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[Tribune] Subventions agricoles et Loi Duplomb

L’ObSAF dénonce l’angle mort budgétaire et le déni démocratique.

 

L’Observatoire des Subventions et Aides Agricoles en France (ObSAF) alerte sur l’impact concret de la loi Duplomb sur la répartition des financements publics agricoles. Adoptée par le Parlement en juillet 2025 malgré une vive opposition citoyenne et paysanne face à des dispositifs favorisant un modèle agricole industriel, la loi Duplomb est aujourd’hui au cœur de nouvelles controverses, entre le risque de réintroduction d’un pesticide dangereux et l’organisation, le 11 février prochain, d’un débat à l’Assemblée nationale suite à la pétition ayant recueilli plus de deux millions de signatures. L’ObSAF soutient l’appel à la mobilisation de plus de 80 organisations contre la loi Duplomb ce week-end.

 

L’angle mort budgétaire de la loi Duplomb

La loi Duplomb modifie le cadre réglementaire applicable à certaines pratiques agricoles. Or ce cadre constitue une condition d’éligibilité à de nombreuses aides publiques. La loi Duplomb favorise les pratiques agricoles industrielles et détermine ainsi l’accès aux aides publiques correspondantes.

 

À ce stade, aucun chiffrage public consolidé n’est disponible sur les conséquences budgétaires directes ou indirectes de la loi Duplomb, alors que celle-ci engage des choix structurants pour l’allocation de l’argent public agricole.

« L’absence d’évaluation financière préalable interroge la capacité des pouvoirs publics à garantir un débat démocratique éclairé sur l’usage des fonds publics.» alerte Clémence Peyrot, Présidente de l’ObSAF.

 

Le déni démocratique de la loi Duplomb

L’ampleur de la mobilisation contre la loi Duplomb révèle un écart profond entre l’orientation prise par le texte et les attentes d’une partie importante de la société. La pétition citoyenne aux deux millions de signatures, soutenue par des scientifiques, des organisations environnementales et des syndicats, montre un rejet clair de la loi.

« La mobilisation actuelle pose la question du modèle agricole que l’action publique choisit de privilégier, ainsi que celle de la place accordée à l’expression citoyenne dans la définition de ces orientations. » souligne Clémence Peyrot. De plus, l’ObSAF souligne que l’article 2 de la première proposition de loi Duplomb prévoyait déjà la réintroduction de l’acétamipride. Or, le Conseil constitutionnel a censuré cette disposition en se fondant sur l’article 1er de la Charte de l’environnement, qui affirme que « chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ».

 

Enfin, l’ObSAF alerte sur les incohérences entre les orientations portées par la loi Duplomb et les engagements nationaux et européens en matière de transition agroécologique, alimentaire et environnementale. L’ObSAF rappelle que le programme européen De la ferme à la table et la loi Égalim affichent des objectifs communs de réduction de l’usage des pesticides et de la souffrance animale, tout en visant une meilleure rémunération des agriculteurs.

« La France ne peut pas prétendre accélérer la transition agroécologique tout en finançant, et en réautorisant par la loi, des pratiques qui la freinent. La cohérence des politiques publiques conditionne la confiance démocratique et l’efficacité sur le terrain.» avertit Clémence Peyrot.

 

La loi Duplomb encourage un modèle agricole industriel déjà sous perfusion d’argent public

De nombreuses associations, chercheurs et syndicats alertent sur les effets de la loi Duplomb et sur le modèle agricole intensif qu’elle contribue à renforcer. Qu’il s’agisse du risque de réintroduction de pesticides dangereux, de la facilitation de projets d’infrastructures hydrauliques de type mégabassines ou de l’intensification de l’élevage, la loi Duplomb affirme les orientations productivistes déjà dominantes dans les politiques agricoles françaises.

« Ce modèle productiviste ne bénéficie ni aux agriculteurs ni aux citoyens. Il profite aux acteurs de l’amont et de l’aval agricole (industries agroalimentaires et acteurs para-agricoles).» dénonce Clémence Peyrot.

 

L’Observatoire des Subventions et Aides Agricoles en France (ObSAF) rappelle que la structure des aides agricoles, qu’il s’agisse de la Politique agricole commune ou des dispositifs nationaux, repose en grande partie sur des paiements à l’hectare ou au nombre d’animaux, ce qui conduit déjà à une concentration des soutiens publics au profit des exploitations les plus étendues et des systèmes agricoles intensifs : en 2023, les 20 % des exploitations bénéficiaires captaient à elles seules environ la moitiié du montant total des aides de la PAC.

 

L’ObSAF s’oppose à une loi qui mènerait une aggravation de la crise agricole. Notre Observatoire recommande une transparence budgétaire sur les subventions agricoles afin d’amorcer un réel débat démocratique sur la répartition de ces aides publiques et le modèle qu’elles contribuent à développer.

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