Selon Nicolas Jeffs*, Spécialiste Immobilier, le
Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) devait être un simple outil
d’information au service des acheteurs et des locataires. Il est devenu, au fil
des réformes, un puissant instrument de sélection, voire d’exclusion, du parc
immobilier.
Depuis le 1er janvier
2025, les logements classés G sont interdits à la location. Derrière cette
décision apparemment technique se cache une réalité brutale : une dépréciation
pouvant atteindre 20% à la vente et près de 1,5 million de biens directement
fragilisés. Des propriétaires ont été contraints de vendre dans l’urgence,
d’autres de lancer des travaux coûteux sans visibilité claire, beaucoup ont
simplement subi une règle imposée sans accompagnement à la hauteur.
Face au risque de
pénurie locative, l’État a finalement ajusté la méthode de calcul du DPE pour
permettre à certains logements de repasser en catégorie F. Mais ces
aménagements sont arrivés trop tard : ceux qui avaient anticipé ont payé le
prix fort, tandis que les règles évoluaient en cours de route.
Ce scénario pourrait se répéter, à une échelle bien plus massive, en janvier 2028, date à laquelle les logements classés F seront à leur tour interdits à la location. Cette fois, ce ne sont plus 1,5 million, mais
4 à 5 millions de logements qui sont concernés.
Allons-nous vraiment accepter un retrait aussi massif du parc locatif ? Ou
serons-nous, comme pour les G, contraints de corriger la trajectoire dans
l’urgence ?
Le DPE n’est pas une
mesure isolée. Il s’inscrit dans un environnement immobilier de plus en plus
contraint : encadrement des loyers, instabilité fiscale, multiplication des
normes, complexification juridique. À force de légiférer sans vision globale ni
capacité opérationnelle à rénover à grande échelle, nous fragilisons
durablement le marché du logement.
L’expérience des
logements G est éclairante : quand la réalité économique rattrape la loi, on
ajuste. Mais toujours trop tard, et trop souvent au détriment des propriétaires
comme des locataires.
Il est encore temps de
changer de cap. Plutôt que d’interdire, il faut accompagner. Plutôt que de
sanctionner, il faut inciter. Cela suppose un calendrier réaliste, des aides
réellement accessibles et une politique de rénovation cohérente avec les capacités
du marché.
Car la question n’est
plus seulement écologique : elle est devenue sociale, économique et politique.
Elle engage notre capacité collective à loger dignement les Français.
Faute de quoi, janvier 2028 ne sera pas seulement une échéance réglementaire : ce sera le moment où l’on aura organisé, par la loi, une crise du logement évitable.
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* Nicolas Jeffs : Spécialiste immobilier, expert immobilier, expert bâtiment, diagnostiqueur et auditeur énergétique, Nicolas Jeffs est également créateur de contenus et analyste indépendant du marché immobilier. Il décrypte l’actualité immobilière, économique et réglementaire en reliant les décisions publiques à leurs effets concrets sur le terrain.


