L’analyse de Alexandre
Baradez, responsable de l’analyse marché chez IG France.
La très bonne saison
des résultats réalisée par les entreprises américaines semble être un
passe-droit absolu pour ne plus tenir des cours de l’énergie, des niveaux
d’inflation, et du niveau des taux obligataires.
« Je viens de lire la
réponse des soi-disant « représentants » de l’Iran. Je ne l’aime pas –
TOTALEMENT INACCEPTABLE ! ». Ce message de Donald Trump hier a pourtant à
peine fait réagir les Futures sur les indices américains alors qu’au même
moment, le pétrole WTI (échéance juin) faisait une nouvelle incursion au-delà
des 100$.
Des prix de l’énergie
qui tirent l’inflation et les taux à la hausse aux Etats-Unis. Les chiffres
d’inflation pour le mois d’avril seront communiqués demain Outre-Atlantique et
le consensus table sur une progression de 3.7% pour l’inflation globale, c’est-à-dire
la plus forte hausse des prix depuis septembre 2023, en donnée annuelle.
L’inflation sous-jacente (« core CPI ») est également attendue en hausse à
2.7%.
C’est-à-dire un rythme
de progression incompatible avec une reprise des baisses de taux de la Réserve
Fédérale. Les probabilités pour une nouvelle baisse de taux de la Fed cette
année sont actuellement de…6% seulement. Si l’on regarde le positionnement actuel
des Futures sur les Fed Funds, les probabilités pour que les taux restent
inchangés lors de la réunion de décembre sont de 73% ! Et les probabilités pour
que la Fed relève ses taux d’ici décembre sont de 22%. Alors oui, ces
probabilités peuvent très vite changer si la situation s’améliore sur le front
géopolitique…mais pour l’instant ce n’est pas le cas.
Cet environnement de
taux élevés aux Etats-Unis maintient également la pression sur le secteur du
crédit privé, un secteur dont on parle moins ces dernières semaines en raison
de l’actualité géopolitique.
Et ces taux élevés
ainsi que l’inflation maintiennent également la pression sur une grande partie
des consommateurs américains : l’indice de confiance des consommateurs mesuré
par l’Université du Michigan est tombé à 48.2 ce mois-ci…ce qui est tout simplement
son plus bas niveau historique !
Alors on peut se
rassurer en disant que la consommation américaine est résiliente mais la
contribution de la consommation à la croissance du PIB réel ralentit depuis le
pic du T3 2025 (+2.23 pp en T3 2025 puis 1.30 pp au T4 2025 et enfin 1.08 pp au
T1 2026). Les chiffres pour le premier trimestre sont d’autant plus mitigés que
les consommateurs américains ont bénéficié de remboursement d’impôts plus
élevés que les années précédentes. Ces remboursements qui sont arrivés sur les
comptes bancaires des Américains entre février et mars, n’ont pas généré de
boost particulier de la consommation.
C’est pour toutes ces raisons que l’ampleur du rallye sur les marchés actions américains, même si la saison des résultats a été très bonne, semble exagérée à ce stade. L’indice de volatilité du SP500 (le VIX) est tombé la semaine à 16, ce qui est non seulement un niveau faible, mais c’est également son plus bas niveau depuis début février, c’est-à-dire avant même que ne débute la guerre en Iran !


