Par
Philippe Crevel Directeur du Cercle de l’Épargne
Au milieu du mois de
juillet prochain, le nouveau gouverneur de la Banque de France, qui devrait
être, sous réserve de confirmation, Emmanuel Moulin, devra faire sa
recommandation pour le taux du Livret A/LDDS et celui du Livret d’Épargne
Populaire. Cette annonce sera d’autant plus attendue que, depuis la dernière
fixation, le 1er février dernier, l’inflation est repartie à la hausse. Le taux
actuel de 1,5 % pourrait être ainsi revu à la hausse.
L’application de la
formule : un taux du Livret A à 1,8 % ?
Selon la formule du
Livret A, en vigueur depuis 2021, le rendement de ce dernier est égal à la
moyenne de l’inflation hors tabac du semestre précédent en rythme annuel et du
taux moyen ester durant la même période, divisée par deux.
L’inflation a été basse en janvier et février, à respectivement 0,3 % et 0,9 %. Elle n’a commencé à augmenter qu’en mars (+1,7 %) et en avril (+2,2 %). Elle pourrait se situer autour de 3 % en mai et
en juin.
Le taux moyen
d’inflation se situerait, au cours du premier semestre, autour de 1,8 %. De son
côté, le taux ester, au cours des quatre premiers mois, s’élevait à 1,9 %. Un
relèvement des taux directeurs de la BCE ne l’affecterait que pour le mois de
juin, la décision intervenant lors de la réunion du comité de politique
monétaire, fin mai. L’effet serait minime. Le taux moyen devrait donc se situer
sur le semestre autour de 1,93 à 1,98 %. La moyenne de ces deux taux devrait
donc se situer autour de 1,8 %.
Quelle sera la
recommandation du nouveau gouverneur de la Banque de France ?
À la mi-juillet, le
nouveau gouverneur de la Banque de France devra communiquer au ministre de
l’Économie ses propositions de taux. Néanmoins, en vertu de l’arrêté de 2021,
il peut proposer de déroger aux taux issus de la formule en cas de
circonstances exceptionnelles. De 2023 à 2025, la formule n’avait pas été
appliquée (revalorisation plus faible et gel). La fixation des taux pour le 1er
août sera d’autant plus scrutée qu’elle constituera l’une des premières actions
du nouveau gouverneur.
Économiquement, le
gouverneur pourrait estimer que la hausse des prix est purement conjoncturelle
et que, pour le moment, elle ne se diffuse pas. L’inflation générée par la
guerre au Moyen-Orient ne résulte, pour le moment, que de l’énergie, quand
celle liée à la guerre en Ukraine concernait également les produits agricoles
et certains produits industriels.
Si, en juillet, une
solution diplomatique est trouvée entre l’Iran et les États-Unis, une baisse du
cours du pétrole devrait rapidement intervenir et faire baisser la pression
inflationniste. Dans ce contexte, le gouverneur pourrait juger inutile de relever
le taux, sachant qu’en février 2027, à quelques semaines de l’élection
présidentielle, il sera plus difficile de le baisser.
En outre, une hausse du
taux du Livret A renchérirait le coût des crédits aux bailleurs sociaux au
moment où le gouvernement souhaite relancer la construction. Par ailleurs, une
hausse du taux du Livret A serait une incitation au relèvement des taux de crédit
des banques. Or, le gouvernement souhaite avant tout une reprise de
l’investissement et n’entend pas encourager l’épargne de précaution afin de ne
pas pénaliser la consommation.
Peu ou pas de
revalorisation du taux du Livret A et un taux du LEP à 3 %
La fixation du taux du
Livret A n’obéit pas qu’à des considérations économiques et financières ; elle
obéit également à des considérations éminemment politiques. Le gouvernement
devra tenir compte du contexte politique et social à la fin du premier semestre.
Si l’inflation accélère, autour de 3 %, et si le conflit au Moyen-Orient
perdure, il lui sera difficile de maintenir à 1,5 % le taux du Livret A. Il
pourrait être conduit à le relever à 1,8 %/2 %. Le nouveau gouverneur
souhaitera-t-il adopter une posture rigoureuse en ce début de mandat ou
privilégier le pouvoir d’achat des épargnants ?
Il pourrait certes faire une recommandation en distinguant le cas du Livret A de celui du LEP. Le taux du premier serait peu ou pas revalorisé quand celui du LEP serait augmenté, sachant qu’il est au moins égal à l’inflation ou à 0,5 point au-dessus du taux du Livret A si ce dernier taux est plus avantageux. Le taux du LEP pourrait ainsi passer à 3 %.


