Violences
au travail, burn-out féminin : au-delà des quotas, agir sur les causes
organisationnelles.
À l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, les entreprises publieront leurs engagements en faveur de l’égalité professionnelle et de la féminisation des instances dirigeantes.
Ces avancées sont nécessaires. Mais elles laissent largement intacte une question centrale :
pourquoi les femmes restent-elles davantage
exposées à la souffrance psychologique au travail ?
Le Baromètre OpinionWay
pour Ekilibre Conseil sur la santé et les conditions de travail (juin 2025)
indiquait que :
• 25% des salariés déclarent avoir subi des
violences au travail
• Parmi eux, 59% sont des femmes (contre 41%
des hommes)
• 62% des situations caractérisées de
harcèlement concernent des femmes
• 50% des femmes déclarent devoir « faire bonne
figure en toutes circonstances » (contre 39% des hommes)
Les données
épidémiologiques confirment que la souffrance psychique liée au travail touche
au moins 50% de femmes en plus que d’hommes. Pourtant, lorsque l’on compare des
femmes et des hommes exerçant le même métier, les écarts sur la plupart des
facteurs de risques psychosociaux deviennent faibles. La question n’est donc
probablement pas d’abord une différence entre les personnes. C’est une
différence d’exposition liée à la nature du travail.
Une surexposition aux
métiers relationnels
Les femmes sont aujourd’hui majoritairement présentes dans les métiers de relation, d’accompagnement et de coordination : relation client, enseignement, santé, ressources humaines, fonctions support.
Ces activités ont en commun une forte
interaction humaine, la gestion de tensions et une responsabilité vis-à-vis
d’autrui. Ces métiers exposent davantage aux risques psychosociaux, non parce
qu’ils seraient plus exigeants techniquement, mais parce qu’ils mobilisent en
permanence l’attention relationnelle, la régulation émotionnelle et
l’ajustement aux autres.
Les indicateurs
d’absentéisme confirment cette lecture. Selon l’INSEE et la DARES, les femmes
sont plus souvent absentes pour raisons de santé que les hommes, notamment dans
des secteurs fortement féminisés où l’exposition aux facteurs de risques
psychosociaux est élevée.
Par ailleurs, les
femmes assurent encore environ 70 % des tâches domestiques et parentales et
occupent l’essentiel des emplois à temps partiel. La soutenabilité du travail
dépend alors fortement de l’organisation concrète : horaires, prévisibilité,
interruptions, marges de manœuvre.
« Le burn-out féminin
n’est pas d’abord un sujet de femmes. C’est un sujet de travail. »
Briser le plafond de
verre est nécessaire, mais insuffisant. L’attention doit également porter sur
la soutenabilité du travail lui-même : répartition des contraintes,
reconnaissance du travail relationnel, régulation des tensions, articulation
réelle entre vie professionnelle et vie personnelle.
Conclusion de Jean-Christophe Villette, Directeur général, fondateur du cabinet Ekilire Conseil, vice-Président de la FIRPS, consultant expert risques psychosociaux et conditions de travail, psychologue du travail et des organisations, ingénieur en maîtrise des risques : « Ce n’est pas une opposition entre femmes et hommes. C’est une différence d’exposition liée à la nature des métiers et à l’organisation du travail. Faire progresser l’égalité professionnelle, c’est aussi agir sur les causes racines : prévenir les violences, reconnaître la charge émotionnelle, redonner des marges de manœuvre et concevoir un travail soutenable pour toutes ».


