Par Eric Houdet, Fondateur de Homapi
Nous sommes à un moment charnière du débat sur le logement en France : la lutte
contre les « passoires thermiques » n’est plus une abstraction technique, mais
une réalité qui transforme le quotidien des propriétaires et des locataires.
Aujourd’hui, c’est la question du gel des loyers pour les logements
classés DPE E qui doit mobiliser notre attention collective.
Les diagnostics de
performance énergétique (DPE) ne sont plus de simples codes alphabétiques
accrochés à une annonce : ils deviennent de véritables facteurs
économiques et climatiques. Conçus pour mesurer l’énergie consommée et l’impact
climatique d’un logement, ils guident désormais les choix du marché immobilier,
des locataires… et des pouvoirs publics.
Depuis août 2022, les
lois successives visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre ont
instauré un gel des loyers pour les logements les plus énergivores, avec
pour premiers concernés les classes
F et G. Cette mesure interdit toute augmentation
de loyer, qu’il s’agisse de révision annuelle, de relocation ou de
renouvellement, tant que le bien reste une passoire thermique.
Pour
l’instant, les logements classés DPE E ne sont pas encore soumis à
l’interdiction d’augmenter les loyers, mais la tendance réglementaire est
claire : l’objectif est d’éradiquer progressivement les logements énergivores
du parc locatif, la classe E devant être concernée dès 2034 par
l’interdiction de location.
Cette perspective, si
elle est justifiée par l’urgence climatique, pose une question fondamentale, comment concilier la transition énergétique avec la liberté de louer et
d’investir ?
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Pour
les locataires, un logement énergivore signifie souvent une facture énergétique
trop élevée, un confort thermique précaire, et un risque d’exclusion du marché
si la règlementation se durcit. Il est légitime de protéger les ménages contre
ces dérives.
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Pour
les propriétaires bailleurs, pourtant, c’est une tout autre réalité : beaucoup
ne sont pas des investisseurs professionnels mais des particuliers qui ont
acquis des biens anciens, parfois avec un effort financier considérable. Leur
patrimoine est aujourd’hui menacé non seulement par la baisse potentielle de
valeur d’un logement mal classé, mais aussi par l’impossibilité de compenser
les coûts des travaux nécessaires par une simple hausse de loyer.
La crispation autour du
gel des loyers pour les DPE E devrait nous rappeler une évidence : la
transition énergétique ne se fera que si elle est juste et incitative, et non
punitive et mécanique.
Il est impératif que
l’État renforce simultanément les dispositifs d’accompagnement des
propriétaires pour engager des rénovations profondes : aides financières
ciblées, simplification des démarches, soutien technique et fiscal, pas
seulement des interdictions. Car si les propriétaires ne peuvent pas investir
dans la rénovation, si les locataires ne peuvent pas payer des loyers décents
dans des logements confortables, alors la politique énergétique se retourne
contre ceux qu’elle prétend protéger.
La France doit viser
une trajectoire ambitieuse de réduction des
émissions, certes, mais sans sacrifier ni les locataires ni les
propriétaires dans un face-à-face stérile.
La performance
énergétique doit devenir une opportunité de valorisation du
patrimoine et de confort pour les habitants, pas seulement un seuil
réglementaire à franchir pour éviter une sanction.
Aujourd’hui, je lance
un appel à une nouvelle approche équilibrée : une politique
qui responsabilise sans exclure, qui incite sans pénaliser, et qui
rassemble plutôt que divise.
La question du gel des
loyers des logements classés DPE E ne peut pas être abordée uniquement sous
l’angle de la contrainte réglementaire : elle doit être pensée comme un levier
de transformation du parc immobilier français.
Nous ne réussirons la
transition énergétique du logement ni par la peur, ni par l’interdiction, ni
par l’appauvrissement des propriétaires ou la fragilisation des locataires.
Nous la réussirons par l’intelligence collective, l’innovation, l’accompagnement
et la responsabilisation de tous les acteurs.
Plutôt que d’opposer
écologie et pouvoir d’achat, plutôt que de dresser locataires contre
propriétaires, il est temps de bâtir un pacte de rénovation énergétique fondé
sur la confiance, la lisibilité des règles et un soutien réel aux acteurs de
terrain.
Le logement est un bien
essentiel. Il doit être à la fois confortable, accessible et durable. C’est
cette ambition que nous devons porter ensemble.
Le débat sur le DPE E et le gel des loyers n’est donc pas un simple débat technique : c’est un choix de société, et ce choix doit être celui d’une transition juste, pragmatique et résolument tournée vers l’avenir.


