux évacués de leur résidence
principale, allant jusqu’à 3 semaines.
Moindres en nombre mais
pour des montants potentiellement significatifs, les sinistres de dommages aux
biens (particuliers ou professionnels) et/ou de pertes d’exploitation
présentent toutefois plusieurs défis en termes de gestion opérationnelle.
En effet, si les
assureurs interrogés font état de délais moyens d’intervention pour la
réalisation de la première expertise de l’ordre de dix jours après l’ouverture
du dossier, la gestion complète de ces dossiers – notamment des plus complexes
– va s’échelonner sur plusieurs semaines voire mois. Certaines conséquences des
incendies restent d’ailleurs encore méconnues : éventuelles pollutions en
découlant, multiples impacts sur l’activité économique…
Dans ce contexte, les
services de l’ACPR observent que plusieurs organismes ont déployé des mesures
d’accompagnement des assurés, parmi lesquelles :
- Le recours à l’expertise à distance et/ou
l’indemnisation sur justificatifs (en-deçà de certains seuils), afin
d’accélérer le traitement d’une partie des dossiers ;
- Des actions de suivi personnalisé, pour les
sinistres les plus importants, y compris via une présence renforcée de leurs
équipes sur le terrain ;
- Le versement accéléré d’acomptes sur
indemnisation, avant la remise des rapports définitifs d’expertise.
À ce stade, encore très
précoce, les assureurs interrogés rapportent un nombre limité de réclamations.
À cet égard, deux points d’attention sont dès à présent susceptibles d’émerger
:
- Les modalités d’application de certaines
clauses contractuelles (ex. seuils et conditions de prise en charge, notamment
pour les garanties pertes d’exploitation), ce qui souligne de nouveau toute
l’importance de l’information des assurés sur les garanties souscrites, non
seulement à la souscription, mais tout au long de la vie du contrat et en
particulier en cas de sinistre ;
- La capacité du secteur du bâtiment à
répondre rapidement à l’afflux de demandes concomitantes de travaux après les
incendies ; certains assureurs signalent en effet des tensions susceptibles
d’allonger les délais d’établissement des devis et de remise en état des biens.
3) Les incendies de
l’été 2026, illustration des enjeux structurels de durabilité, soulignent le
rôle d’accompagnement attendu du secteur de l’assurance pour mieux gérer les
risques associés, y compris via des mesures de prévention et d’adaptation.
La charge de sinistres
découlant de ces incendies, évaluée de façon préliminaire à 500 millions par
France Assureurs (à comparer à une charge de sinistres brute totale de 136
milliards d’euros en 2025 pour les assureurs non-vie) n’est pas de nature à
fragiliser le secteur de l’assurance français, bien capitalisé. La
multiplication et l’intensification des événements liés au changement
climatique interrogent toutefois plus largement sur la couverture de certains
risques à moyen terme. Certes, la plupart des incendies de l’été 2026 sont
d’origine humaine et ne relèvent pas de la garantie catastrophe naturelle, mais
les conditions météorologiques actuelles ont créé un terrain propice à leur
diffusion, avec des impacts multiples dépassant les seuls dommages matériels
directs. Ces incendies illustrent donc l’emprise croissante des risques de
durabilité, sur toutes les branches d’assurance, comme le soulignait déjà le 2e
exercice de test de résistance mené par l’ACPR entre 2022 et 2024.
Ces évènements mettent
également en exergue des problématiques d’absence ou d’inadéquation de la
couverture en assurance : en effet, la majorité des massifs forestiers touchés
n’était pas assurée et la matérialisation de certains risques vient parfois questionner
les choix de garanties (ex. périmètre, étendue, conditions) effectués par les
assurés au moment de la souscription de leur contrat. En tant que
professionnels du risque, les organismes d’assurance ont un rôle capital à
jouer dans l’identification, l’évaluation et la meilleure maîtrise de leurs
expositions par les assurés, afin qu’ils puissent choisir une couverture
adaptée à leur situation.
Enfin, l’accroissement
de la fréquence et du coût des sinistres liés (directement ou non) aux
évolutions climatiques pourrait constituer à terme un défi pour l’équilibre
économique des couvertures proposées et pour le maintien d’une protection
accessible aux assurés. À cet égard, l’augmentation des tarifs ne peut
constituer la seule réponse du secteur aux évolutions structurelles affectant
notre environnement.
Les incendies récents rappellent ainsi l’importance d’une réponse coordonnée associant un effort de prévention supplémentaire de court terme et, à plus long terme, d’adaptation à l’échelle des assurés comme des territoires. Cet effort est essentiel au maintien d’une couverture assurantielle efficace face à des risques climatiques dont la fréquence et l’intensité tendent à s’accroître.


