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[Tribune] Les conflits globaux constituent des menaces cybernétiques pour les entreprises

L'Association of Corporate Counsel souligne que les conflits géopolitiques s'étendent au cyberespace et exposent les entreprises privées à des cybermenaces croissants.

 

Alors que les tensions géopolitiques s'intensifient à l'échelle mondiale, les entreprises devraient considérer l'escalade militaire et les conflits diplomatiques comme des facteurs susceptibles de déclencher des risques cybernétiques, selon une nouvelle analyse publiée par l'Association of Corporate Counsel.

 

Cette analyse, rédigée par Robert Kang, professeur associé d'ingénierie et de droit à l'Université de Californie du Sud et à la Loyola Law School, examine comment les confrontations géopolitiques modernes s'étendent de plus en plus au-delà des champs de bataille traditionnels pour s'étendre au cyberespace, exposant ainsi les entreprises privées, les instituts de recherche et les opérateurs d'infrastructures à des cyberattaques de représailles.

 

« Les conflits géopolitiques ne se limitent plus aux champs de bataille physiques, écrit M. Kang. Ils s'étendent de plus en plus au cyberespace, affectant les entreprises civiles et les institutions publiques à travers le monde. »

 

Les événements récents impliquant les États-Unis, Israël et l'Iran illustrent cette tendance. À la suite de frappes militaires ou d'une escalade des sanctions, les organisations signalent fréquemment des pics d'activité cybermalveillante, allant des campagnes de collecte d'identifiants aux attaques par déni de service distribué, en passant par la reconnaissance de réseaux.

 

Si ces événements trouvent leur origine dans des conflits régionaux spécifiques, la dynamique sous-jacente est mondiale. Les organisations européennes ont également été confrontées à des répercussions de cyberactivités liées à des tensions géopolitiques, notamment des opérations associées à la guerre en Ukraine et à la concurrence stratégique plus large entre États-nations. Des autorités telles que l’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité ont averti que l’instabilité géopolitique risque d’entraîner une recrudescence des cyberopérations menées par des acteurs liés à des États.

 

Cette menace s'est déjà concrétisée sur le sol européen et continue de le faire. La semaine dernière, le site de Cork de la société de technologie médicale Stryker a été touché par une cyberattaque visant les activités mondiales de l'entreprise. Handala, un groupe de pirates informatiques lié à l'Iran, a revendiqué cette attaque. En 2022, l'Iran a mené une cyberattaque destructrice contre le gouvernement albanais qui a considérablement perturbé les services publics et entraîné la rupture des relations diplomatiques. Cette attaque est largement considérée comme une riposte à l'accueil par l'Albanie d'un groupe dissident iranien.

 

Selon l'analyse de Kang, les organisations opérant dans les secteurs gouvernementaux et des infrastructures critiques, notamment l'énergie, les télécommunications et les services financiers, sont particulièrement exposées en période d'escalade géopolitique. Les partenaires de la chaîne d'approvisionnement et les instituts de recherche peuvent également devenir des cibles, soit pour la collecte de renseignements stratégiques, soit comme points d'entrée indirects vers des réseaux plus vastes.

 

Les cyberactivités liées aux tensions géopolitiques constituent rarement des perturbations fortuites. Elles servent au contraire de plus en plus souvent d’outil stratégique permettant aux États d’exercer des pressions, de riposter ou de recueillir des renseignements sans en venir à une confrontation militaire conventionnelle. Ces opérations peuvent inclure le vol d’identifiants, des campagnes de ransomware, la compromission de la chaîne d’approvisionnement et l’utilisation de logiciels malveillants destructeurs.


Dans certains cas, les attaquants infiltrent les réseaux des mois, voire des années à l'avance, et n'activent le code malveillant que lorsque les tensions géopolitiques s'intensifient. Dans le cas de l'Albanie, les attaquants ont conservé l'accès aux systèmes gouvernementaux pendant environ quatorze mois avant de mener l'attaque. Au-delà de l'Iran, M. Kang note que la Russie et la Chine ont également été associées à des opérations cybernétiques à long terme ciblant les réseaux gouvernementaux et institutionnels, y compris ceux de l'UE.

 

La cybersécurité devient également un enjeu central de gouvernance au sein des entreprises. Selon le rapport « State of Cybersecurity » de l'Association of Corporate Counsel, 84 % des entreprises confient désormais à leur directeur juridique un rôle clé dans la stratégie de cybersécurité de l'organisation, ce qui reflète la manière dont le risque cybercriminalité recoupe de plus en plus la prise de décision juridique, réglementaire et opérationnelle.

 

L'analyse invite les entreprises à aligner davantage leur planification en matière de cybersécurité sur les évaluations des risques géopolitiques. Les organisations doivent s'assurer de disposer de systèmes de surveillance adéquats, de maintenir des procédures claires de réponse aux incidents et de renforcer les mesures de protection de l'identité, telles que l'authentification multifactorielle. Au niveau de l'entreprise, ces mesures doivent être intégrées dans des processus de gestion des risques permettant à la direction générale et aux conseils d'administration de garder une bonne visibilité sur l'évolution des menaces et d'exercer une surveillance proportionnée.

 

Les cadres réglementaires européens, tels que la directive NIS2, renforcent également les attentes en matière de supervision de la préparation à la cybersécurité au niveau du conseil d'administration, faisant ainsi de la cyber-résilience une priorité de gouvernance encore plus importante pour les dirigeants d'entreprise.

 

« Les périodes d'escalade géopolitique ne sont pas seulement des moments de danger, note M. Kang.  Ce sont des moments de décision pour les dirigeants d'entreprise. »

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