Faire parler l’argent : Tracfin publie son nouveau rapport annuel 2025, consacré à l’activité déclarative des
professionnels déclarants et à l’action de Tracfin dans la lutte contre le
blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT).
Avec sa double
identité, cellule de renseignement de Bercy et service de renseignement du
premier cercle qui concourt à la défense des intérêts de la Nation, Tracfin
fait face à de nouveaux enjeux et place la traque des fonds criminels comme
l’une de ses priorités. Le montant des
flux signalés dans les transmissions de Tracfin relatives à la fraude aux
finances publiques en 2025, s’élève à 3,2 Milliards d’euros.
• Une mobilisation historique du dispositif : Tracfin a reçu 278 484
déclarations de soupçon (DS) en 2025, en hausse de 32 % sur un an — expliquée
notamment par la très forte hausse du nombre de DS transmises par le secteur
bancaire (~50 000 de plus en un an). Cette dynamique s’accompagne d’un enjeu
désormais central : faire progresser la qualité des informations transmises
aussi vite que leur volume, afin qu’elles soient directement exploitables dans
les investigations.
• Une priorité claire donnée à la criminalité
organisée :
les ministres Roland Lescure et David Amiel soulignent que « la lutte contre le
narcotrafic est plus que jamais une priorité ». En 2025, 40 millions d’euros
d’avoirs criminels ont été saisis dans le seul cadre du dispositif « circuit
court » visant notamment les sociétés éphémères.
• 3,2 Milliards d’euros : c'est le montant des
flux signalés dans les transmissions de Tracfin relatives à la fraude aux
finances publiques en 2025, pour environ 18 000 personnes physiques ou morales
portées à l’attention des administrations partenaires.
• Autre point de vigilance : le recours croissant
aux crypto-actifs à des fins de BC-FT.
Les chiffres clés 2025

« La force de Tracfin tient à une capacité singulière : relier des opérations financières dispersées pour faire apparaître les réseaux, les bénéficiaires réels et les stratégies qui se dissimulent derrière elles. »,
a déclaré Roland Lescure.
« Tracfin va chasser la
criminalité organisée au portefeuille, c’est un service régalien essentiel au
moment où ce fléau est en expansion mondiale. Nos finances nationales
elles-mêmes sont victimes de schémas de fraude aux aides publiques toujours
plus sophistiqués et industrialisés. Le travail de Tracfin permet de détecter
ces phénomènes au plus tôt et de prendre ensuite toutes les mesures appropriées
: enquêtes, sanctions mais aussi ajustements des règles d’octroi des aides,
dans un seul but, protéger l’argent des Français », poursuit David
Amiel.
Les points clés du
rapport
Une activité
déclarative en forte hausse, mais égale
Le secteur financier concentre toujours 93
% du flux (258 470 DS, +31 %), porté notamment par les banques, établissements
de crédit (+45 % entre 2024 et 2025). Les prestataires de services sur
crypto-actifs (PSCA) ont adressé 4850 DS, soit 58 % de plus par rapport à 2024.
Le secteur
non-financier,
toujours minoritaire avec 7 % du flux (20 014 DS), accélère nettement sa
progression : +38 % entre 2024 et 2025, après +26 % en 2024. Cette dynamique
est notamment portée par les notaires (+64 %), les opérateurs de jeu (+38 %),
les greffes des tribunaux de commerce (+23 %) et les opérateurs de vente
volontaire (+64 %).
Fait notable : les agents sportifs,
assujettis depuis 2010, n'ont toujours transmis aucune déclaration de soupçon
en 2025, malgré des actions de sensibilisation renforcées menées avec la
direction générale du Trésor.
Criminalité organisée
La lutte contre la criminalité organisée constitue l’un des axes forts de l’action de Tracfin en 2025.
Le Service a renforcé sa contribution à l’identification des réseaux criminels, à la localisation de leurs avoirs et à leur saisie : 40 millions d’euros d’avoirs criminels ont été saisis dans le seul cadre du dispositif
«
circuit court » visant notamment les sociétés éphémères, soit +40 % par rapport
à 2024.
Plus de 8 000 sociétés
ont par ailleurs été signalées aux greffes des tribunaux de commerce, dont 80 %
ont été radiées. Le nombre de transmissions de Tracfin aux autorités
judiciaires et administratives a ainsi progressé de 15 % par rapport à 2024.
Sur le seul volet blanchiment de capitaux, les notes d'information transmises à
la justice ont bondi de 33 %.
Tracfin a fait, pour la
première fois, usage de son droit d'opposition pour saisir des fonds en
crypto-actifs. Les transmissions impliquant ce vecteur ont doublé en 2025,
portées par une collaboration renforcée avec les PSCA (droits de communication
en hausse de 183 %).
Entraver le financement
du terrorisme
La menace terroriste en
France demeure élevée avec, en premier lieu, la poursuite de l’activité des
organisations terroristes islamistes sunnites les plus structurées : l’État
islamique (EI) et Al-Qaïda. Dans le contexte du changement de régime en Syrie,
destination vers laquelle les départs de Français velléitaires au jihad ont
repris, les services, dont Tracfin, continuent de travailler sur la zone et les
tensions qui la traversent.
Enfin, Tracfin
travaille de façon croissante à appréhender les risques terroristes liés aux
extrémismes violents. L’année 2025 a vu plusieurs signalements Tracfin
prospérer sur le plan judiciaire, témoignant de la pertinence de la veille
effectuée par les déclarants et le Service.
Fraude aux finances publiques
3,2 Milliards La lutte
contre les atteintes aux finances publiques constitue une autre priorité
majeure de Tracfin. En 2025, le Service a réalisé 740 transmissions concernant
des présomptions de fraude aux finances publiques, portant sur près de 3 400 personnes
physiques et morales. Les enjeux financiers associés sont estimés à près de 3,2
milliards d’euros.
30 % des contrôles de l'URSSAF pour travail dissimulé sont issus d'informations de Tracfin, avec
470 millions d’euros de redressements en 2025 (contre 266 millions d’euros en 2024).
Côté fiscal, la DGFiP a noté une hausse de 7 % des droits notifiés (91,6 millions d’euros) sur la base des dossiers transmis par le Service.
Au total, les transmissions de Tracfin en matière d’atteintes aux finances publiques ont progressé de
17 % en 2025. Le Service souligne que les fraudes les plus
complexes sont désormais souvent liées à la criminalité organisée, avec des
réseaux structurés et le recours à des acteurs spécialisés dans le blanchiment.
Autres dossiers
sensibles
• Pédocriminalité : 53 notes ont été
transmises par Tracfin en 2025 à des parquets, pour des faits d'achat de
contenus pédocriminels ou de consommation via le livestreaming, en partenariat
étroit avec l'Office des mineurs (OFMIN).
• Ingérences étrangères : Tracfin est fortement impliqué aux côtés des services de l’État qui détectent les relais d’influence dissimulés. Ainsi le Service a renforcé sa vigilance sur les opérations de manipulation de l'information et de déstabilisation, en s'appuyant sur la loi « ingérence » de 2024, qui crée un dispositif de gel administratif des avoirs des agents engagés dans des opérations d’ingérence étrangère, ainsi qu’une obligation de déclaration des activités des agents d’influence étrangers auprès de la HATVP.


