L'analyse de Wiktor Bourée**, CEO de Technis.
À chaque rentrée, les
campus universitaires connaissent la même métamorphose brutale. En quelques
jours, des dizaines d’hectares accueillent à nouveau des milliers d’étudiants,
d’enseignants et de personnels. Par l'intensité de ses flux et la mixité de ses
usages, un campus fonctionne exactement comme un centre-ville dense.
Pour les étudiants, la
rentrée ne se résume pas à la reprise des cours. Elle commence par une
succession de micro-frictions bien réelles. Trouver une place de stationnement
à huit heures relève du parcours du combattant, traverser un hall central à la
pause de dix heures devient une bousculade, espérer déjeuner en moins de
quarante-cinq minutes au restaurant universitaire est un défi, et trouver une
table libre en bibliothèque pour réviser relève souvent de la chance.
Ce sentiment
d’engorgement permanent dégrade l’expérience universitaire. Il transforme des
lieux conçus pour l’échange et l’étude en espaces de stress et de saturation.
Sortir de la
surveillance passive pour améliorer la vie sur site
Pendant longtemps, la
réponse des établissements s'est concentrée sur l’angle sécuritaire strict. On
a multiplié les caméras de vidéosurveillance, empilé les logiciels de contrôle
d'accès et installé des barrières.
Cette approche purement
réactive ne répond pas aux attentes de la communauté étudiante. Une caméra qui
enregistre passivement des images ne permet ni de réduire une file d'attente à
la cafétéria, ni de désengorger un parking pour laisser passer un véhicule de
secours, ni de rassurer les usagers qui rentrent tard par une zone isolée du
campus.
Pour les directions
d’établissements, confrontées à des ressources financières et humaines
mesurées, la réponse ne peut plus être une fuite en avant matérielle. La
priorité consiste à valoriser les équipements déjà en place en transformant les
flux d'images passifs en outils concrets de pilotage et de confort d'usage.
Informer en direct pour
rééquilibrer les flux
Piloter un campus comme
une ville intelligente permet d'agir directement sur le vécu des étudiants et
des équipes.
En mesurant en temps
réel le taux d'occupation des espaces et la longueur des files d'attente, il
devient possible de partager cette information sur des écrans ou des
applications mobiles. L'étudiant sait immédiatement quelle salle de travail est
libre ou quel point de restauration présente le temps d'attente le plus court.
L'information réduit la frustration, évite les déplacements inutiles et étale
naturellement la fréquentation.
Sur les parkings et les
axes de desserte, une lecture continue des flux aide à fluidifier les entrées
matinales et à sécuriser les accès pompier sans mobiliser des agents sur chaque
carrefour.
En coulisses, cette
visibilité fine permet aussi d’adapter le chauffage, la climatisation ou les
plannings de nettoyage en fonction de la fréquentation réelle des
amphithéâtres, assurant une gestion responsable des ressources sans dégrader le
cadre d'apprentissage.
Garantir la sérénité
sans sacrifier l'esprit d'ouverture
Cette démarche résout
également un problème récurrent d'exploitation. Sur un site étendu, identifier
immédiatement une caméra déconnectée ou un éclairage défaillant dans un passage
nocturne permet d'intervenir avant qu'un sentiment d'insécurité ne s'installe.
Les agents de sûreté peuvent ainsi cibler leurs rondes là où une présence
humaine apporte une vraie valeur.
Cette transformation
doit s'opérer dans le respect absolu de l'identité universitaire.
Un campus n'est pas un
site sous surveillance intrusive.
Réguler les flux ne
signifie pas pister les individus. L’analyse repose uniquement sur
des données de volume
agrégées et strictement anonymisées dès la captation.
L'étudiant n'est pas
suivi, c'est l'espace qui devient lisible.
La qualité de vie sur
un campus ne dépend pas de l'accumulation d'écrans dans un poste de contrôle.
Elle se mesure à la fluidité du quotidien, à la sérénité des déplacements et au
confort des étudiants. À l'heure de la rentrée, l'innovation la plus utile
consiste à faire dialoguer les technologies existantes pour transformer la
petite ville universitaire en un lieu fluide, ouvert et agréable à vivre.
**Bio Wiktor Bourée, CEO de Technis
Wiktor Bourée, 34 ans, est le fondateur
et dirigeant de Technis, spécialiste de la mesure et de l’analyse des flux dans
les espaces physiques. Depuis 2016, il développe une plateforme SaaS qui
transforme les données issues des bâtiments, commerces et infrastructures en
leviers de performance, de sécurité et de durabilité. Fondée à Lausanne,
Technis compte aujourd’hui 82 collaborateurs et accompagne plus de 200 clients
internationaux sur plus de 2 100 sites. Avec les acquisitions d’E-NNO en 2025
et de Videtics, Wiktor Bourée accélère le développement de Technis dans la
décarbonation des bâtiments et les technologies de sûreté. Il porte l’ambition
de faire de Technis un leader européen des bâtiments intelligents, en mettant
l’IA, la donnée et l’IoT au service d’espaces plus durables, plus sûrs et mieux
utilisés.


