Connexion
/ Inscription
Mon espace
Tribunes & Témoignages
ABONNÉS
Partager par Linked-In
Partager par Xing
Partager par Facebook
Partager par email
Suivez-nous sur feedly

[Tribune] Janvier 2028 : la bombe à retardement du DPE

Selon Nicolas Jeffs*, Spécialiste Immobilier, le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) devait être un simple outil d’information au service des acheteurs et des locataires. Il est devenu, au fil des réformes, un puissant instrument de sélection, voire d’exclusion, du parc immobilier.

 

Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G sont interdits à la location. Derrière cette décision apparemment technique se cache une réalité brutale : une dépréciation pouvant atteindre 20% à la vente et près de 1,5 million de biens directement fragilisés. Des propriétaires ont été contraints de vendre dans l’urgence, d’autres de lancer des travaux coûteux sans visibilité claire, beaucoup ont simplement subi une règle imposée sans accompagnement à la hauteur.

 

Face au risque de pénurie locative, l’État a finalement ajusté la méthode de calcul du DPE pour permettre à certains logements de repasser en catégorie F. Mais ces aménagements sont arrivés trop tard : ceux qui avaient anticipé ont payé le prix fort, tandis que les règles évoluaient en cours de route.

 

Ce scénario pourrait se répéter, à une échelle bien plus massive, en janvier 2028, date à laquelle les logements classés F seront à leur tour interdits à la location. Cette fois, ce ne sont plus 1,5 million, mais

4 à 5 millions de logements qui sont concernés. Allons-nous vraiment accepter un retrait aussi massif du parc locatif ? Ou serons-nous, comme pour les G, contraints de corriger la trajectoire dans l’urgence ?

 

Le DPE n’est pas une mesure isolée. Il s’inscrit dans un environnement immobilier de plus en plus contraint : encadrement des loyers, instabilité fiscale, multiplication des normes, complexification juridique. À force de légiférer sans vision globale ni capacité opérationnelle à rénover à grande échelle, nous fragilisons durablement le marché du logement.

 

L’expérience des logements G est éclairante : quand la réalité économique rattrape la loi, on ajuste. Mais toujours trop tard, et trop souvent au détriment des propriétaires comme des locataires.

 

Il est encore temps de changer de cap. Plutôt que d’interdire, il faut accompagner. Plutôt que de sanctionner, il faut inciter. Cela suppose un calendrier réaliste, des aides réellement accessibles et une politique de rénovation cohérente avec les capacités du marché.

 

Car la question n’est plus seulement écologique : elle est devenue sociale, économique et politique. Elle engage notre capacité collective à loger dignement les Français.

 

Faute de quoi, janvier 2028 ne sera pas seulement une échéance réglementaire : ce sera le moment où l’on aura organisé, par la loi, une crise du logement évitable.


____________

 

* Nicolas Jeffs : Spécialiste immobilier, expert immobilier, expert bâtiment, diagnostiqueur et auditeur énergétique, Nicolas Jeffs est également créateur de contenus et analyste indépendant du marché immobilier. Il décrypte l’actualité immobilière, économique et réglementaire en reliant les décisions publiques à leurs effets concrets sur le terrain.

Lire la suite...


Articles en relation