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[Expertises] Générations Futures demande des comptes au Premier ministre face au nouveau report de la redevance « pollueur-payeur »

Générations Futures a adressé un courrier* à Monsieur Sébastien Lecornu, Premier ministre, pour exiger des explications et des mesures concrètes après le nouveau report de la redevance sur les rejets de PFAS, révélé le 13 avril par l’enquête de la cellule investigation de Radio France (« Halte au feu : comment Matignon a repoussé la taxe PFAS au bénéfice de l’industrie chimique »).

 

PFAS : Une loi votée, mais son application sans cesse repoussée

 

Adoptée à une large majorité par le Parlement le 27 février 2025 (loi n° 2025-188), cette loi visait à appliquer enfin le principe constitutionnel du pollueur-payeur aux substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), polluants éternels extrêmement persistants et toxiques. Son dispositif central – une redevance de 100 euros par 100 grammes de PFAS rejetés dans l’eau – devait faire contribuer les industriels aux coûts colossaux de dépollution supportés par les collectivités et les usagers.

 

Après un renvoi par le gouvernement au projet de loi de finances (PLF) 2026, l’Assemblée nationale a confirmé sa volonté de voir cette redevance entrer en vigueur dès la promulgation du PLF et la date du

1er mars 2026 est finalement inscrite dans la loi de finance promulguée le 19 février 2026.

 

Matignon arbitre en faveur de l'industrie, contre l'avis du ministère de l'Écologie

 

Pourtant, selon l’enquête publiée ce 13/04, Matignon a arbitré, à la demande de Bercy, en faveur d’un report au 1er septembre 2026, malgré l’opposition du ministère de la Transition écologique qui plaidait pour une mise en œuvre au plus tard le 1er avril 2026. D’après les informations de Radio France, ce délai supplémentaire permettrait à l’industrie chimique d’économiser au moins 15 millions d’euros, au détriment des finances publiques et de la dépollution des eaux.

 

Ce chiffre est probablement très sous-estimé au regard de ce qu’aurait pu rapporter la redevance si elle avait été mise en place dès 2025. Nous rappelons notamment que la plateforme chimique de Saint-Aubin-lès-Elbeuf (BASF) a rejeté, en une seule journée en mai 2024, 87 kg de TFA directement dans la Seine – rejets qui ne seront jamais taxés en raison des retards successifs. Rien que la redevance payée par BASF aurait ainsi pu rapporter plus de 31 millions d’euros selon nos calculs.

 

Le report de la redevance PFAS : une prime à ceux qui polluent

 

Le coût que devra payer BASF, et les autres super émetteurs de TFA, sera bien moindre, BASF ayant réussi à baisser ses émissions de 85% en 2025 par rapport à 2024 d’après un arrêté préfectoral daté du 05/12/2025. Quant à Finorga, les rejets aqueux ayant été suspendus par arrêté préfectoral en juillet 2025, la redevance devrait être quasi nulle alors que des rejets de plus de 2 kg/j avaient été identifiés en 2024, comme nous le révélions en avril 2025. Ainsi, retarder l’application de la redevance, laisse le temps aux entreprises de mettre en place les techniques nécessaires pour réduire leur rejet et avoir à payer le moins possible. Si ces baisses d’émissions sont évidemment une bonne nouvelle et nécessaires, elles démontrent également qu’il est tout à fait possible de moins polluer et posent par conséquent une question : pourquoi ne pas avoir mis en place ces techniques permettant de limiter les rejets plus tôt ?!

 

Dans notre courrier nous dénonçons une forme d’impunité accordée aux pollueurs pour leurs rejets passés alors que les coûts, eux, restent bien réels : le Forever Pollution Project évalue à plus de

100 milliards d’euros par an le coût de la décontamination des eaux en Europe. Des communes ferment déjà leurs captages d’eau potable, obligeant les habitants à acheter de l’eau en bouteille tandis que les pollueurs continuent leurs activités sans contribuer à la réparation.

 

Nous demandons donc au Premier ministre :

•   La confirmation et justification du report inacceptable au 1er septembre 2026, alors que la date du

1er mars était inscrite dans la loi de finances ;

•   Les mesures envisagées pour faire payer les industriels pour la pollution passée accumulée ;

•   Le calendrier de publication du décret listant les substances soumises à redevance et de mise en place d'une surveillance des émissions ;

•   La publication du plan d’action interministériel pour le financement de la dépollution, pourtant prévu avant le 27 février 2026 et déjà en retard.

 

Selon François Veillerette, porte-parole de Générations Futures : « Ce nouveau report décidé par Matignon est inacceptable. Il offre un cadeau fiscal de plusieurs millions d’euros aux industriels responsables de la contamination éternelle de nos rivières et de nos nappes phréatiques.

Les citoyens paient déjà deux fois : sur leur facture d’eau et dans leur santé. Il est temps que le gouvernement fasse respecter la volonté du Parlement et applique réellement le principe pollueur-payeur. Nous attendons des réponses claires et rapides du Premier ministre. La santé des générations futures ne peut plus être sacrifiée au profit de l’industrie chimique. »

 

*Notre courrier au Premier ministre
https://www.generations-futures.fr/wp-content/uploads/2026/04/lettre-de-generations-futures-sur-la-redevance-pfas.pdf

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