A l’occasion de l’édition 2026 de son étude Global M&A
Industry Trends, PwC France et Maghreb livre une analyse de l’impact de l’IA
sur les transactions.
La dynamique observée
pour 2026 suggère que le marché mondial des fusions-acquisitions entre dans une
nouvelle phase. La hausse des méga-deals (opérations de plus de 5 milliards de
dollars) et des thématiques liées à l’IA, amorcée fin 2025, se poursuit en
2026, indiquant une transformation profonde du marché. La valeur des
transactions devrait maintenir son niveau élevé cette année, tandis que les
volumes demeureront modérés. Une situation qui confirme une évolution du marché
du M&A en forme de « K ». Par ailleurs, le super-cycle des dépenses
d’investissement pour l’IA pourrait freiner l’activité à court terme avant
d’alimenter un nouveau cycle d’innovation moteur de la prochaine vague de
transactions.
L’évolution du marché
des fusions-acquisitions en 2025
A l’échelle mondiale,
la valeur des transactions a augmenté de 36% entre 2024 et 2025, tandis que les
volumes n’ont progressé que de 1%. La croissance en valeur a été largement
tirée par la hausse des méga-deals, restant tout de même bien en deçà du record
de 2021.
Au niveau régional, une
grande partie des méga-deals est concentrée aux États-Unis. La valeur moyenne
des opérations en Amérique a augmenté de 55%, représentant 60% du total des
opérations mondiales. Les volumes ont reculé de 6% en glissement annuel,
l’incertitude macroéconomique et géopolitique continuant de peser sur la
confiance des investisseurs. En Asie-Pacifique, les valeurs des transactions
ont progressé de 10% et les volumes de 3%. La Chine, l’Inde, le Japon et la
Corée du Sud ont enregistré quant à eux une croissance de la valeur à deux
chiffres. Dans la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique), les volumes ont
augmenté de 6% et la valeur des transactions de 19%. Cette reprise de la valeur
a été principalement portée par les méga-deals, passés de 12 en 2024 à 20 en
2025.
Un marché des
fusions-acquisitions très polarisé
La hausse de la valeur
des transactions contraste avec la stagnation du volume, ce qui met en évidence
un marché polarisé, en forme de « K », où les secteurs évoluent désormais à des
vitesses très différentes : de grandes opérations stratégiques menées par des
acquéreurs disposant de ressources financières importantes dynamisent
l’activité, tandis que le reste du marché demeure affecté par des écarts de
valorisation, des risques d’exécution et des incertitudes persistantes.
Cette dynamique est
particulièrement visible dans le retour des méga-deals. En 2025, 111 opérations
de plus de 5 milliards de dollars ont été annoncées, une hausse de 76 % par
rapport aux 63 opérations de 2024. Bien qu’inférieur au pic de 147 opérations en
2021, ce retour en force des opérations de grande ampleur a suffi à soutenir la
valeur globale des opérations, indiquant une reprise du M&A tirée par le
haut du marché. L’augmentation générale de 36% de la valeur des
fusions-acquisitions en 2025 a été principalement portée par environ 600
opérations de plus d’1 milliard de dollars, soit seulement 1,6% de l’ensemble
des transactions. La valeur des 47 000 autres transactions est, quant à elle,
restée stable d’une année sur l’autre.
Cette courbe en K
redessine également la carte des opérations. En 2025, les États-Unis ont
représenté moins du quart des volumes mondiaux, mais 60% de la valeur globale,
reflétant ainsi la concentration des méga-deals, la profondeur des marchés de
capitaux et une confiance américaine plus affirmée. Si l’activité a progressé
de manière sélective en Inde, au Japon et au Moyen-Orient, la croissance transfrontalière
a été plus lente que celle de la valeur globale du marché.
Par ailleurs, les
dynamiques sectorielles renforcent cette polarisation du marché, avec une
activité de méga-deals de plus en plus concentrée dans un nombre restreint de
secteurs. La technologie demeure un pilier central, avec 26 opérations
annoncées en 2025, mais on assiste à l’émergence de mégadeals dans les secteurs
bancaires (13 opérations) et de l’industrie (11 opérations) entre autres. Par
ailleurs, les avancées dans les véhicules électriques et autonomes, ainsi que
le développement pharmaceutique, redéfinissent les dynamiques concurrentielles
et stimulent les opérations stratégiques.
Selon Martin Naquet-Radiguet, Associé Deals Clients & Markets chez PwC France et Maghreb :
« Aux prémices de 2026, le retour des mégadeals redonne de la visibilité et réinstalle la confiance sur le marché mondial des fusions acquisitions. La dynamique devrait s’intensifier à mesure que les écarts de valorisation se resserrent et que les taux s’orientent favorablement. Les acteurs qui avanceront avec détermination, plutôt que d’attendre des conditions parfaites, seront les mieux positionnés pour capter la valeur. Le contexte local offre moins de visibilité en France ».
L’IA, catalyseur des
transactions
L’IA se diffuse
rapidement dans tous les secteurs. Selon des estimations externes, entre 5 000
et 8 000 milliards de dollars pourraient être nécessaires au cours des cinq
prochaines années pour financer les technologies d’IA et les infrastructures
essentielles qui les accompagnent (data centers, puces, réseaux et nouvelles
capacités énergétiques). L’ampleur de ces investissements positionne l’IA comme
l’un des défis majeurs d’allocation de capital de la décennie. A titre de
comparaison, la valeur mondiale des fusions-acquisitions s’élevait à environ 3
500 milliards de dollars en 2025.
Le super-cycle
d’investissements nécessaire au développement des infrastructures et des
capacités de l’IA, estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars,
pourrait détourner des capitaux des fusions-acquisitions à court terme. Cette
vague de dépenses en est encore à ses débuts et continuera d’absorber des fonds
qui auraient pu être alloués à des acquisitions, d’autant que les hyperscalers,
gouvernements, fonds souverains et acteurs du Private Equity et de la dette
privée cherchent à investir massivement dans l’IA. Néanmoins, si la technologie
tient ses promesses en matière de productivité et de transformation cette vague
pourrait déclencher un puissant super-cycle d’innovation, capable de remodeler
les modèles économiques et d’accélérer le rythme du changement stratégique.
L’analyse des 100 plus
grandes transactions M&A en 2025 réalisée par PwC France et Maghreb révèle
qu’environ un tiers d’entre elles citaient l’IA comme élément de la
justification stratégique, preuve que l’IA façonne de plus en plus les
politiques d’investissements. Les secteurs de la technologie, de l’industrie et
de l’énergie sont ceux où l’IA est le plus souvent mentionnée, ce qui reflète à
la fois la demande pour des capacités habilitées par l’IA et l’ampleur des
investissements requis pour les soutenir.
Bien que des
investissements a posteriori peu rentables et une volatilité des valorisations
apparaissent comme inévitables, l’ampleur, la diversité et la pérennité des
investissements suggèrent que l’IA représente un virage structurel,
potentiellement la plus grande transformation technologique de notre époque.
Pour les acteurs des fusions-acquisitions, le message est déjà clair : l’IA
n’est plus un simple thème influençant la valorisation ou le déroulement des
processus. Elle transforme la stratégie, les décisions d’allocation du capital,
les dynamiques concurrentielles et la logique mêmes des opérations de M&A.
« En Europe comme ailleurs, l’IA transforme en profondeur l’exécution des deals et redéfinit les standards du marché. Les due diligence gagnent en précision et en portée, s’appuyant désormais sur des outils d’IA et de data analytics de plus en plus avancés pour traiter une donnée volumineuse et hétérogène et en extraire des insights pertinents et exploitables. Pour les acteurs du marché, l’enjeu est clair : se mettre en mouvement sans attendre », conclut Céline Appel, Associée Deals Leader, PwC France et Maghreb.


