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[Expertises] Naissances en berne : quand le travail entre dans la bataille démographique

Longuement attendu par les familles, les salariés et les entreprises, le nouveau congé de naissance entre en vigueur le 1er juillet 2026. Né d'un constat alarmant, celui d'une France qui, pour la première fois depuis 1945, enregistre plus de décès que de naissances, ce dispositif vise à réconcilier parentalité et vie professionnelle. En mobilisant l'entreprise comme levier du redressement démographique, il ouvre un nouveau chapitre de la politique familiale française.

 

Guylaine Kpohlo, veilleure analyste en droit social & réglementaire chez Groupe SVP, décrypte
ici ce nouveau dispositif qui pourrait transformer durablement le rapport entre parentalité et entreprise.

 

Une natalité en recul malgré les politiques publiques

 

L'alerte avait été lancée dès janvier 2024. À la suite de la publication des chiffres de l'INSEE faisant état de 678 000 naissances en 2023, en baisse de 7 % sur un an, le Président de la République appelait à un « réarmement démographique ».


Deux ans plus tard, la situation s'est encore dégradée. En 2025, la France n'a enregistré que

645 000 naissances. L'indicateur de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme, tandis que le solde naturel est devenu négatif : avec 651 000 décès recensés, le nombre de morts dépasse celui des naissances, une première depuis 1945.

 

Face à cette évolution préoccupante, les initiatives publiques se multiplient : campagnes de sensibilisation à la fertilité, actions d'information auprès des jeunes adultes, plan national ou encore renforcement des politiques de santé périnatale. Le nouveau congé de naissance s'inscrit dans cette stratégie globale.


Mais réduire la question démographique à une simple problématique de soutien financier serait une erreur. Elle résulte de facteurs économiques, sociaux et sociétaux : accès au logement, aspirations professionnelles, préoccupations environnementales, allongement des études et enjeux d’infertilité. Dans ce contexte, la capacité à concilier vie familiale et vie professionnelle devient déterminante.

 

Un nouveau congé pour donner du temps aux familles

 

Créé par la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2026, publiée au Journal officiel du

31 décembre 2025, le nouveau congé de naissance répond à cet enjeu.

 

Accessible aux parents justifiant d’au moins six mois d’affiliation à la date de début du congé, il permet de prolonger jusqu’à deux mois supplémentaires par parent la présence auprès de l’enfant après une naissance ou une adoption, avec une indemnisation plus avantageuse que les dispositifs existants.

 

Il n’en remplace d’ailleurs aucun. Le congé parental d'éducation demeure en vigueur, tout comme la prestation partagée d'éducation de l'enfant (PreParE) versée par les CAF. Les deux mécanismes pourront se succéder, sous réserve des règles de cumul applicables.

 

L’innovation principale réside dans son indemnisation : 70 % de l'indemnité journalière de maternité le premier mois, puis 60 % pour le second, contre un niveau nettement plus faible pour le congé parental.

 

Ce choix traduit une volonté politique forte : permettre aux parents de consacrer plus de temps à leur enfant sans perte de revenus excessive, tout en favorisant un meilleur partage des responsabilités parentales.

 

Pour en bénéficier, les salariés devront informer leur employeur un mois à l’avance en précisant les modalités de prise du congé. Ce délai est ramené à quinze jours lorsqu’il suit immédiatement un congé paternité, d’accueil ou d’adoption.


Les premières demandes peuvent ainsi être adressées depuis le 1er juin 2026. Le congé doit être pris dans les neuf mois suivant la naissance ou l’arrivée de l’enfant, avec des dispositions transitoires pour les enfants nés ou accueillis au premier semestre 2026.

 

Les entreprises en première ligne

 

Si la réforme est pensée pour les familles, sa mise en œuvre reposera largement sur les employeurs. Les entreprises devront assurer les formalités déclaratives via la Déclaration sociale nominative (DSN) ainsi que la transmission d’un formulaire spécifique aux organismes compétents. Les modalités ont été alignées sur celles déjà applicables aux autres arrêts de travail, avec un motif spécifique.

 

Pour autant, le coût direct pour les employeurs demeure limité. L'indemnisation étant prise en charge par la Sécurité sociale, aucune charge salariale supplémentaire n'est prévue, hors dispositions conventionnelles plus favorables.

 

La principale question est organisationnelle : anticipation des absences, gestion des remplacements, continuité d’activité. Ces enjeux sont particulièrement sensibles pour les TPE et PME. Mais cette contrainte n'est pas nouvelle : elle existe déjà pour les congés parentaux ou les congés de maternité et de paternité.

 

La différence tient à une meilleure prévisibilité. Mieux anticipées, ces absences peuvent être intégrées à la gestion des ressources humaines et contribuer à une politique sociale plus cohérente.

 

À travers ce dispositif, le Gouvernement fait de la parentalité une priorité et cherche aussi à renforcer l’attractivité du travail. Dans une note récente, le Haut-commissaire à la Stratégie et au plan évoque un troisième mois de congé parental conditionné à un meilleur équilibre entre parents.

 

L'enjeu est clair : faire de la parentalité non plus un frein à la carrière mais un temps de vie reconnu. Plus de souplesse permet aux entreprises de renforcer leur attractivité et de fidéliser leurs talents.

 

Le nouveau congé de naissance ne suffira évidemment pas, à lui seul, à inverser la courbe démographique. Mais il marque une évolution importante : pour la première fois, la réponse au défi de la natalité passe aussi par l'organisation du travail. Et si la démographie reste une affaire de société, elle devient désormais, en partie, une affaire d'entreprise.

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