Quand le climat assèche les ressources, les
inégalités se creusent : femmes et enfants en première ligne.
À l’occasion de la
Journée mondiale de l'eau 2026, placée cette année sous le thème « Where water
flows, equality grows », World Vision France alerte sur une réalité trop
souvent sous-estimée : la crise mondiale de l’eau dépasse les enjeux
environnementaux et infrastructurels. Elle est aujourd’hui l’un des moteurs les
plus puissants des inégalités contemporaines, et ces inégalités ont un visage :
celui des femmes et des enfants.
Alors que la communauté
internationale s’est engagée, à travers l’Objectif de développement durable
n°6, à garantir l’accès universel à l’eau et à l’assainissement d’ici 2030, les
progrès restent insuffisants. Selon les Nations unies, 2,2 milliards de personnes
vivent encore sans accès à une eau potable gérée en toute sécurité. Parmi
elles, des millions d’enfants grandissent en buvant une eau contaminée, source
de maladies évitables et parfois mortelles. L’eau, ressource vitale, devient
sous l’effet du dérèglement climatique un facteur d’instabilité, de précarité
et d’exclusion.
L’eau, premier vecteur
de la crise climatique
Partout sur la planète,
la crise climatique se manifeste d’abord par l’eau : trop abondante lors
d’inondations dévastatrices, trop rare lors de sécheresses prolongées, ou trop
polluée pour être consommée sans danger. L’augmentation des températures accélère
l’évaporation, modifie les cycles hydrologiques et perturbe les régimes de
précipitations. Les événements météorologiques extrêmes se multiplient et
s’intensifient.
En Asie de l’Est,
région particulièrement exposée, ces bouleversements redessinent déjà les
équilibres sociaux et économiques. Des deltas fertiles voient leurs nappes
phréatiques envahies par l’eau salée en raison de la montée du niveau de la
mer. Des villes en expansion rapide doivent faire face à des réseaux
d’assainissement saturés lors de pluies torrentielles. Des zones rurales,
dépendantes de systèmes communautaires fragiles, connaissent des pénuries d’eau
malgré des cumuls annuels de pluie parfois supérieurs à la moyenne historique.
Cette apparente
contradiction constitue ce que les experts appellent désormais le « paradoxe
hydrique » : un territoire peut recevoir beaucoup de pluie sur une courte
période tout en souffrant d’insécurité hydrique chronique. Des saisons des
pluies plus courtes mais plus intenses provoquent des inondations destructrices
plutôt que de recharger durablement les nappes souterraines. Des périodes de
sécheresse plus longues épuisent les réserves disponibles.
Les enfants au cœur
d’une urgence silencieuse
Derrière ces données
techniques se cachent des millions de familles dans le plus grand désarroi. En
Asie de l’Est, 24 millions d’enfants vulnérables n’ont toujours pas accès à une
eau potable gérée en toute sécurité. À l’échelle mondiale, l’eau insalubre et
l’absence d’assainissement figurent parmi les principales causes de maladies
diarrhéiques et de mortalité infantile.
Lorsque les inondations
contaminent les puits ou submergent les latrines, les maladies hydriques se
propagent rapidement. Lorsque la sécheresse assèche les points d’eau, les
familles réduisent leur consommation, compromettant l’hygiène, la nutrition et
la santé. Lorsque les infrastructures sont endommagées par un typhon ou une
crue, les écoles ferment.
Le fardeau invisible
des femmes et des filles
La crise de l’eau
n’affecte pas tout le monde de la même manière. Elle suit et renforce les
lignes de fracture existantes. À l’échelle mondiale, dans 7 foyers sur 10
dépourvus d’eau à domicile, la responsabilité de la collecte incombe aux femmes
et aux filles.
Lorsque les sources se
raréfient, les distances s’allongent. Chaque heure consacrée à la recherche
d’eau est une heure de moins passée sur les bancs de l’école. Ce « fardeau du
temps » agit comme un impôt invisible, perpétuant les inégalités de genre, de
génération en génération. À cela s’ajoutent des risques accrus de violences et
de harcèlement lors de trajets vers des points d’eau isolés, notamment dans les
contextes fragiles. Porter des charges lourdes sur de longues distances
entraîne également des conséquences physiques durables.
Comme le rappelle
Alexander Pandian, Conseiller régional WASH (Eau, Hygiène et Assainissement)
pour World Vision en Asie de l’Est : « Le changement climatique n’est pas neutre du
point de vue du genre. Il amplifie les inégalités préexistantes. Là où les
systèmes d’eau échouent, ce sont les femmes et les filles qui absorbent le choc
en silence. »
Le thème 2026 de la
Journée mondiale de l’eau rappelle une évidence trop souvent négligée :
l’égalité ne pourra progresser sans une gouvernance de l’eau inclusive. Les
femmes doivent disposer d’une voix égale dans les décisions concernant la
gestion, la planification et le financement des ressources hydriques.
L’engagement de World
Vision pour l’accès universel à l’eau
Présente dans près de 100 pays, World Vision est aujourd’hui le premier fournisseur non gouvernemental d’eau potable dans les pays en développement. Depuis 2016, l’organisation a permis à plus de
30 millions de personnes d’accéder à une eau
potable propre et durable.
Son action en matière
de WASH combine infrastructures et transformation sociale : forage et
réhabilitation de points d’eau, systèmes d’adduction, construction de latrines
familiales et scolaires, promotion du lavage des mains, formation de comités
locaux de gestion incluant les femmes, et adaptation des installations aux
chocs climatiques.
En Asie de l’Est comme
en Afrique subsaharienne, les programmes ciblent prioritairement les villages
reculés, là où l’impact du dérèglement climatique accentue les inégalités.
L’objectif est clair : garantir des systèmes d’eau résilients, équitables et durables,
afin que l’accès d’un enfant à l’eau ne dépende ni d’une sécheresse, ni d’une
inondation
Un appel à la
responsabilité collective
En cette Journée
mondiale de l'eau 2026, World Vision France appelle les gouvernements, les
bailleurs internationaux, les acteurs du secteur privé et la société civile à
faire de la sécurité hydrique une priorité stratégique d’adaptation climatique.
L’eau doit être
reconnue comme un droit fondamental et un levier puissant d’égalité.
Là où l’eau circule de
manière sûre et durable, les filles restent à l’école, les femmes accèdent à
l’emploi, les communautés se stabilisent et les économies prospèrent.
L’accès à l’eau d’un enfant ne doit jamais dépendre de la dernière catastrophe climatique.


