Alors que les volumes de transactions repartent nettement en ce début d’année 2026 et que les conditions de financement se stabilisent, le marché immobilier amorce une sortie progressive de la phase d’attentisme, dans un contexte économique et géopolitique qui continue d’entretenir une certaine prudence des ménages.
À partir des données de transactions observées au premier trimestre 2026 et des retours de plus de 8 500 agences indépendantes via l’Observatoire Interkab, cette nouvelle édition met en évidence une reprise bien réelle, mais encore incomplète, dans un marché dont les équilibres se redéfinissent.
Une reprise visible, mais encore freinée dans sa concrétisation
Le redémarrage du marché ne fait plus de doute. Au premier trimestre
2026, 48 872 compromis ont été signés, en hausse de +36 % par rapport au
trimestre précédent et de +98 % par rapport au premier trimestre 2025. Les
délais de vente reculent de 34 jours sur un an pour s’établir à 107 jours en
moyenne, tandis que les prix se stabilisent à l’échelle nationale (-1 % sur un
an).
Le volume de biens disponibles progresse légèrement (+3 %), contribuant
à redonner de la fluidité au marché, tandis que les marges de négociation
restent contenues autour de -5,3 %, signe d’un rééquilibrage progressif.
Pour autant, cette reprise reste partielle. Le taux de casse des
compromis atteint 20,5 %, en hausse par rapport au trimestre précédent, signe
que les transactions engagées ne vont pas encore toutes à leur terme.
Selon Olivier Bugette, CEO La Boîte Immo : “Le marché redémarre, mais il ne redevient pas fluide pour autant. On a
plus de projets, mais aussi plus d’échecs. C’est le signe d’un marché qui
repart, sans être encore stabilisé.”
Un décalage persistant entre les indicateurs et le ressenti du terrain
Si les données traduisent une amélioration nette de l’activité, les
professionnels restent plus mesurés dans leur lecture du marché.
● 58 % des agents estiment que la stabilité des taux ne déclenche pas
encore les projets
● 62 % ne constatent pas de retour durable des primo-accédants
● 82 % n’observent pas de reprise marquée sur les biens énergivores
Le marché apparaît ainsi engagé dans une phase de transition, où la
dynamique des chiffres précède celle de la confiance.
Biens énergivores : un marché qui se transforme sans encore se
normaliser
Le segment des biens classés F et G illustre particulièrement cette
phase d’ajustement.
Les compromis progressent de +35 % par rapport au trimestre précédent et
de +41 % sur un an, tandis que leur part dans le stock recule à 7 %, son niveau
le plus bas depuis deux ans.
Dans le même temps, une large majorité de professionnels ne perçoit pas encore cette évolution.
“On est en train de changer de logique sur ces biens. Ils ne
disparaissent pas du marché, mais ils deviennent plus techniques, plus
négociés. C’est un marché qui redémarre, mais selon de nouvelles règles.” Olivier Bugette
Un marché moins contraint par le crédit, mais plus exigeant sur la
solvabilité
La stabilisation des taux d’intérêt a permis de recréer des capacités
d’emprunt et de relancer une partie des projets immobiliers.
Mais le frein principal s’est déplacé. Ce n’est plus tant l’accès au
crédit qui limite le marché, que la capacité des ménages à absorber les niveaux
de prix.
“Le crédit n’est plus le principal verrou. Le vrai sujet aujourd’hui,
c’est la solvabilité. Les acheteurs sont là, mais ils arbitrent davantage, ce
qui rend le marché plus exigeant et plus sélectif.” Olivier Bugette
Une reprise généralisée, mais des dynamiques locales contrastées
La progression des volumes concerne l’ensemble des régions, avec des hausses comprises entre
+34 % et +39 % sur un trimestre.
Pour autant, les dynamiques restent différenciées selon les territoires,
notamment sur les délais de vente, qui peuvent évoluer de manière contrastée à
court terme malgré une amélioration sur un an.
Le marché redevient lisible à l’échelle nationale, mais reste
profondément local dans ses rythmes et ses équilibres.
Investissement locatif : un marché en attente de nouveaux repères
Le segment de l’investissement locatif reste en phase de redéfinition.
● 52 % des agents constatent un
ralentissement depuis la fin du dispositif Pinel
● 56 % considèrent l’encadrement
des loyers comme un frein
● 73 % ne jugent pas le
dispositif Jeanbrun suffisamment efficace à court terme
Dans ce contexte, le marché peine encore à retrouver un cadre lisible
pour les investisseurs.
Au-delà de la reprise, une transformation structurelle du métier
Si le redémarrage du marché constitue un signal important, il ne
constitue pas le principal basculement observé.
L’essor de la data, l’automatisation des usages et l’intégration
progressive de l’intelligence artificielle transforment en profondeur le métier
d’agent immobilier.
“Le printemps du marché est conjoncturel. La transformation du métier,
elle, est structurelle. La capacité à exploiter la donnée devient un facteur
clé de performance et de différenciation.”
Olivier Bugette.
Les données du premier trimestre 2026 confirment que le marché
immobilier n’est plus à l’arrêt. Mais elles montrent également que le
redémarrage ne s’accompagne pas d’un retour aux équilibres passés.
Le marché entre dans une nouvelle phase : plus active, mais aussi plus exigeante, où la reprise se construit progressivement, dans un environnement durablement transformé.


