Le Haut
Conseil de stabilité financière (HCSF), qui s’est réuni mardi 9 juin au
ministère de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle,
énergétique et numérique, pour sa deuxième séance de 2026, a procédé à un
examen des risques et des vulnérabilités affectant le secteur financier
français.
Le Haut Conseil relève
que le conflit au Moyen-Orient intervient dans un contexte où plusieurs
vulnérabilités financières demeurent élevées au niveau mondial, notamment des
valorisations élevées d'actifs risqués, un endettement public élevé et en
augmentation, la croissance rapide du financement non bancaire et certaines
vulnérabilités de liquidité et de levier au sein du secteur financier non
bancaire. À ce stade, le choc a été
absorbé par les marchés financiers, avec des ajustements sur la valorisation de
certains actifs et le cours de certaines matières premières. Les conditions de
financement se sont néanmoins durcies depuis le début du conflit et les
perspectives économiques mondiales demeurent entourées d'une forte incertitude.
Dans ce contexte, le
Haut Conseil considère que le principal risque réside désormais dans une
prolongation ou une aggravation du conflit, susceptible d'accroître les
tensions sur les prix de l'énergie, de peser davantage sur les perspectives de
croissance et d’entraîner la matérialisation simultanée de plusieurs
vulnérabilités financières préexistantes. La menace cyber demeure également un
risque important pour le secteur financier, dans le contexte des avancées de
l’intelligence artificielle.
Les membres du Haut Conseil relèvent toutefois la résilience des acteurs financiers français.
Les
banques et les organismes d’assurance et de réassurance ont des bilans bien
dotés en capital et en liquidités. Le Haut Conseil a en particulier examiné les
risques posés par le secteur de l’immobilier commercial en France au cours d’un
point thématique. Si le secteur a connu des baisses de valorisations
importantes dans le sillage de la remontée des taux initiée en 2022,
l’exposition de la sphère financière à celui-ci demeure globalement saine et
maîtrisée et n’appelle donc pas à des mesures macroprudentielles.
Le Haut Conseil a également examiné les conditions de financement de l’économie et la situation financière des ménages et des entreprises non financières, qui constituent des éléments importants de son appréciation des vulnérabilités financières. Il relève que l’encours de crédit aux particuliers continue sa croissance modérée (+0,9 % en glissement annuel en mars 2026). L’encours de crédit bancaire aux sociétés non financières demeure dynamique (+2,8 % en mars 2026 en glissement annuel), portés essentiellement par les crédits d’investissement. Les ratios de dette sur PIB des ménages et des entreprises sont stables, mais ils se maintiennent à des niveaux supérieurs à ceux observés dans les autres grands pays de la zone euro. Les ménages comme les entreprises non financières voient leurs coûts de financement légèrement augmenter au premier trimestre 2026, en lien avec l’adoption tardive du budget puis le renchérissement global du financement, depuis l’irruption du conflit au Moyen Orient.
Les niveaux d’épargne des
ménages et de trésorerie des sociétés non financières demeurent toutefois
élevés, contribuant à leur résilience.
S’agissant plus
particulièrement du marché du crédit à l’habitat, le Haut Conseil constate que
la production de nouveaux crédits demeure stable et que les conditions d’octroi
restent saines. La production de crédit à l’habitat (hors renégociations) est supérieure
à 10 milliards d’euros mensuels depuis octobre 2024 (12,6 Md€ en mars 2026).
Les conditions d’octroi sont saines, avec une maturité moyenne de 22,6 ans et
un taux d’effort moyen de 30,6 % en mars 2026. Le Haut Conseil a échangé sur
l’utilisation de la marge de flexibilité dont bénéficient les établissements
bancaires dans le cadre de la mesure sur les conditions d’octroi des nouveaux
crédits à l’immobilier résidentiel. Celle-ci progresse à 17,5 % au premier
trimestre 2026 contre 15,7 % un an auparavant. Le Haut Conseil se félicite de
la bonne appropriation de la norme et de ses flexibilités par les
établissements bancaires, qui leur permet d’accompagner la reprise du crédit
immobilier tout en tenant compte des spécificités individuelles. Il note cependant
une hétérogénéité d’utilisation de la marge au sein des établissements
bancaires.
Compte tenu de
l’ensemble de ces éléments, et sans signe de restriction de l’offre du crédit,
le Haut Conseil juge que l’environnement économique et financier justifie le
maintien du taux de la réserve de protection du crédit (coussin de fonds
propres contracyclique) à 1%.
Enfin, les membres du Haut Conseil ont eu l’occasion d’échanger sur les réponses apportées par la France à la consultation de la Commission européenne sur la compétitivité du secteur bancaire. La France a appelé à poursuivre les efforts en faveur d'une intégration et d’une compétitivité accrue des acteurs bancaires européens ainsi qu’une simplification du cadre prudentiel européen.


