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[Expertises] Souveraineté technologique européenne : le signal politique est fort, mais la couche données est absente

Par Matthias De Bièvre, fondateur de VISIONS, société française leader de l’interconnexion et du partage de données.

 

Le Tech Sovereignty Package marque un vrai tournant : l'open source européen est enfin reconnu comme levier de souveraineté, avec des engagements concrets sur les communs numériques, les catalogues de solutions souveraines, la gouvernance UE des infrastructures critiques. C'est une base politique solide.

 

Le problème : les data spaces n'existent pas dans ce texte

 

Les cinq objectifs du package - alternatives UE, écosystèmes interconnectés, mutualisation, catalogue open source, communs sous gouvernance européenne - sont exactement ce que les data spaces sont censés délivrer. Le CADA décrit la mise en place de mécanismes pour rassembler des données via un intermédiaire neutre. Et pourtant le mot "data space" n'apparaît pas une seule fois dans 29 pages sur la souveraineté technologique européenne.

 

Ce n'est pas une omission marginale. Plus d'un milliard d'euros ont déjà été investis dans les Common European Data Spaces. Plus de 150 organisations opèrent aujourd'hui sur des infrastructures open source européennes (Prometheus-X, FIWARE) qui convergent autour du Data Space Interoperability Framework (DSIF). Ces déploiements existent, fonctionnent en production, et respectent les valeurs et réglementations européennes.

 

Trois incohérences concrètes

- Le Digital Omnibus, publié en parallèle, rend optionnelles les obligations d'interopérabilité du DGA pour les intermédiaires de données (détricotant précisément les leviers juridiques qui forceraient la convergence des data spaces).

- L'EDIC Digital Commons, lancé par la France, l'Allemagne, l'Italie et les Pays-Bas, est limité aux outils collaboratifs. Les data spaces constituent l'expression la plus avancée des communs numériques européens, mais n'en font pas partie.

- La gouvernance des standards data space dérive vers la Eclipse Foundation, sous le contrôle de Google, Microsoft, Oracle et HUAWEI, alimente directement les travaux CEN-CENELEC et ISO. La Commission appelle à renforcer la présence UE dans la gouvernance des standards : c'est précisément ici que ça se joue.

 

Trois ajustements, pas de nouveaux budgets

- Premièrement, ancrer la gouvernance du DSIF dans une structure européenne (dans l'esprit de l'organisation de stewardship des infrastructures publiques numériques proposée par la Communication elle-même) portée par les acteurs industriels des data spaces.

- Deuxièmement, étendre le mandat de l'EDIC Digital Commons aux infrastructures d'interopérabilité des data spaces.

- Troisièmement, maintenir l’obligation du statut d’intermédiaire de données et d'interopérabilité du DGA dans le Digital Omnibus.

 


L'enjeu

 

Comme le formule le rapport du think tank Digital New Deal publié cette semaine : « L’Europe dispose déjà des règles et des briques fondamentales. Le choix qui se présente désormais est de savoir si elle restera une puissance de régulation ou si elle deviendra une puissance d’implémentation. »

 

Les décisions d'investissement se prennent maintenant. Sans reconnaissance explicite des data spaces dans cette stratégie, la Commission aura financé leur développement tout en laissant leur gouvernance dériver vers des acteurs non européens.

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