2025 a connu un nouveau record de défaillances avec plus de 68 000 entreprises concernées.
Les secteurs du Bâtiment/construction, commerce de détail et de la restauration demeurent en forte difficulté. C’est aussi une année sans précédent en termes de radiations (+50%), alors même que la création d’entreprise bat son plein (+1,2 M). Si 2025 a été un point de stabilisation, voire d'inflexion, pour certains secteurs, d’autres sont à surveiller avec un indice de risque qui se détériore pour le transport, l’automobile et la chimie. Il s'agit alors de se saisir des leviers d'action existants pour permettre aux entreprises de rebondir.
C’est ce que dévoilent AU Group, leader du courtage et du conseil
spécialisé dans la gestion des risques de crédit & politiques et dans le
financement du BFR et EY-Parthenon, un des leaders mondiaux du conseil en
stratégie, dans l’édition 2026 de leur étude sur les défaillances d’entreprises
françaises.
2025, début de la décélération ?
Après 3 années de rattrapage post-Covid, l’année 2025 a vu les faillites
d’entreprises en France augmenter de 4% sur 12 mois glissants, avec 68 574
procédures collectives ouvertes, niveau le plus élevé depuis 35 ans alors que
la moyenne historique avant Covid était de 55 000.
Dans la continuité de 2024, certains secteurs sont plus fortement
impactés :
• Bâtiment / construction,
• Commerce de détail
(habillement, accessoires, ameublement),
• Restauration.
Les raisons de ces faillites sont devenues structurelles, amplifiées par
une conjoncture durablement défavorable. Marges faibles, forte dépendance à
certains clients ou au coût de l’énergie (qui s’envole), exposition à des taux
d’intérêt variables en hausse, ou endettement critique avant 2020 constituent
le terreau des défaillances. La pression sur la trésorerie est par ailleurs
accrue par les délais de paiement entre les entreprises qui s’allongent, le
retard moyen de paiement atteignant désormais 14 jours en France. Une situation
amplifiée par un contexte géopolitique et macro-économique instable et
anxiogène pour les dirigeants.
L’année 2025 se caractérise également par une augmentation d’ampleur exceptionnelle des radiations d’entreprises. Sur l’ensemble de l’exercice, 457 000 entreprises ont été radiées, soit une hausse de
50 % par rapport à 2024.
L’examen des motifs de radiation met en évidence une transformation profonde de
la nature des cessations d’activité. Elles correspondent à des décisions prises
par les dirigeants, souvent à l’issue de périodes prolongées de fragilité
économique ou face à des optiques de redressement inenvisageables. Mais ce
volume est à mettre en perspective avec la création d’entreprises qui atteint
des records : 1,2 millions créées en France en 2025 (2 fois plus qu’en 2015, et
20% de plus que la moyenne annuelle depuis 2021).
Néanmoins, le dernier trimestre 2025 a vu la tendance haussière des
défaillances ralentir en France : +1,7%, vs +10% au T4 2024 et+38% au T4 2023,
laissant entrapercevoir une stabilisation, voire une légère diminution, dès
2026.
La France, dont la situation a été jugée depuis 2021 comme préoccupante,
est aujourd’hui largement rattrapée par certains de ses voisins et partenaires
commerciaux européens : la Suisse (+40%), la Grèce (+40%), l’Italie (+35%) et
l’Allemagne (+11%) sont quelques exemples. A l’échelle mondiale, les faillites
sont restées stables ou en hausse dans 2 pays sur 3 (70 % du PIB mondial).
2026, l’année de la stabilisation des défaillances et de la vitalité
entrepreneuriale à consolider
Même s’il est toujours difficile de projeter les défaillances
d’entreprise tant leurs causes peuvent être multifactorielles, 2026 devrait
voir leur nombre se stabiliser aux environs de 65 000.
Le secteur du bâtiment et de la construction devrait retrouver des
couleurs, de premiers signaux positifs ont été identifiés au dernier trimestre
2025, avec une baisse de 8% des défaillances. Quant aux secteurs du
bricolage/équipement du foyer et de l'hôtellerie, l'année 2025 a été meilleure,
puisqu'ils affichent respectivement une baisse des défaillances de 13% et 19%.
Deux secteurs seront à surveiller avec attention, en France comme en Allemagne : l’automobile et la chimie. Sur l’automobile, les assureurs-crédit augmentent leur vigilance en raison de la pression commerciale chinoise forte avec son offre à bas prix sur fond de désaccords européens sur l’électrification. Cela pourrait impacter en premier lieu les sous-traitants dits de rang 3, plus fragiles.
C’est également la concurrence chinoise qui
pourrait encore fragiliser le secteur de la chimie à l’instar de Domo Chemicals
en Allemagne. Une concurrence qui accélère des situations déjà complexes :
niveaux d’endettement élevés, impact des tarifs douaniers et baisse du chiffre
d’affaires.
Tous secteurs confondus, le remboursement de la majorité des PGE (prêts
garantis par l’Etat mis en place lors de la crise sanitaire) qui doit
intervenir à l’été 2026 pourrait également précipiter la chute des entreprises
déjà fragiles.
La vitalité entrepreneuriale devrait demeurer en 2026, avec un phénomène de multiplication des microstructures, 70% des créateurs d’entreprise étant des auto-entrepreneurs. Ces structures sont particulièrement touchées par les faillites, 85% des entreprises défaillantes ayant moins de 5 salariés, et 95% réalisant moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Ces entreprises,
souvent moins armées face aux mutations sectorielles et technologiques, seront
en première ligne des risques de défaillance en 2026.
Le contexte politique français et macro-économique restant incertain,
les chefs d’entreprise devront malgré tout poursuivre leur trajectoire de
développement tout en ayant une préoccupation majeure pour leur trésorerie.
2026 pourrait alors marquer le passage d’une logique de résistance à une
trajectoire de création de valeur et être l’année du rebond pour les
entreprises qui auront su s’adapter, accompagner leurs équipes et rester
fidèles à leur ambition de croissance.
Deux leviers essentiels pour réussir à rebondir en 2026 :
- Les dirigeants doivent avoir une vision plus éclairée de leur
situation pour mettre en place les actions nécessaires au plus tôt : un
meilleur diagnostic, un pilotage plus fin de leur trésorerie pour permettre la
mise en place de solutions ad’ hoc au plus tôt, avant la survenance de
difficultés.
- Les dispositifs existants doivent être réajustés pour permettre aux
entreprises en difficultés de se relever. Aujourd'hui, la majorité des
procédures collectives sont des liquidations judiciaires immédiates, les
procédures de sauvegardes ne représentant que 2% des procédures totales.
Pascal Gounon, associé EY-Parthenon, leader Turnaround &
Restructuring Strategy déclare « Il est
essentiel de poser le bon diagnostic : problème de gouvernance, d’orientations
stratégiques, de sujets opérationnels ou financiers. Du côté des solutions en
capital, les fonds d’investissement ou les family offices peuvent intervenir,
en minoritaire ou en majoritaire, à condition que l’entreprise démontre un
potentiel de rebond avec une hypothèse de transformation opérationnelle comme
principal levier de création de valeur. »
Louis Bollaert, Directeur Général d’AU Group indique « La compréhension fine de son Besoin en Fonds de Roulement permet de définir les solutions de gestion de trésorerie. Les dirigeants se doivent de considérer dès aujourd'hui les solutions d’affacturage, véritable réserve d’oxygène qui permet à l’entreprise de gravir des sommets sans jamais manquer de souffle. En France, ce marché de 430 milliards d’euros permet ainsi aux entreprises de dégager en moyenne deux mois de chiffre d’affaires de ressources additionnelles. Délais de paiement, sécurisation des partenaires, lignes de financement adaptées, … la panoplie des solutions n’a jamais été aussi riche. Les assureurs et partenaires financiers sont fortement mobilisés pour accompagner les entreprises, sous réserve que les dirigeants fassent preuve de lucidité. »
Focus secteur « Transport », le nouveau « Bâtiment » ?
En France, la hausse des défaillances a impacté presque tous les
secteurs, jusqu’à des niveaux très élevés. Le transport-entreposage est le
secteur avec la plus forte hausse des faillites par rapport à la moyenne des
années 2010-2019 (+64%).
Les entreprises du secteur du transport subissent en effet de nombreuses
contraintes qui favorisent les risques de défaillance : marges extrêmement
serrées, pression concurrentielle de plus en plus forte, coûts volatiles
(carburant), hausse du coût des flottes de véhicules (prix intrinsèque,
entretien, réparation...), augmentation du poids de la réglementation (passage
à la motorisation hybride) et pénurie de main d'œuvre, faisant pression sur les
coûts salariaux.
Ainsi, la principale défaillance de l’année, le groupe Star Services (plus de 265 millions d’euros de chiffre d’affaires) est une société de transport, qui a particulièrement souffert de la forte pression tarifaire exercée par les grands donneurs d’ordres ainsi que de la hausse des coûts.


