L’analyse de Tra Tran,
enseignante-chercheuse et experte dans la stratégie de développement régional à
Audencia.
À l’approche des
élections municipales de 2026 qui auront lieu le 15 et 22 mars, le débat public
reste centré sur la gestion locale, la fiscalité ou les services du quotidien.
Pourtant, un enjeu plus structurant reste largement absent : la France gouverne-t-elle
encore à la bonne échelle ?
Avec 34 955 communes,
dont 84% comptent moins de 2 000 habitants, la France se distingue fortement de
ses voisins européens. La Cour des comptes évoque régulièrement un « trop grand
nombre de trop petites communes ». Pour autant, les expériences étrangères
montrent que les fusions administratives ne produisent pas automatiquement des
économies significatives ni une amélioration claire des services publics.
Pour Tra Tran, le vrai sujet n’est pas financier, mais stratégique : l’économie, l’emploi,
le logement et les mobilités ne s’organisent plus seulement à l’échelle
communale. « Les habitants vivent dans des bassins de vie ; les actifs
travaillent majoritairement hors de leur commune de résidence et les pratiques
sociales dépassent largement les frontières administratives. Autrement dit, les
décisions prises commune par commune produisent des effets systémiques à une
échelle plus large — sans toujours être pilotées comme telles », explique-t-elle.
La France dispose
pourtant déjà d’un levier institutionnel : les intercommunalités (EPCI),
généralisées depuis 2015. Elles couvrent mieux les bassins de vie et d’emploi.
Mais, comme le souligne la Cour des comptes, cette architecture demeure
complexe et peu lisible pour les citoyens. L’intercommunalité reste souvent
perçue comme un outil technique de mutualisation et de transfert de compétences
plutôt qu’un véritable niveau stratégique.
L’enjeu des municipales
pourrait donc être reformulé : comment transformer l’intercommunalité en
outil de pilotage stratégique des bassins de vie ?
Selon Tra Tran,
plusieurs pistes concrètes émergent :
• Identifier trois priorités stratégiques de
développement socio-économique au niveau de chaque EPCI, alignés entre les
communes, et en lien avec la stratégie régionale et nationale afin de préparer
le futur,
• Définir des objectifs et résultats clés
mesurables :
l’accès effectif aux services essentiels (logement, soin, éducation, etc.), la
taille effective du marché du travail (accès effectif à l’emploi), progression
de développement économique des secteurs prioritaires (investissement, emploi,
innovation),
• Mettre en place un tableau de bord public affichant les
résultats par commune, avec revue semestrielle et actions correctives.
À l’approche de 2026, ce déplacement du débat pourrait redéfinir les enjeux des élections municipales : non plus seulement gérer l’existant, mais organiser durablement le développement et la cohésion des territoires.


