La
France a besoin d'un nouveau Grenelle de l'Environnement, pas d'une énième
mesurette.
Par Pierre Evrard, directeur associé de Synergiec.
Le changement du coefficient de conversion de l'électricité de 1,9 à
1,7, décidé par le ministère du Logement, n'est pas qu'un ajustement technique
du DPE. Il est devenu le symbole d'un problème plus profond : l'instabilité
chronique de la politique française de rénovation énergétique.
Depuis plusieurs années, les professionnels assistent à une succession
ininterrompue de réformes. Les aides évoluent, les critères de MaPrimeRénov'
sont modifiés, les règles des Certificats d'Économies d'Énergie sont revues, le
DPE est corrigé à plusieurs reprises sans régler les questions de fonds, les
modalités de financement changent, les calendriers sont reportés, les budgets
suspendus puis rétablis. Chaque réforme est présentée par le ministère comme la
bonne, avant d'être remplacée quelques mois plus tard par une nouvelle.
Le résultat est là. Cette instabilité chronique désoriente les ménages,
décourage les copropriétés qui doivent construire des projets sur plusieurs
années, fragilise les entreprises qui investissent pour recruter et se former,
et nourrit une défiance croissante à l'égard de l'action publique.
Comment convaincre des millions de Français d'engager plusieurs dizaines
de milliers d'euros de travaux lorsque les règles du jeu peuvent changer avant
même le démarrage du chantier ?
Plus préoccupant : certaines décisions récentes du Gouvernement laissent
à penser que la politique de rénovation énergétique devient progressivement le
paravent d'une politique d'électrification du pays. L'électrification est un
levier légitime dans le contexte économique et énergétique actuel. Mais elle ne
peut devenir l'unique boussole de la politique du logement. L'objectif premier
doit rester la réduction durable des besoins énergétiques, l'amélioration du
confort des occupants, la lutte contre la précarité énergétique et la baisse
des émissions de gaz à effet de serre.
Les Français ne sont plus dupes. Ils savent qu'il n'existe pas de
solution miracle : ni une pompe à chaleur, ni un climatiseur ni une nouvelle
prime, ni un changement de coefficient ne suffiront à rénover efficacement des
millions de logements. À force de présenter chaque réforme comme la réponse
décisive, l'État fragilise ce qu'il a de plus précieux : la crédibilité de sa
parole.
Nous ne demandons pas au gouvernement de cesser d'agir. Nous lui
demandons de cesser d'improviser. Très concrètement, cela pourrait se traduire
en action par l'ouverture d'un nouveau Grenelle de l'Environnement, réunissant
l'État, les collectivités, les filières professionnelles, les scientifiques,
les associations de consommateurs et les acteurs du logement, pour bâtir un
cadre stable sur quinze ans, avec des indicateurs scientifiques incontestables
et des engagements qui survivent aux alternances politiques.
Le véritable défi n'est plus de savoir si le coefficient doit être de 1,9 ou de 1,7. Il est de redonner à la France une politique de rénovation énergétique lisible et stable. La transition écologique ne se construit ni sur des effets d'annonce ni sur des ajustements permanents. Elle exige un cap. Et ce cap ne peut être défini que collectivement, pas décrété par arrêté au fil des trimestres.


